Donald Trump, le nouveau Père Fouettard des petits Américains

Donald Trump: le cauchemar des enfants américains
Donald Trump: le cauchemar des enfants américains
Si la vérité sort toujours de la bouche des enfants, Donald Trump a du souci à se faire. Après son triomphe aux primaires de New York où il a remporté 60% des voix, il semble inévitable que Trump devienne le candidat officiel du Parti républicain à l'élection présidentielle. Mais alors qu'il se rapproche à grands pas de la Maison Blanche, les petits Américains cauchemardent : le magnat de l'immobilier, avec ses discours suintant la haine et la discrimination, est le nouveau grand méchant loup des enfants.
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Il y a quelque chose dont le grand public raffole encore plus que les photos de chatons ou les histoires de castagne à la télé : les politiques et les enfants. On adore les photos d'Obama posant avec de jeunes enfants, d'ailleurs réunies sous le hasthtag #ObamaAndKids , on a fondu devant l'interview d'Hilary Clinton par des jeunes enfants sous l'égide de Jimmy Kimmel en novembre 2015 - surtout lorsqu'ils lui ont demandé de créer "un restaurant avec de la nourriture gratuite"... Mais l'effet de Trump sur les enfants, par contre, ne nous arrache pas l'ombre d'un sourire. Et pour cause. Un nouveau rapport du Southern Poverty Law Center cité par le site Mic a donné aux Américains une nouvelle très bonne raison de ne pas voter pour le truculent milliardaire : il terrorise les enfants et leur inocule son racisme.

Les enfants issus de minorités raciales ont peur

Trump: des discours haineux propage le racisme jusque dans les couloirs d'écoles
Trump: des discours haineux propage le racisme jusque dans les couloirs d'écoles

Entre mars et avril, SPLC a mené son enquête sur "l'effet Trump" auprès de 2000 enseignants de la maternelle à la fin du lycée : ce sondage montre qu'un grand nombre d'élèves issus de minorités raciales ou religieuses ont peur de ce qu'il adviendrait d'eux si Trump devenait président. Il y a de quoi : ne serait-ce que ses discours de campagne, remplis de haine et d'incitation à la discrimination, font grimper les problèmes de racisme et de violence dans les classes. Les professeurs interrogés confient que les enfants noirs, hispaniques et musulmans en particulier avaient exprimé leurs inquiétudes quant au sort qui leur serait réservé si Trump accédait à la Maison Blanche. Et bien qu'on aurait aimé les rassurer, il ne suffit plus d'allumer la lumière pour leur prouver qu'il n'y a pas de monstre sous leur lit : ces craintes-là sont en effet loin d'être infondées.

Donald Trump : un "monstre" de racisme

En effet, bien qu'il se soit auto-proclamé "la personne la moins raciste que vous ayez jamais rencontrée" sur CNN en décembre dernier, le favori du Grand Old Party (Parti républicain américain) parsème ses discours de commentaires haineux et racistes. Lors de son discours de candidature à l'investiture de son parti, le 16 septembre 2015, il s'en est pris aux immigrants mexicains, en faisant un lien direct entre le crime et les populations hispaniques : "Lorsque le Mexique nous envoie ses gens, il n'envoie pas les meilleurs éléments". "Ils envoient ceux qui posent problème. Ils apportent avec eux la drogue. Ils apportent le crime. Ce sont des violeurs ". Et il pousse le protectionnisme à l'extrême en plaidant depuis avec ardeur pour la construction d'un mur séparant les Etats-Unis du Mexique, poussant la foule à ses meetings à scander "Construisez un mur ! Construisez un mur ! Construisez un mur !", comme le rapporte le Huffington Post.

Il incite aussi à l'islamophobie, en expliquant par exemple lors du meeting à Birmingham, en Alabama, puis sur ABC lors du débat "The Week" que des arabes au New Jersey auraient explosé de joie en voyant les tours du World Trade Center s'effondrer : "[Les Arabes] se réjouissaient que le World Trade Center se soit effondré. Je sais que ce ne serait peut-être pas politiquement correct pour vous, de parler à ce sujet, mais il y avait des gens en liesse quand les tours s'effondraient". Il a aussi promis que président, il interdirait aux immigrés syriens de poser le pied sur le sol américain à cause du "risque de terrorisme" et ferait surveiller rigoureusement des mosquées.

Les Noirs ne sont pas mieux lotis : il a eu beau déclarer en janvier qu'il serait "génial pour les Afro-Américains", il paraît légitime d'en douter. Le magnat de l'immobilier multiplie les frasques et les citations controversées: son manque d'entrain à désavouer David Duke, l'ancien chef du Ku Klux Klan -le groupe extrême raciste prônant toujours pour la suprémacie de la race blanche- et qui lui avait apporté son soutien, a particulièrement marqué les esprits, puisque ce n'est pas la première fois que le nom de Trump se retrouve associé à ce groupe. Entre autres, il a aussi fait évacuer violemment d'un meeting un jeune Noir qui protestait pacifiquement pour "Black lives matter", qui défend les Afro-américains contre les violences policières injustifiées à leur égard. Après avoir crié "Faites-lui foutre camp d'ici. Sortez-le d'ici. Jetez-le dehors !", un article de Slate rappelle qu'il a ensuite laissé le jeune homme être éjecté à coups de poings et de pieds sans rappeler à l'ordre ses supporters. Le coup de grâce : sa promesse de déporter tous les immigrés illégaux du pays, estimés à 12 millions.

