Plaisir féminin : les étonnantes découvertes du docteur Gräfenberg

Plaisir féminin : les étonnantes découvertes du docteur Gräfenberg
Plaisir féminin : les étonnantes découvertes du docteur Gräfenberg
Le plaisir féminin reste un grand mystère. Pourtant, dès la Première Guerre mondiale, un gynécologue allemand, le docteur Gräfenberg, s'est intéressé à la question et avait avancé des thèses particulièrement révolutionnaires sur le corps des femmes, l'orgasme et les zones érogènes. Les travaux de celui qui a découvert le fameux « point G » résonnent plus que jamais aujourd'hui.
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Depuis Freud, qui pourtant finit par avouer que pour en apprendre davantage sur la sexualité féminine, il fallait « interroger votre propre expérience, adressez-vous aux poètes ou attendez que la science soit en état de vous donner des renseignements plus approfondis et mieux coordonnées », le sentiment général autour de la sexualité féminine tourne fréquemment autour du manque et de l’oubli : manque de certitudes autour de la définition de l’orgasme féminin, manque de désir, manque de mémoire lorsque le rôle de l’homme est remis en cause …

Si tout le monde (ou presque) a entendu parler du point G, on sait peu de choses sur le travail de l’étonnant docteur Gräfenberg, en dehors de sa découverte sur ce fameux point. Gynécologue allemand, il fut officier sanitaire pendant la Première Guerre mondiale, et espérait se spécialiser dans les métastases, comme il voulait aussi mieux comprendre la reproduction, et en particulier l’ovulation. Cependant, en découvrant dans quelles conditions épouvantables les femmes avortaient, il a changé d’orientation et cherché sans relâche des moyens pour elles de choisir librement d’être mères ou non et son premier apport majeur dans la vie des femmes fut d’avoir inventé l’ancêtre du stérilet. Mais la Seconde Guerre mondiale arrivant, il n’était pas question en Allemagne d’être réceptif à l’objet, qui ne rentrait guère dans l’idéologie de l’époque.

En 1933, le gynécologue juif fut contraint de quitter son poste à l’hôpital de Berlin-Britz. Il fut arrêté en 1937 et  n’échappa des camps nazis qu’en 1940, grâce à la volonté de fer d’une infirmière américaine, passionnée par son travail. Il arriva à New-York avec son anneau contraceptif dans ses bagages. Malheureusement, le corps médical s’opposa vite à son développement, pour des raisons qui mêlaient le puritanisme, le souci démographique et la toute relative liberté accordées aux femmes. Très à leur écoute, il entend interrogations et plaintes sur leurs insuffisances orgasmiques.

Un jour qu’une patiente ne cessait de se lamenter, il lui conseilla - sans s’embarrasser de plus de forme - d’essayer avec un autre partenaire que le sien. Elle partit choquée mais confirma plus tard, très joyeusement, qu’il avait tout à fait raison. Dès 1950, il notait que 80% des femmes n’arrivaient pas à atteindre l’orgasme avec leur partenaire, mais que « le manque d’orgasme et la frigidité sont deux choses séparées. (…) Une femme qui ressent uniquement l’orgasme clitoridien, n’est pas frigide et elle est parfois même plus active sexuellement parce qu’elle est en chasse d’un partenaire masculin qui l’aidera à remplir ses rêves et désirs les plus érotiques ».

Au bout de quarante ans d’exercice, les propos du gynécologue arrivaient à des conclusions diamétralement opposées à celles de Freud : pour lui, l’orgasme clitoridien n’est pas un orgasme infantile, le sexe féminin n’est pas un continent noir, la femme est au contraire toute de voluptés et son corps entier est érogène. « D’innombrables points hétérogènes sont répartis sur tout le corps, d’où la satisfaction peut éclore, il y en a tellement que nous pourrions presque dire qu’il n’y a aucune partie du corps féminin qui ne donne pas de réponse sexuelle. A une condition seulement : si le partenaire sait trouver ces zones érogènes ».

De lui, il reste donc le vacillant souvenir du point G, régulièrement remis en cause par le corps médical. Hélas, comme souvent dans l’histoire, tout ce qui glorifie la femme ou affaiblit l’homme est étouffé ou discrètement mis de côté. On ne peut donc s’étonner de continuer à voir sans cesse des études qui dissèquent et morcellent la femme comme pour mieux la diminuer, et des enquêtes qui montrent que les femmes peinent à jouir, comme si le travail de Gräfenberg ou d’autres n’étaient pas concluants.
Pendant que la médecine tourne autour du pot, certains hommes continuent heureusement de montrer qu’ils savent jouer du corps de la femme comme de grands musiciens, et les accompagner jusqu’à l’extase comme de grands amoureux de la courtoisie et de la civilité… Aux femmes de les trouver, ou - à défaut - de leur apprendre le magnifique art de l’amour.


Anecdotes tirées du livre de Diane Ducret "La chair interdite" aux éditions Albin Michel.