Tunisie : l'islam et la démocratie sans la charia

Tunisie : l'islam et la démocratie sans la charia
Tunisie : l'islam et la démocratie sans la charia
Le parti majoritaire en Tunisie, Ennahda, renonce à inscrire la charia dans la constitution, malgré la pression des islamistes radicaux. Les manifestations pro et anti-charia qui se succèdent depuis un mois laissaient craindre la rupture au sein de la société.
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L'Assemblée constituante tunisienne élue en octobre va pouvoir reprendre ses travaux, et se pencher enfin sur les sujets économiques et sociaux. Depuis un mois le débat était paralysé par la discussion sur l’inscription ou non de la charia dans le texte fondateur de la nouvelle démocratie. Mais le parti majoritaire, Ennahda, a renoncé à ce projet porté par sa branche la plus radicale, les salafistes.
Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste, a annoncé lundi que l’article 1 de la Constitution de 1959 serait maintenu dans le nouveau texte. Celui-ci stipule que « la Tunisie est un État libre, indépendant et souverain : sa religion est l’islam, sa langue l’arabe et son régime la république ». Cet article « fait l’objet d’un consensus entre toutes les composantes de la société, préserve l’identité arabo-musulmane de la Tunisie et garantit aussi les principes d’un État civil et démocratique », a déclaré R. Ghannouchi. «  Il y a beaucoup de clivages, au point que le pays a failli se briser entre partisans et opposants à la charia », a-t-il ajouté. Pas question donc d’avoir « recours à la loi pour imposer la religion ».

« Sur les rails du progrès et de la démocratie »
Un comité du parti Ennahda s’est réuni dimanche pour voter : 52 membres du parti contre 12 ont voté pour le maintien de l’article 1, déclenchant une série de réactions favorables de la coalition au pouvoir : « Ennahda a opté pour l’union des Tunisiens autour de la Constitution et a rejeté la division. Nous espérons que les actes iront dans le sens des déclarations », a déclaré Mohamed Bennour, porte-parole d’Ettakatol, un des deux partis de gauche alliés aux islamistes. « Nous avons beaucoup insisté sur le fait que la Constitution doit être moderne et au rendez-vous de l’histoire. Il faut mettre les Tunisiens sur les rails du progrès et de la démocratie, et notre message a été bien entendu », a-t-il ajouté. Même l’opposition semble rassurée par les déclarations « claires » d’Ennahada : « le caractère civil de l’État est maintenu. Maintenant, il faudra honorer ces engagements », a déclaré Meher Hanin, un responsable du Parti démocrate progressiste (PDP, opposition).

Tensions entre modérés et radicaux
Depuis un mois, les salafistes et les partisans d’une démocratie moderne alternent les manifestations, et les incidents se multiplient. Comme à la faculté de lettres de la Manouba, où des radicaux veulent permettre l’accès aux cours aux femmes qui portent le niqab, et où ils n’ont pas hésité à hisser le drapeau noir des salafistes. Des tensions qui ne sont pas prêtes de s’apaiser entre les partisans les plus radicaux d’Ennahda et sa frange plus modérée  qui veut convaincre de sa capacité à gouverner démocratiquement. Contraint de ménager les deux bords, R. Ghannouchi rappelait ainsi lundi dans son allocution que l’union des Tunisiens se fondait sur « l’islam et sur les principes de la démocratie », avant d’ajouter que déjà « 90 % de la loi tunisienne est inspirée de la charia […] Certains Tunisiens en ont peur, ils pensent qu’elle se résume aux châtiments  corporels. […] La charia c’est la fraternité, le savoir, l’éducation, la justice. »

(Source : Libération, ledevoir.com)
Crédit photo : AFP/Archives/Manifestation Tunis

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