Pilule 3G : 35 morts par an, faute de prise en compte des risques comme le tabac et l'obésité?

Pilule 3G : 35 morts par an, faute de prise en compte des risques comme le tabac et l'obésité?
Pilule 3G : 35 morts par an, faute de prise en compte des risques comme le tabac et l'obésité?
À quelques semaines du déremboursement des pilules de troisième et quatrième génération, les autorités sanitaires tentent d'estimer le nombre d’accidents thromboemboliques veineux liés à la prise de la pilule contraceptive. Catherine Hill, épidémiologiste et spécialiste en santé publique, l'évalue à 2 800 par an tandis que pour le professeur Christian Riché, ces thromboses seraient davantage liées à des facteurs comme le tabagisme ou l'obésité.
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En pleine polémique sur la dangerosité des pilules de troisième et quatrième génération, et après l’annonce du retrait prochain de Diane 35 - ce traitement anti-acnéique largement prescrit comme contraceptif - des étals des pharmacies, l’heure est désormais au bilan. Souhaitant établir précisément le nombre de victimes des pilules, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient de mandater une équipe pilotée par l’épidémiologiste Mahmoud Zureik. Et alors que les résultats sont attendus pour la fin février, le CHU de Brest a pris les devants.

Ainsi, selon l'étude menée par ce centre hospitalier, sur 550 hospitalisations intervenues entre 1998 et 2012, 155 concernaient des femmes âgées de 15 à 45 ans, victimes d’embolies pulmonaires alors qu’elles prenaient la pilule, de quelque génération fut-elle. Or, la plupart de ces femmes n’auraient jamais dû utiliser ce moyen de contraception en raison des facteurs de risque associés, comme le tabac, l’obésité ou des antécédents familiaux. En effet, seulement 23 d’entre elles, soit 15% ne présentaient aucun de ces facteurs de risque identifiable. « Une pilule ne se prescrit pas à la légère et pour ces femmes, la question aurait dû être : "Est-ce que je prescris la pilule ?" », a d’ailleurs expliqué à l'AFP le professeur Christian Riché, directeur du centre de pharmacovigilance de Brest. Et d’ajouter : « le poids, le tabac et les antécédents familiaux, lorsqu’ils se cumulent, pourraient s’avérer être le risque majeur ».

« Il faut le comparer aux dégâts causés à ceux du tabac »

Épidémiologiste à l’Institut Gustave-Roussy et spécialiste reconnue en santé publique, Catherine Hill a elle aussi tenté d’estimer, pour le Journal du Dimanche, le nombre de décès consécutifs à la prise de la pilule contraceptive, toutes générations confondues. En se basant sur l’étude du CHU de Brest et sur les chiffres de ventes de médicaments entre 2007 et 2012, à  5,1 millions de Françaises, elle évalue à 2 800 le nombre de thromboses ou embolies annuelles et à 35 celui des décès. « Pour mettre en perspective ce nombre de 35 décès, il faut le comparer aux dégâts causés par le tabac qui tue chaque année 600 femmes de moins de 45 ans et prendre en compte l’utilité de la pilule », précise-t-elle.

À noter que depuis 1985, l’ANSM a quant à elle recensé 567 déclarations d’accidents « thromboemboliques veineux » liées aux pilules : 46% pour celles de deuxième génération, et 43% pour celles de troisième génération. Treize ont été mortels.

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