Education sexuelle à l'école primaire : "Il est important d'intervenir tôt"

Education sexuelle à l'école primaire : "Il est important d'intervenir tôt"
Education sexuelle à l'école primaire : "Il est important d'intervenir tôt"
L'éducation à la sexualité serait-elle le nouveau cheval de bataille de Vincent Peillon ? Afin de « refonder la République par l'école », comme il ne cesse de le répéter, le ministre de l'Éducation entend rendre effectif, dès l'école primaire, cet apprentissage inscrit dans les programmes depuis 2001 mais très rarement dispensé dans les faits. Plusieurs groupes de travail sur le sujet seront donc lancés dans les prochains jours. Yves Ferroul, médecin sexologue, félicite l'initiative. Interview.
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Terrafemina : Le ministre de l’Éducation, Vincent Peillon, souhaite que l’éducation sexuelle devienne effective, et ce, dès l’école primaire ? N’est-ce pas trop tôt ?

Yves Ferroul : Il faut bien sûr leur donner des informations adaptées à leur âge, mais il est tout à fait possible de commencer l’éducation sexuelle des enfants à 6 ans afin de répondre à leurs multiples interrogations. À cet âge-là, elles concernent principalement la manière de faire des bébés. Il est important d’intervenir tôt car ils voient de plus en plus de choses sur la sexualité à la télévision, ils parlent beaucoup entre eux à la récréation. Il s’agit donc avant tout de leur parler des sentiments.

Tf : Les enseignants sont-ils, selon vous, les mieux placés pour fournir cette éducation ?

Y. F. : Les enseignants devraient recevoir une véritable information sur ce point plutôt que les formations dispensées de temps à autre dans les Conseils généraux par des pseudo-spécialistes fantaisistes qui font finalement preuve d’amateurisme et profitent du système.

Ceci étant dit, l’enseignant a l’habitude de dispenser son savoir. Il est directement en contact avec les enfants et connaît leurs interrogations. Il est donc sans aucun doute le plus à même de fournir une éducation sexuelle, pour les jeunes du moins. En primaire par exemple, il n’est pas encore question de rentrer dans les détails techniques du rapport, n’importe quel professeur des écoles est donc capable de s’en sortir. S’agissant des plus âgés, les élèves de collège et/ou lycée, c’est généralement le professeur de sciences de la vie et de la terre qui est désigné pour cette tâche, le sujet étant intégré au programme de cette matière.

Quoi qu’il en soit, il est nécessaire ce veiller à ce que les personnes qui se disent compétentes pour intervenir auprès d’adolescents le soient vraiment. Il est important de ne pas focaliser l’éducation sexuelle sur les risques de grossesse ou sur les maladies sexuellement transmissibles, ce qui aurait pour effet d’oblitérer la relation affective entre les personnes, le respect de l’autre ou encore la tolérance vis-à-vis d’autrui.

Tf : Comprenez-vous que l’éducation, inscrite dans les programmes depuis 2001, soit toujours si peu enseignée 11 ans plus tard ?

Y. F. : Beaucoup d’enseignants refusent de se plier à cette mesure car eux-mêmes ne sont pas forcément à l’aise avec leur sexualité. De tout temps, une partie de l’opinion pense, à tort, que la sexualité de l’espèce humaine est innée et qu’elle ne nécessite donc ni apprentissage, ni information. Pour des raisons tantôt religieuses, tantôt affectives, tantôt de méconnaissance, l’éducation sexuelle a toujours été un tabou. Il y a une certaine passion liée à ce sujet depuis le XIXe siècle et il y a toujours eu les blocages auxquels nous devons faire face aujourd’hui.

Crédit photo : Hemera

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