Affaire Banon : « Cela n'a choqué personne que DSK vienne donner sa vérité »

Affaire Banon : « Cela n'a choqué personne que DSK vienne donner sa vérité »
Affaire Banon : « Cela n'a choqué personne que DSK vienne donner sa vérité »
Dans cette photo : Laurence Ferrari
Tristane Banon, la jeune journaliste qui accuse Dominique Strauss-Kahn de tentative de viol était l’invitée du journal télévisée de Laurence Ferrari hier sur TF1. Fadila Mehal, présidente fondatrice des « Marianne de la Diversité », avait soutenu la victime présumée lors du rassemblement organisé le 24 septembre. Pour Terrafemina, elle décrypte la médiatisation de ce que l’on nomme désormais « l’affaire Banon ».
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Terrafemina : Que pensez-vous de l’intervention de Tristane Banon, hier, lors du journal télévisé de Laurence Ferrari sur TF1 ?

Fadila Mehal : J'ai moi-même demandé lors du rassemblement du samedi 24 septembre à Châtelet, que Laurence Ferrari ou Ruth Elkrief, journalistes de talent et d’intégrité, donnent la parole à une présumée victime. Que l’une d'elle décide de le faire, à une heure de grande écoute, qui plus est, m’a pleinement réjouie. Cela n'a choqué personne que DSK vienne donner, sur la même chaîne, sa vérité. Je trouve cela plutôt sain.

TF. : Pourtant, son omniprésence dans les médias ces derniers jours est de plus en plus critiquée. Cette invitation lors de la grand-messe qu’est le 20 heures de TF1 est-elle justifiée ?

F. M. : C'est un fait, nous vivons dans une démocratie d'opinion où les médias jouent un rôle majeur de catalyseur et même de déclencheur d’opinion. Dans cette affaire, la présumée victime, tout comme le présumé coupable, ont décidé de prendre l'opinion publique à témoin : ce peut être une belle leçon de démocratie et de transparence s'il n'y a pas d'instrumentalisation. Il faut toutefois veiller à ce que ce fait divers ne monopolise pas tous les regards. En effet, les Françaises se débattent dans des problèmes très durs en cette période de crise, parfois insurmontables. Parmi ceux-ci, l’explosion des familles monoparentales, la conciliation entre vie professionnelle et vie privée, et surtout l’écart scandaleux des salaires (plus de 27%) entre les hommes et les femmes ; une gifle pour notre République.

TF. : Est-ce une bonne chose pour la cause féminine qu’une victime présumée de violence sexuelle puisse s’exprimer dans les médias ?

F. M. : S'exprimer publiquement sur une affaire en cours n’est pas l’idéal. En effet, la justice doit se rendre dans la sérénité. Toutefois, quand déballage il y a, il faut soutenir et accompagner la parole des femmes, même fragile, afin d’éviter l’Omerta. Le malheur se repaît du silence !

TF. : Voyez-vous en Tristane Banon une ambassadrice potentielle de la cause des femmes victimes de violence ?

F. M. : Je ne connais pas personnellement Tristane Banon et je trouve que ce serait très lourd pour elle de devenir le symbole de la violence faites aux femmes. En tant que présidente d'une association féministe, j'ai tenu à être à ses côtés dans l'épreuve qu'elle traverse, au nom de toutes les femmes anonymes victimes de violence. Certaines ne peuvent plus témoigner car elles sont mortes. Tous les deux jours, une femme meure des violences conjugales. Je soutiens aussi toutes les anonymes que le journal de 20 heures oublie.
Cependant, pour être honnête, je pense que mobiliser uniquement sur du négatif et sur le dos des hommes ne permettra pas de faire avancer la question des droits des femmes. Il faut parler à l'opinion publique de la contribution positive des femmes et du soutien que beaucoup d'hommes ont apporté à cette cause. C'est d'ailleurs le sens de notre exposition « Les femmes et la diversité dans la République » qui est un hymne à toutes les femmes qui ont fait notre République. Leur intelligence, leur créativité et leur courage sont des exemples pour toutes celles qui doutent, qui se désespèrent. Cette initiative est un motif d'espérance pour toutes les femmes moquées, violentées car elles doivent trouver la force, avec l'aide des associations telles que les Marianne de la diversité, d'engager les luttes émancipatrices pour leur dignité et leur égalité.



Fadila Mehal

Crédit photo AFP

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