Ségolène Royal : "L'Emmerdeuse" s'affiche en une de L'Express

Ségolène Royal : "L'Emmerdeuse" s'affiche en une de L'Express
Ségolène Royal : "L'Emmerdeuse" s'affiche en une de L'Express
Dans cette photo : Ségolène Royal
Ségolène Royal, rebaptisée « L'Emmerdeuse », s'affiche en une de L'Express en date de la semaine du 2 au 8 juillet. Une couverture, jugée « dégradante », par le Premier ministre Manuel Valls, mercredi 2 juillet, qui relance le débat sur le sexisme dans les médias et la place des femmes au gouvernement.
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« L'Emmerdeuse », assène en lettres capitales L'Express en une de son édition datée de la semaine du 2 au 8 juillet. Derrière ce sobriquet : une photo de la ministre de l'Ecologie du Développement durable et de l'Energie, Ségolène Royal. Une référence faite au film d'Edouard Molinaro pour évoquer celle que l'hebdomadaire qualifie de « ministre pas comme les autres ».

« La une qui ne déplaît à personne n'attire personne »

A l'intérieur : un dossier d'une dizaine de pages consacré à celle qui « n'a pas de règles que celles qu'elle se fixe, de comptes à rendre à personne ». Une ministre présentée par le magazine comme « courageuse et obstinée pour défendre ce en quoi elle croit ». Un hiatus entre la couverture et le contenu qu'assume la direction de L'Express. « La une qui ne déplaît à personne n'attire personne », estimait, en novembre 2012, Christophe Barbier, interviewé par Newsring (Terrafemina Débats) suite à la parution d'une énième couverture polémique sur « le vrai coût de l'immigration » (voir la vidéo en bas d'article).

Une de L'Express du 2 juillet 2014

Mission accomplie avec ce numéro 3 287 pour le directeur de la rédaction de L'Express, « L'Emmerdeuse », a d'ores et déjà suscité l'indignation des Twittos et du Premier ministre. « Ça me choque, c'est dégradant », a déclaré Manuel Valls interrogé sur la une par Jean-Jacques Bourdin, ce mercredi 2 juillet, sur BFMTV et RMC. L'hebdomadaire fondé par Jean-Jacques Servan-Schreiber n'en est pas à son coup d'essai en termes de une jugée sexiste. Le titre du groupe Roularta avait provoqué un véritable tollé, en octobre 2012, pour sa couverture mettant en scène François Hollande et « ces femmes qui lui gâchent la vie ».


Une belle tripotée d'emmerdeuses au premier rang desquelles figuraient déjà l'ancienne compagne du président de la République, Ségolène Royal. Des accusations de misogynie auxquelles avait répondu le directeur adjoint de la rédaction de L'Express, Eric Mettout, dans un billet de blog intitulé : « Le sexisme de l'Express et les vapeurs de Twitter ».

« Le journalisme dépolitise la femme politique »


Après un article du Point paru en avril dernier sur les prétendues consignes de Ségolène Royal en matière de décolletés qui avait déclenché une avalanche de réactions et les propos tenus (puis démentis) par la ministre, dans les colonnes de Paris Match, sur certains de ses collègues décrits comme des « machos sûrs de leur bon droit », la une de L'Express relance le débat sur le sexisme en politique et dans les médias, comme l'avait notamment dénoncé le sociologue, Eric Fassin, dans une interview accordée à 20 Minutes, en mai dernier. « Le sexisme est un problème récurrent pour les femmes en politique : elles sont toujours trop, ou pas assez, jamais comme il faut (…) En prenant les choses par le petit bout de la lorgnette, le journalisme dépolitise la femme politique », analysait-il.

La une de L'Express n'apparaîtrait donc pas comme la cause, mais plutôt comme la traduction médiatique  d'un « milieu politique très machiste et phallocratique », comme le dénonçait, déjà en mai, la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti.