Culture
Caroline Sinz, la journaliste violée en Égypte, victime du code du silence ?
Publié le 6 décembre 2012 à 10:34
Par Marine Deffrennes
Cette journaliste de France 3 avait déclaré avoir été tabassée et violée non loin de la place Tahrir en Égypte, en novembre 2011. Un an après les faits, Caroline Sinz raconte dans Arrêt sur images les précautions déployées par sa rédaction pour minimiser le viol subi. Une nouvelle victime du « code du silence ».
Caroline Sinz, la journaliste violée en Égypte, victime du code du silence ? Caroline Sinz, la journaliste violée en Égypte, victime du code du silence ?© France 3
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Le mot « viol » est-il tabou à la télévision ? Caroline Sinz, ex journaliste de France 3, travaillant désormais pour France 2, dénonce aujourd'hui la censure dont elle a fait les frais. Cette reporter racontait il y a un an avoir été tabassée et violée au Caire, alors qu'elle couvrait les manifestations contre le Président Hosni Moubarak avec un caméraman. « Nous avons été assaillis par des jeunes de quatorze ou quinze ans », a-t-elle raconté à l'AFP faisant état « d'attouchements ». Entraînés « manu militari » par un groupe d'hommes vers la place Tahrir, la journaliste et son caméraman auraient alors été séparés. « J'ai été tabassée par une meute de jeunes et d'adultes qui ont arraché mes vêtements. » La jeune femme aurait alors subi des attouchements répondant « à la définition du viol ». L'agression aurait duré « environ trois-quart d'heure » jusqu'à ce que quelques Égyptiens présents sur les lieux parviennent finalement à l'en extraire. « J'ai cru que j'allais mourir », avait confié la journaliste qui a ensuite pu rejoindre son hôtel et, assistée par l'ambassade de France au Caire, consulter un médecin.

Cette journaliste de France 3 avait déclaré avoir été tabassée et violée non loin de la place Tahrir en Égypte, en novembre 2011. Un an après les faits, Caroline Sinz raconte dans Arrêt sur images les précautions déployées par sa rédaction pour minimiser le viol subi. Une nouvelle victime du « code du silence ».

« On ne voulait pas que tu aies l'étiquette "violée" sur le front »

Pour Arrêt sur images, elle évoque les heures qui ont suivi cette agression. Elle fait ses commentaires en direct chaque jour dans le journal de France 3, et ce jour-là, elle compte bien raconter ce qu'elle a vécu, le viol et la violence. Mais la rédaction décide de ne pas faire de direct. Caroline Sinz intègre donc un commentaire sur ce qui lui est arrivé à la fin de son reportage, « en l'expliquant brièvement sur les dernières images que nous avions tournées », dit-elle à Arrêt sur images. Mais cette partie sera coupée par la rédaction, qui estime que ce passage est « trop abrupt pour les téléspectateurs », « On ne voulait pas que tu aies l'étiquette "violée" sur le front », lui précise-t-on. Choquée par le passage sous silence de son agression, Caroline Sinz demande à intervenir dans Soir 3. On lui accorde, à condition que son commentaire soit enregistré au préalable, qu'elle utilise des « termes choisis et pudiques », mais surtout qu'elle n'emploie pas le mot « viol », pour lui préférer « agression sexuelle ». Regardez la vidéo de son intervention.

La journaliste, qui a précisé avoir été pénétrée par les doigts de dizaines d'hommes prêts à la lyncher, a pourtant bel et bien été violée. Elle a porté plainte, a fourni des preuves à la justice et a, depuis, changé de rédaction. Le retour en France n'a pas été évident : « J'étais entourée de gens qui se moquaient de moi, qui remettaient ma parole en cause ». Elle dénonce un traitement tout à fait différent de celui qu'on réserve aux reporters héroïques : « Le viol, c'est honteux, tabou. Si on m'avait tiré dessus, cela aurait paru plus glorieux. »

La réponse du directeur de la rédaction de France 3

Pascal Golomer s'est étonné que Caroline Sinz voie de la « censure » dans les précautions prises par son service. Selon lui, quelques heures après les faits, la journaliste n'avait pas « le recul nécessaire pour témoigner de ce qu'elle avait subi », il ajoute qu'il pense à ses proches « qui apprendraient par la télévision ce qui lui était arrivé ». Il affirme enfin avoir pris des précautions pour son intervention dans Soir 3 pour ne pas « livrer son témoignage en pâture ». Et d'ajouter « Tout le problème réside dans le fait qu'elle était à la fois victime et journaliste. Qui parlait ? La victime ou la journaliste ? » Les deux mon capitaine...

Crédit photo : France 3

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Culture Médias journalisme
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