Des discours racistes qui mettent le feu aux poudres dans les écoles

Des enfants martyrisés à l'école à cause des discours de Trump
Des enfants martyrisés à l'école à cause des discours de Trump

Et malheureusement, ces virulents discours semblent toucher leurs cibles. Plus de la moitié des enseignants ont constaté une forte augmentation du nombre de "discours politiques inappropriés" selon l'appellation du sondage : cela comprend une hausse des insultes racistes échangées entre les enfants et l'invocation fréquente du nom de Trump pour effrayer ou intimider des enfants de couleur. Le rapport souligne l'impuissance des éducateurs face à ce phénomène : ils sont dans l'obligation de rester neutres, de ne pas exprimer d'opinion politique, mais ils sont profondément dérangés par l'anxiété qui règne dans leurs classes et des leçons que les enfants peuvent retenir de cette campagne qui repose entièrement sur une incitation à la haine et à la violence. Toujours d'après Mic, un professeur de Caroline du Nord a expliqué que ses élèves d'origine hispanique se promenaient avec leurs certificats de naissance et leurs cartes de sécurité sociale sur eux parce qu'ils ont peur qu'on les déporte. Dans le Montana, un enfant de 6e a dit à un de ses camarades qui était musulman qu'il soutenait Trump "parce qu'il allait tuer tous les musulmans s'il devenait président !". Alors que les élections présidentielles sont normalement l'occasion pour les professeurs d'en apprendre plus aux enfants sur le processus démocratique américain, le sondage de SPLC montre que les discours discriminatoires de Trump ont rendu plus de 40% des enseignants réticents à aborder le sujet, qui porte à la controverse et stresse beaucoup les élèves.

Sur le site du Washington Post, l'éditorialiste Petula Dvorak a dressé un portrait très sombre de la situation. Elle condamne elle aussi "l'effet Trump" qui pousse à la haine et n'épargne pas les enfants. Elle s'appuie sur une série d'événements survenus dans des écoles pour montrer à quel point la rhétorique xénophobe du magnat de l'immobilier a touché jusqu'aux plus jeunes : en Virginie, des élèves de CM1 se sont moqués d'enfants musulmans et se sont réjouis de leur expulsion à venir, alors que la même semaine, dans un lycée de l'Indiana, des jeunes ont brandi le portrait de Trump en insultant les jeunes joueurs d'origine hispaniques et en reprenant le slogan des partisans les plus ardents de Trump, "Construisez le mur !". Elle explique que ces événements lui rappellent l'ambiance des années 60 "et les foules hurlant sur le passage d'étudiants noirs" sauf que cette fois, "la nation tolère désormais l'expression décomplexée du sectarisme".

La réaction des enfants face à Trump montre les dangers du trumpisme qui s'insinue dans la société américaine
La réaction des enfants face à Trump montre les dangers du trumpisme qui s'insinue dans la société américaine

"On ne parle pas aux enfants de politique ; elle est considérée comme compliquée, et allant à l'encontre de leur pureté et de leur innocence", rappelle Denis Langlois , auteur du livre La politique expliquée aux enfants. Pourtant, surtout au moment d'élections aussi cruciales, la politique est partout, et touche bien évidemment aussi les enfants, sans qu'ils aient forcément toutes les clés pour décrypter le sens de chaque message. C'est le danger de Donald Trump. Sa campagne est redoutable parce que son outil premier est la peur. Ainsi que l'explique l'article du New Republic , dans une période troublée par des crises économiques à répétition, une perte identitaire importante et une menace terroriste aussi omniprésente qu'invisible, Trump opère en parasite : il utilise la peur et de l'insécurité des Américains pour nourrir sa popularité, et offre en pâture des "responsables", désigne des boucs émissaires comme exutoires à la colère du peuple. C'est un procédé vieux comme le monde, mais qui demeure efficace.

La manière dont les enfants réagissent à la figure de Trump révèle les dégâts en profondeur que sa campagne au vitriol a entraînés : ce déversement public et hypermédiatisé de haine a ouvert la voie au racisme et à la xénophobie en portant sur le devant de la scène ces phénomènes qui étaient jusque-là mieux réprimés et plus souterrains. Sur les bancs des classes, les enfants à leur échelle ne font rien d'autre que de reproduire les déchirements de leurs aînés et d'exprimer l'angoisse dans laquelle baigne la société américaine du fait des discours hargneux de Trump. Et à la vue des événements décrits par les enseignants, on aimerait bien que cela se cantonne aux cours de récréation. Malheureusement, même si le milliardaire perd les élections présidentielles, il semblerait qu'il ait "réveillé la bête" : même si les Etats- Unis évitent Trump, ils devront réussir à lutter contre le trumpisme, ce "nationalisme renvoyant l'Amérique à ses origines", selon Le Figaro, qui malheureusement, est bien parti pour durer.

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