Accusé de faire l’apologie de la "culture du viol", So Foot répond aux féministes

Accusé de faire l’apologie de la "culture du viol", So Foot répond aux féministes
Accusé de faire l’apologie de la "culture du viol", So Foot répond aux féministes
Le magazine So Foot a suscité, lundi 15 septembre, la colère des féministes en relayant sur son site Internet, avec force formules graveleuses, un fait divers qui pourrait bien s’avérer être une agression sexuelle. Taxée d'être misogyne et accusée de faire « l’apologie de la culture du viol », la rédaction de So Foot s’explique sur Terrafemina.
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« 200 000 lecteurs depuis lundi ». C’est de l’aveu même de la rédaction de So Foot, l’un des articles les plus consultés en si peu de temps sur le site Internet du magazine, Sofoot.com. Le raison du succès dudit article ? Non pas une information exclusive sur la Champions League ou Zlatan Ibrahimovic, mais le traitement qu'ils jugent eux-mêmes « pas très malin » d’un fait divers impliquant peut-être une agression sexuelle.

« No blow-job in job » et autres jeux de mots « lourdingues »

Dans l’article en question, intitulé « Suisse : virée à cause d’une fellation » – retitré depuis – Sofoot.com relate le licenciement d’une soigneuse du FC Lenzburg après qu’elle a été filmée lors d’une soirée en train de pratiquer une fellation sur l’un des joueurs. Le problème ne vient pas de l’info elle-même, mais du choix de Sofoot.com de « l’enrober » de formules volontiers graveleuses : « La femme, qui a du mal à avaler l'affaire », ou encore la très fine conclusion « no blow-job in job ».

Là où le bât blesse, c'est qu'il ne s’agit peut-être pas d’une simple soirée qui aurait dérapé. En effet, jointe par 7sur7.be, la soigneuse du FC Lenzburg affirme qu’elle a été victime d’une agression sexuelle. « Je ne me souviens plus de rien. Quelqu'un doit avoir mis quelque chose dans mon verre, car j'ai dû vomir plusieurs fois après. C'est regrettable d'en arriver là, mais j'ai perdu mon job », témoigne-t-elle. 

Relayée sur la page Facebook du site sous la formule « Combien de fois faudra-t-il le répéter : on ne masse pas la bouche pleine », l’actu a été « likée » plus de 16 000 fois par les internautes mais a aussi suscité la colère des féministes, notamment sur Twitter.


Qualifiée de « sexiste » et de « misogyne », la rédaction est accusée aussi de faire l’« apologie de la culture du viol ». Une condamnation lourde étayée notamment dans un article, publié le 16 septembre dernier, sur le pureplayer féministe Les Nouvelles News et intitulé « So Foot, so culture du viol ».

« On ne voulait pas se moquer de la masseuse, bien au contraire… »

Des accusations que réfute la rédaction de So Foot. Contactée par Terrafemina, elle affirme aujourd'hui regretter le traitement « lourdingue » de l’info. « On ne s’est pas dit "on va choquer, on va provoquer", mais nous avons relayé l’information en « l’enrobant » de deux petites formules pas très malines, on ne va pas se mentir… On ne voulait absolument pas se moquer de la masseuse, bien au contraire. Dans cette brève, on dit que le scénario qu’elle livre est bien plus dramatique que ce que dit le président du club. C’est d’ailleurs les propos du président, où il explique qu’il ne pouvait pas renvoyer la moitié de l’équipe, qui nous avaient le plus choqués », commente le directeur du site, Pierre Maturana.

Gêné par l’ampleur qu’a pris l’affaire, il dit pourtant assumer la publication de l’article. Retitré « Une masseuse victime d'une agression sexuelle ? », il est d’ailleurs toujours en ligne et contient encore les formules polémiques. « Nous avons pris la décision de ne pas supprimer l'article. On ne va pas enlever les « vannes » qui ont fait bondir les internautes puisque le papier a, de toute manière, été vu par 200 000 personnes. Notre serveur étant en surchauffe, nous avons donc choisi non pas de la dépublier, mais de la masquer pendant quelques heures, sachant que le mal était fait. Là-dessus, il n’y a aucune culpabilité. » Avant d’ajouter : « On ne porte aucune accusation, nous n’avons jamais sous-entendu que la soigneuse du club était coupable dans cette affaire, que ce soit une simple soirée qui ait dérapé, ou qu’il s’agisse d’un évènement plus dramatique en cas d’agression sexuelle. Ce qu’on nous reproche, c’est le titre de notre brève dans lequel il n’y a pourtant aucun jugement de valeur. Nous l'avons donc modifié et ajouté aussi un disclaimer. »


Disclaimer


« So Foot, ravale ton sexisme »

Des excuses visiblement insuffisantes pour les militantes féministes, qui réclament la suppression de l’article ainsi des excuses publiques de la part de So Foot. Pour manifester leur mécontentement, certaines d’entre elles ont même placardé mardi dans la soirée des affiches « So Foot, ravale ton sexisme » devant ce qui s’avère être les anciens locaux de la rédaction dans le XVIIIe, cette dernière ayant migré dans le XIe arrondissement le mois dernier.


De son côté, la rédaction de So Foot affirme qu’elle poursuit ses investigations, même si le FC Lenzburg a déclaré ne plus vouloir communiquer sur l’affaire. « Le bad buzz autour de tout ça ne va pas nous aider à avoir quelqu’un au téléphone ou en interview, mais on essaye toujours de recueillir le témoignage de Carmen [la masseuse, ndlr]. Nous avons trois journalistes mobilisés sur le sujet et qui cherchent à entrer en contact avec elle afin d'exposer sa version des faits. L'idée évidemment n'est pas d'obtenir des détails graveleux ou sordides. Si l'hypothèse du viol se confirme et qu'elle porte plainte contre les joueurs impliqués, notre traitement de l’information sera clairement différent. »

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