Le Fonds Pour les Femmes en Méditerranée compte sur vous

Le Fonds Pour les Femmes en Méditerranée compte sur vous
Le Fonds Pour les Femmes en Méditerranée compte sur vous
Les femmes en Méditerranée se battent sur de nombreux fronts communs, mais manquent cruellement de moyens. C'est pourquoi un fonds à été créé pour leur venir en aide. Le 7 mai dernier, un gala a été organisé à Paris. Fawzia Baba-Aissa, l'une des fondatrices de ce fonds, nous en explique les enjeux.
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Terrafemina : Pourquoi un Fonds pour les Femmes en Méditerranée ?
F.B : La région méditerranéenne rassemble une vingtaine de pays dans lesquels se parlent une dizaine de langues et se pratiquent les trois religions musulmane, chrétienne et juive. Malgré cette diversité apparente, les méditerranéen-e-s se reconnaissent un patrimoine culturel commun. Du fait de cette histoire, les problématiques que rencontrent les femmes de cette région, sont elles aussi communes. L'une d'entre elle concerne la violence dont sont victimes les femmes. Je rappelle qu'en France une femme sur trois est tuée par son conjoint tous les 3 jours. Cette violence est encore plus visible sur la rive sud de la Méditerranée du fait la violence institutionnelle qu'engendrent encore l'application de codes de statut personnel en maintenant une inégalité juridique entre femmes et hommes. A cela il faut ajouter la violence engendrée par le développement de mouvements religieux intégristes et qui s'implante, peu à peu, jusque dans les sphères de décisions des Etats.

Nous travaillons sur le terrain de l'émancipation des femmes depuis une trentaine d'années, et nous savons que les femmes mènent une lutte acharnée pour l'égalité des droits mais dans des conditions dérisoires. Pendant ce temps les conservateurs gagnent de plus en plus de terrain. Il s'agit aujourd'hui d'augmenter l'efficacité des femmes qui veulent changer les choses. Pour cela il s'agit de passer moins de temps à gérer des problèmes logistiques et plus de temps à élaborer et mettre en pratique des stratégies; C'est la raison de ce fonds qui a pour objectif fournir aux associations de femmes des moyens importants.

TF : Quelles sont vos actions concrètes ?
F.B : Nous avons lancé en Juin 2009, notre programme de subvention aux projets élaborés par des femmes de la région. Parmi les projets soutenus on peut citer :
• Renforcement des capacités des femmes par le réseau d'artisanat Res'sart (Algérie)
• Création de ponts entre des réseaux féministes des deux rives : Initiative Féministe Européenne et Forum des femmes arabes Aisha (France/Maghreb)
• Création de ponts au niveau local pour rassembler les femmes marginalisées : projet Jusur de l'association Kayan (Israël)
• Information et Documentation sur les Droits des Femmes : Voix de Femmes Marocaines (Maroc)
• Liberté de choisir sa vie : soutien aux activités de l'association Aswat Palestinian Gay Women (Palestine)
Un Gala pour lutter contre les violences faites aux femmes

TF : Pourquoi avoir organisé un Gala à Paris ?
F.B :
Ce Gala avait un double objectif. D'une part, opérer une première apparition publique pour se faire connaitre et sensibiliser le public à l'idée qu'il faut donner de l'argent aux projets qui défendent l'égalité entre les femmes et les hommes et l'amélioration de la condition des femmes; d'autre part, récolter des dons afin de soutenir un nombre plus important de projets. L'ensemble des fonds collectés lors de la soirée-gala sera affecté aux projets qui ont pour objectif la lutte contre les violences faites aux femmes (déclarée en France grande cause nationale 2010).

TF : Les violences faites aux femmes concernent-elles tous les pays du pourtour méditerranéen ?
F.B : Sur les deux rives, la violence contre les femmes s'est exprimée de façon extrême avec l'utilisation du viol comme arme de guerre (en Bosnie Herzégovine en 1993, en Algérie entre 1994 et 2000). Elle reste très importante, au quotidien, dans tous les pays de la région : violence économique qui touche particulièrement les femmes soutien de famille, violences domestiques, agressions sexuelles, crimes "d'honneur", séquestrations, traite des femmes, violence symbolique des manuels scolaires sexistes et des codes de statut personnel au sud, et des publicités et de la pornographie, au Nord.

A ce sujet, je citerais des faits édifiants dont fait mention le Rapport Euromesco d'Avril 2006 " Dans l'Union européenne entre 20 et 50 % des femmes de toutes classes et âges sont victimes de violence domestique, au moins une femme sur 5 subissant des violences de la part de son partenaire intime ou étant l'objet d'une agression sexuelle dans sa vie. En fait 95% de tous les actes de violence contre les femmes en Europe surviennent à la maison, 98% des assaillants sont des hommes ".

L'avenir du Fonds


TF : Quelles sont vos prochaines actions ?
F.B : Il ya les actions courantes qui concernent les projets que nous soutenons :par exemple, une campagne pour l'égalité devant la loi en Algérie, une campagne pour l'égalité dans l'héritage dans les pays du sud de la méditerranée (aujourd'hui, une fille n'hérite à la mort de ses parents que de la moitié de la part de son frère), un colloque sur les violences faites aux jeunes filles en France, un centre d'information sur les droits des femmes en Bosnie, un projet de soutien aux employées de maison (grave problème au Liban car il s'agit d un esclavage dissimulé), une formation de jeunes femmes au leadership au Maroc, des formations sur la convention internationale pour l'élimination des discriminations faites aux femmes dans la rive sud de la méditerranée.

Il ya aussi des projets que nous comptons mener nous-mêmes en partenariat avec des associations locales: ils concernent la formation de la relève du mouvement des femmes et des avocat-e-s juristes qui sont en relation avec les textes de lois souvent non appliqués : donc plusieurs formations en Algérie, France,Maroc, Tunisie, sont prévues, pour cette année ou les deux suivantes.

TF : De quoi avez-vous besoin aujourd'hui ?
F.B : Nous avons besoin que notre action soit relayée par les médias, par des ambassadrices de toute la Méditerranée (nous avons déjà l'essayiste ex directrice de l'UNESCO Wassyla Tamzali et l'actrice Nadia Kaci) afin que les femmes comprennent qu'il s'agit d'elles, de leur sort et de leur futur. Afin aussi que les hommes comprennent qu'il s'agit d'eux s'ils veulent une société plus équilibrée, d'échange et de partage avec leurs compagnes. Chacune, chacun peut y participer à son niveau, à sa façon, selon ses moyens. Les femmes qui luttent font avancer les choses pour toutes les femmes et pour la société dans son ensemble : il leur faut des moyens. Nous avons donc besoin d'aide financière !

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