Médias et réseaux sociaux : « l'ère des codiffuseurs d'info »

Médias et réseaux sociaux : « l'ère des codiffuseurs d'info »
Médias et réseaux sociaux : « l'ère des codiffuseurs d'info »
Du lecteur sans voix à l’internaute 2.0, le web met fin à la verticalité de l’information. D’après l’observatoire Orange Terrafemina sur les médias et les réseaux sociaux, plus d’un tiers des Français commente et partage l’information sur  Facebook ou Twitter. Décryptage avec Laurence Allard, Maître de conférences en Sciences de la Communication (Lille 3), et chercheur associé à l’IRCAV, (Paris 3).
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Terrafemina : D’après les résultats de notre sondage, 38% des internautes français déclarent commenter l’actualité sur un blog, un site d’information ou sur les réseaux sociaux, et 37% affirment diffuser souvent ou de temps en temps des liens vers des articles ou des vidéos sur les réseaux sociaux. Comment interprétez-vous ces chiffres ?

Laurence Allard : Ces données témoignent du tournant dit « participatif » pris dans le rapport aux médias et à la culture. Il est toujours intéressant de pouvoir mesurer cette participation, et le nombre de commentateurs (38%) est remarquable ainsi que ceux qui diffusent des contenus (articles, liens, vidéos) avec 37%. Cela signifie que plus d’un tiers des internautes ne se contentent plus de lire mais qu’ils participent –gracieusement il faut quand même le souligner – à la codiffusion et à la coproduction de l’information. Ils s’engagent plus avant en prenant le temps d’écrire leur opinion sous une forme ou une autre. Internet a créé cette possibilité de réversibilité des rôles de la lecture à l’écriture, ce que l’imprimerie ne permettait pas. Les réseaux sociaux, en automatisant au maximum les fonctions de partage ont stimulé ces nouveaux comportements. On remarque que les jeunes sont ceux qui commentent et partagent le plus l’information sur les réseaux sociaux – 46% des 18-24 ans et 53% des 25-34 ans-, ils ont grandi dans cette culture de la lecture/écriture. Et  même dans leur rapport à l’information, ils sont habitués à nourrir leurs conversations en s’appropriant matériellement les contenus vidéos, photos, liens ou à les commenter ou les remixer parfois de façon comique.

TF : La qualité et la fiabilité de l’information qui circule sur Internet est soulevée comme l’un des défauts majeurs des médias numériques, selon notre enquête. La rapidité et l’instantanéité sont-elles incompatibles avec le maintien d’une éthique journalistique ?

L. A. : J’observe dans ce sondage qu’il semble y avoir une réticence, plus marquée chez les femmes d’ailleurs quant à la question posée dans le sondage du manque d’analyse et à l’information non vérifiée qui peut être diffusée sur les médias en ligne. Mais je pense qu’il faut considérer que le temps réel permis par le Net et les réseaux sociaux – mis ici en avant par plus d’un tiers des personnes interrogées dans leur choix des médias numériques - relève d’une autre expérience, celle de l’expérience vive, de l’événement, qui ne sont pas encore devenus de l’information telle qu’elle est traitée par le journaliste. Il faut distinguer un fait tweeté, un sentiment publié pour quelques-uns sur Facebook de l’information analysée et vérifiée par un journaliste, à partir des codes de sa profession. Tout n’est pas information.

TF : D’après notre sondage, 36% des internautes consultent l’information sur leur mobile. Quel rôle joue le téléphone connecté dans l’évolution de la consommation d’information ?

L. A. : Le mobile est toujours un peu négligé alors qu’il concerne l’ensemble de la population mondiale (5 milliards d’abonnés). Ainsi, il a joué et joue encore un rôle primordial dans les révolutions arabes. En Egypte par exemple, on accède à Internet d’abord par le mobile : les photos, vidéos et commentaires postés par les Egyptiens ont constitué la documentation principale de leur révolution. Au quotidien, il s’est imposé dans les temps de transport ou d’attente des mobinautes (17 millions en France).  La connexion aux réseaux sociaux et à l’information via le mobile renforce le sentiment de mouvement et d’une info globale venant de tous les fuseaux horaires. On est connecté au monde, à un réseau qui ne dort jamais.

LES RESULTATS DE L’OBSERVATOIRE SUR LES MEDIAS ET LES RESEAUX SOCIAUX

Les résultats complets de l'Observatoire Orange-Terrafemina sur les médias et les réseaux sociaux
L’étude qualitative par l’Institut Treize articles WebLab

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