Ces libraires n'ont pas envie de rouvrir (et il faut les entendre)

Ces libraires qui n'ont pas envie de rouvrir pendant le confinement
Ces libraires qui n'ont pas envie de rouvrir pendant le confinement
A l'heure du second confinement, la question de la survie des lieux culturels, et notamment des librairies, est au coeur des débats publics. Mais alors que certains fustigent la fermeture de ces commerces "non-essentiels", les principales concernées laissent entendre des voix contradictoires.
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Les libraires n'ont pas l'habitude d'être exposé·e·s aux lumières d'ordinaire. Mais, des médias aux réseaux sociaux, c'est un éclairage qui se propage depuis l'annonce du reconfinement, et les nombreuses mesures nationales que cette initiative gouvernementale a engendrées, comme la fermeture des lieux dits "non-essentiels" - pour reprendre l'intitulé en vigueur. Une fermeture confirmée par le Premier ministre Jean Castex ce dimanche 1er novembre.

Les librairies, lieux tout sauf nécessaires ? Bien des paroles expriment volontiers leur désaccord. Comme la maire de Lille Martine Aubry, qui en appelle à la signature d'une pétition afin de rouvrir immédiatement les librairies de la ville. Ou encore la maire de Paris Anne Hidalgo, qui annonce une "initiative" pour la réouverture des librairies indépendantes. Vu ainsi, l'intention semble bonne : insister sur l'importance de la culture en cette période troublée, mais aussi proposer un recours concret face aux difficultés financières auxquels sont confrontés les commerçants indépendants, avalés par le géant Amazon. Oui, mais...

A-t-on au juste pris le temps de recueillir la voix des libraires ? Sur Twitter notamment, certain·e·s professionnel·e·s du livre n'hésitent pas à exprimer une opinion contradictoire, rappelant - entre autres - la nécessité de respecter les mesures sanitaires en une telle situation - exceptionnelle - d'urgence nationale.

Ecoutons-les.

"Merci d'arrêter d'appeler à rouvrir les librairies"

"Merci d'arrêter d'appeler à rouvrir les librairies", intervient d'emblée une libraire. La crainte au coeur de ce discours abondamment relayé ? Elle est limpide : voir ses collègues exposés "inutilement" au virus, des collègues par ailleurs "sur les rotules". Elle développe : "Nous avons travaillé comme des dingues depuis la fin du confinement. Les librairies sont pleines à craquer. Tout le monde dit que c'est une bonne chose mais pas du tout". Et là encore, l'argumentaire tombe sous le sens en période de pandémie. Augmentation des risques de propagation, irrespect quotidien des distances de sécurité, livres abondamment touchés par la clientèle...

"Les gens ne se lavent pas toujours les mains et certains baissent leur masque pour nous parler", poursuit la libraire, qui ne voit pas en son lieu de travail un "commerce essentiel". Difficile de respecter les gestes barrières dans un tel lieu de sociabilité, surtout quand cela semble être le cadet des soucis de celles et ceux qui arpentent les rayons. C'est pourquoi militer pour leur réouverture suscite la réticence. Mais ce n'est pas tout, loin de là.

Dans son thread, l'internaute évoque également la précarité financière des libraires, qui pour la plupart seraient "manutentionnaires-caissières au SMIC, avec 10% seulement de leur temps consacré à parler littérature". Une situation déplorable qui n'incite pas à multiplier les risques pour sa santé (ou celle d'autrui), on le comprend aisément.

"Si vous voulez arrêter notre confinement, payez-nous ! Car voilà le nerf de la guerre. Sinon, laissez-nous tranquille, nous avons besoin de repos. Ne signez pas de pétition appelant à la réouverture des librairies", poursuit la professionnelle du livre.

"Il ne s'agit pas d'empêcher les gens de lire ou les libraires d'être, il s'agit de minimiser les déplacements, et le regroupement d'être humains, oui même de 6 personnes dans une librairie, parce que c'est c'est déjà trop", abonde une collègue libraire. Sur Twitter, la principale concernée avoue sa crainte de perdre son travail, mais aussi l'importance première de respecter une situation d'urgence "où nos vies sont mises en danger et profondément modifiées". Et si ce bouleversement national exigeait la fermeture des librairies ?

"Je suis libraire, j'ai peur pour la culture qui m'est si précieuse, peur pour me copains·ines et leurs petites librairies indé fragiles. J'ai peur pour mon boulot. Je le fait depuis 12 ans, et je l'adore. Sauf qu'il ne s'agit ni de moi ni d'une profession. Soit on le fait ensemble soit on ne le fait pas", développe-elle, se demandant encore pour quelles raisons un livre serait forcément plus important "qu'un disquaire, un restau ou un fleuriste".

Un débat qui s'enflamme donc, d'autant plus à l'heure où certaines librairies indépendantes, comme "Bulle" au Mans, affirment à l'inverse leur "résistance" face à ce reconfinement généralisé.