Egypte : "Morsi, c’est fini"

Egypte : "Morsi, c’est fini"
Egypte : "Morsi, c’est fini"
Blogueuse et activiste franco-égyptienne, Shahinaz Abdel Salam suit de près la situation qui dégénère au Caire depuis un décret du président Mohamed Morsi  lui octroyant plus de pouvoirs. Les opposants au président issu des Frères musulmans auraient été attaqués par des milices dans la nuit de mercredi à jeudi, faisant quatre morts et 350 blessés. La blogueuse décrypte la situation avant de repartir pour l’Egypte.
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Terrafemina : Au Caire, d'importantes manifestations opposent les partisans du président Mohamed Morsi et ses opposants. Des chars auraient été installés autour du palais présidentiel ce matin. Qui sont les manifestants ? Et comment évolue la situation ?

Shahinaz Abdel Salam : Ce matin, il y avait apparemment une accalmie, mais la situation est explosive, et je crois qu'on frôle la guerre civile. Mercredi vers 16 heures (heure locale) des milices des Frères musulmans ont commencé à attaquer les gens qui faisaient un sittin' devant le palais présidentiel. Certains ont reçu des coups sur la tête. Des amies à moi racontent sur Twitter qu'elles ont pris des coups de bâton et des jets de pierres. Un peu plus tard, il y a eu des balles. Je suis très choquée, j'ai reconnu un de mes collègues, ingénieur chez Orange au Caire, dans une vidéo diffusée à la télévision, il avait le visage en sang, depuis nous n'avons pas de ses nouvelles. D'après les personnes à qui j'ai parlé, ce sont les milices qui auraient commencé à attaquer les opposants à Mohammed Morsi. Le sittin' a commencé mardi soir, mais c'était une manifestation pacifique, et très belle. Ce matin, on dénombre quatre morts et 450 blessés

Tf : Elu en juin, Mohamed Morsi appartient à la mouvance des Frères musulmans. Il est surnommé par l'opposition le nouveau Moubarak ou « Moubarak à barbe ». Qu'est-ce qui a mis le feu aux poudres et déclenché ces manifestations?

S. A. S. : Les manifestations ont commencé mardi soir après un appel des forces politiques révolutionnaires qui voulaient protester contre le décret annoncé par Mohamed Morsi le 22 novembre et qui étend ses pouvoirs, et contre le texte de la Constitution qui doit être soumis à référendum. Concernant le décret, il s'agit d'une mesure qui fait de Morsi un nouveau pharaon : ses décisions sont sans appel, la justice et le Conseil constitutionnel ne peuvent plus le contredire ou l'arrêter. Ce décret est inacceptable et je considère comme la plupart des gens qui ont œuvré pour la révolution que Morsi doit dégager. Parmi les manifestants, beaucoup descendaient pour la première fois dans la rue, il y a également beaucoup de révolutionnaires qui s'étaient résolus à voter pour Morsi et qui le regrettent aujourd'hui. C'est une manifestation de masse de plus d'un million de personnes qui prouve que Morsi c'est fini, on ne lui fait plus confiance.

Tf : Pourquoi l'opposition redoute-t-elle la tenue d'un référendum sur la Constitution. La force électorale des Frères musulmans est-elle impossible à combattre ?

S. A. S. : Le problème c'est que la validité de ce texte ne peut être reconnue. Mohamed Morsi avait promis un vrai débat sur la Constitution, qui n'a pas eu lieu. L'Assemblée élue pour rédiger le texte était à majorité islamiste, et les non islamistes n'ont pas eu leur mot à dire, leur opinion n'a pas été respectée, donc ils ont fini par se retirer des discussions de ce « comité de la honte ». Cette constitution qui réduit les libertés et qui prend appui sur la charia ne peut être acceptée par le peuple. Si le référendum a lieu, il est possible que les Frères musulmans l'emportent une fois de plus, ils ont déjà commencé à faire campagne avec les mêmes méthodes que pour l'élection présidentielle et parlementaire. Ils distribuent des vêtements et de la nourriture et appellent à voter oui à la Constitution. Et ça marche : les Frères musulmans ont beaucoup d'argent, ils jouent sur la pauvreté de la population et sur leur pouvoir moral et religieux à travers les mosquées. Pourtant je crois que le peuple égyptien peut provoquer la surprise, il a déçu beaucoup de monde. Les gens ne veulent plus de la dictature.

Tf : Vous repartez en Egypte dans quelques jours. À quoi vous attendez-vous ? Faut-il craindre une progression de la violence ?

S. A. S. : Je ne sais pas comment cela peut évoluer. Morsi est soutenu par les Etats-Unis, et par le Quatar. La chaîne qatari Al Jazeera ne montre que des points de vue pro-Morsi. C'est triste et choquant de voir que le président élu démocratiquement laisse des milices taper sur le peuple.


Regardez cette vidéo publiée sur la page Facebook de Shahinaz Abdel Salam mercredi soir : « les milices des Frères Musulmans tirent sur les révolutionnaires et les opposants de Morsi autour du palais présidentiel »

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