Khalamite est une star du OnlyFans hexagonal. Ce qui lui vaut d'être intensément haie par les misogynes qui pourtant, suivent fidèlement ses contenus. C'est là une bien précise définition de la misogynie : haïr la sexualité féminine tout en l'érigeant en obsession.
La créatrice de contenus lyonnaise qui officie sur les plateformes pour adultes explique à Sam Zirah, au sein de la longue conversation que nous vous relayons au-dessous de cet article, ne jamais s'épiler avant de tourner une scène de sexe non simulée. C'est un choix intime et politique : féministe ? Ou bien cela revient-il à alimenter un vrai fétichisme ?
La jeune femme s'explique dans l'interview à retrouver ci-contre, et dans laquelle elle aborde des sujets importants - elle y dénonce notamment une agression sexuelle qu'elle aurait subie durant le tournage d'une scène. Sur ces images, elle raconte à l'intervieweur favori des vedettes de téléréalité qu'elle a fait le choix du naturel et du sans filtre. Quitte à envoyer valser une injonction, non-naturelle pour le coupe, imposé aux femmes : l'épilation.
Epilation des aisselles, des jambes, épilation intime : en France, de nombreuses militantes font entendre la lutte contre la mise au ban du poil féminin. On pense notamment à l'illustratrice VicDoux, qui sur son compte Instagram milite justement pour que la pilosité des femmes ne soit plus perçue avec dégoût. A l'instar d'autres enjeux de santé féminine d'ailleurs, comme les menstruations, source continue de superstitions et de préjugés qui riment avec misogynie patriarcale.
Khalamite ne dit pas mieux en s'exprimant ainsi : "Je ne me rase pas depuis longtemps, et je fais du contenu home made, fait maison. Si les grosses productions de l'industrie ne veulent pas de moi, autant développer ce côté homemade et ne plus me raser les poils. Et surtout : c'est quelque chose que je n'aime pas faire, m'épiler !"
Khalamite détaille les conditions de tournage de ses contenus, très populaires sur OnlyFans. La jeune "performeuse" raconte renvoyer aux oubliettes tondeuse et rasoir car c'est aussi ce qu'elle exclue de sa vie, au quotidien. Un réalisme qui semble fédérer dans une industrie qui accole aux femmes des proportions et des représentations disproportionnées, irréelles.
Souci de naturalisme ou fétichisme ? Effectivement, sur les plateformes, tout ce qui a trait au "hairy" et au "natural" constitue une catégorie à part entière : il y a donc, comme c'est le cas pour les personnes racisées, ou pour les femmes grosses, tout un fétichisme, hyper sexualisé, qui émane de ces "critères" bien précis.
Cela étant, dans le cas de la créatrice, c'est aussi une question de choix, et c'est en cela que l'enjeu devient féministe, faisant écho à bien des slogans de luttes. Mon corps mes choix, mon corps est politique, l'intime est politique, de nombreuses tirades engagées nous viennent en tête face à cette initiative.
Elle poursuit avec éloquence auprès d'un Sam Zirah visiblement très interloqué : "Je fais des scènes avec les jambes pas épilées, avec les poils sous les bras, sans retouches, jamais, avec ma cellulite, c'est juste ma vie en fait, je tourne parfois pas maquillée du tout !"
Et Khalamite de conclure avec un grand sourire : "je suis une meuf un peu brouillon je t'avoue, mais je crois que c'est ça, ma force car plus c'est naturel, plus ça plaît".
Ses aficionados pourront l'affirmer. Quant à ses détracteurs, ils semblent très nombreux à détester viscéralement la sexualité des femmes, et sombrent dans le slut shaming, ce phénomène disséqué avec maestria par Ovidie dans sin dernier manifeste féministe.