Oui, la dépression et l'anxiété peuvent altérer notre mémoire

Comment la dépression peut altérer notre mémoire
Comment la dépression peut altérer notre mémoire
De plus en plus de médecins et psychologues s'intéressent aux effets inattendus de la dépression sur notre mémoire. Un enjeu de santé qui touche à la psychologie, au cérébral et au chimique.
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Flottements, oublis, instants de déjà vu, réminiscences diverses... La mémoire, plus qu'un système cérébral, a tout du langage, complexe, paradoxal et sinueux. Tenter de la comprendre, c'est également s'intéresser à notre propre psychologie, notre santé mentale et physique, et tout ce qui l'agite - un vaste programme.

Ainsi, de plus en plus de recherches s'attardent sur la proximité entre anxiété, humeurs et troubles cognitifs. Et plus précisément, sur la relation directe entre mémoire et dépression. Une question des plus censées à l'heure où pandémie et confinements ont pu exacerber la vulnérabilité psychologique des individus. Médecins et psychologues s'interrogent ainsi sur le lien entre pertes de mémoire et troubles dépressifs.

Une question complexe

"Alors que des niveaux de stress légers et modérés peuvent améliorer la mémoire et d'autres fonctions cognitives en fournissant de la motivation, des niveaux élevés de stress peuvent quant à eux libérer des produits chimiques dans le cerveau, qui perturbent la formation de la mémoire", explique la psychologue clinicienne et thérapeute américaine Krista Jordan à Stylist. L'experte évoque notamment l'influence du cortisol - autrement dit l'hormone du stress - sur la "conservation des souvenirs".

Comment la dépression peut altérer notre mémoire
Comment la dépression peut altérer notre mémoire

Et la spécialiste de poursuivre : "Lorsque les éléments chimiques inhérents au stress comme le cortisol sont élevés dans le cerveau, cela empêche le coeur de la mémoire, à savoir l'hippocampe [une aire cérébrale située dans les lobes temporaux, ndlr], de fonctionner correctement. Or si les souvenirs ne peuvent pas être intégrés par l'hippocampe, leur stockage à long terme est plus difficile. Les souvenirs s'estompent très rapidement".

Voilà qui expliquerait l'influence néfaste du stress sur notre mémoire : c'est chimique, pardi. Mais ce n'est pas tout. Car cet impact notable peut aussi influer sur d'autres mécanismes inhérents au cérébral. "Des études ont démontré que le cerveau des patients déprimés fonctionne mal dans les domaines que nous associons à l'attention, la concentration, la planification, la résolution de problèmes et la motivation", développe encore Krista Jordan dans les pages de Stylist.

Des incidences critiques

Et bien des recherches énoncent ces liens de cause à effet, comme cette étude très détaillée publiée dans La lettre du psychiatre et intitulée "Troubles cognitifs dans la dépression". Elle souligne que l'état dépressif est susceptible d'entraîner une baisse des performances intellectuelles, notamment "dans les domaines de la mémoire, de l'attention et des fonctions exécutives". Selon les auteurs, les patients déprimés manifestent "plus d'erreurs d'attention" que les autres, pour des gestes et pratiques relevant pourtant du quotidien.

Les chercheurs associent les troubles cognitifs relatifs à l'état dépressif à des dysfonctionnements qui seraient à chercher du côté des lobes frontaux, "en particulier de la région ventro-médiane et de la partie dorsale du cortex cingulaire antérieur" Ce qui nous renvoie encore au centre de l'activité cérébrale. Et parmi ces "anomalies cognitives", certaines peuvent perdurer par-delà l'épisode dépressif éprouvé, prévient-on.

"Les patients déprimés ne possèdent pas suffisamment d'énergie pour organiser les informations à mémoriser, ainsi le recouvrement mnésique est aussi déficitaire. Le degré de la plainte des patients au sujet de leur mémoire est lié à l'intensité des états dépressifs", achève ainsi cette étude.

Des conclusions qui aboutissent à une grande question : comment réagir alors face à une telle situation ?

"L'impact de l'anxiété et de la dépression sur la mémoire semble être réversible, du moins si les épisodes ne durent pas trop longtemps sans traitement. Cependant, ne pas traiter les troubles anxieux ou dépressifs peut, au fil des années, entraîner de nombreux effets négatifs sur la santé. Il est donc important de rechercher un traitement si vous avez des difficultés avec l'un ou l'autre", recommande à ce titre Krista Jordan.