Pourquoi la méthode du "bon flic/mauvais flic" ne fonctionne pas avec les enfants

La méthode "bad cop/good cop" ne fonctionne pas
La méthode "bad cop/good cop" ne fonctionne pas
Dans la série "ça ne marche que dans les films" : la technique "bon flic, mauvais flic" adaptée au foyer familial. Twist ending : malgré ce que pensent bien des parents, cette méthode n'a rien de bon vos enfants, ni pour vous. Et on vous explique pourquoi.
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"Bon flic, mauvais flic". Le stratagème est bien connu : assurer la discipline de sa progéniture en s'adonnant au jeu de rôles. L'un des parents sera strict et autoritaire, l'autre complaisant et tout sourire. Une rencontre des contraires censée convaincre les enfants les plus récalcitrants et gérer les conflits intrafamiliaux - quand il s'agit de passer des activités fun à l'heure des devoirs par exemple. Mais cette douce technique de manipulation psychologique est loin de convaincre les éducateurs et psychiatres : ils en déconseillent même l'usage !

Oui, la stratégie du "bon flic/mauvais flic", entre insouciance et injonctions, n'a que trop fait son temps. Faute d'éduquer les plus jeunes, cette distinction (pour ne pas dire opposition) très schématique des rôles ne fait que propager une sorte d'ambiguïté malvenue au sein du foyer. Ce n'est pas efficace, c'est déroutant et pire encore, c'est malsain.

C'est tout du moins ce que nous avance le professeur adjoint d'études familiales à l'Université de l'Iowa Thomas Schofield, qui voit là toute une "dynamique dysfonctionnelle". Mais pourquoi donc faut-il en finir avec cette dichotomie ?

Pourquoi c'est bidon ?

"Good cop, bad cop" : pas un bon deal.
"Good cop, bad cop" : pas un bon deal.

Pour éviter tout ce que le rôle du "mauvais flic" charrie d'incidences négatives, déjà. C'est-à-dire ? Une attitude condescendante, contraignante, rabaissante envers l'enfant, source de craintes et d'appréhension. Une option maladroite alors que la pédagogie la plus juste consisterait à dialoguer d'une manière à ce que l'enfant, même s'il y a désaccord, "se sente valorisé et aimé", nous explique encore l'expert. Au fond, il faut avant tout que son opinion soit entendue, que les parents comprennent son importance - et le fassent savoir au principal concerné.

Mais pourquoi est-ce si malsain d'entremêler attitude conciliante et autoritaire, de glisser systématiquement du chaud au froid ? Car loin d'attiser la confiance des plus jeunes, cette ambivalence suscite dans leurs esprits éveillés "un niveau d'incohérence qui exacerbe le stress", déplore Thomas Schofield. Des conséquences malheureuses qui pourraient bien bousculer leur santé mentale.

"Ce que les humains détestent plus que tout, ce qui nous cause plus de stress qu'autre chose, c'est l'incertitude", théorise à ce propos le professeur au magazine en ligne The Cut. Ce dernier nous alerte quant à l'importance du "climat émotionnel" au sein du foyer familial. Un climat à ne pas négliger, stratégie de choc ou pas.

Charge parentale et sexisme au max

 

Opposer les parents : une source de tensions et d'anxiété.
Opposer les parents : une source de tensions et d'anxiété.

Énième bémol de cette méthode qui ne fait pas vraiment ses preuves au quotidien : c'est sexiste. Comme l'énonce effectivement le site de parentalité She Knows, cette dissociation incite à faire perdurer les étiquettes de genre. Papa méchant ou maman maternalisante, pour ne citer que ces deux stéréotypes - ceux du "papa poule" trop laxiste ou de la mère "tortionnaire" (ou mauvaise mère façon Malcolm ) en sont encore deux autres.

Pas de quoi permettre aux enfants de percevoir la complexité des individus par-delà les rôles qu'ils sont censés incarner entre quatre murs, donc. A contrario, les bambins auront plutôt tendance à appliquer ces étiquettes étroites à toutes celles et ceux qu'ils rencontreront par la suite. Un premier pas vers des clichés qui n'ont que trop duré.

Non content d'opposer ses deux parents, l'enfant pourrait ainsi en venir à considérer des attitudes comme trop "féminines" et d'autres comme trop "masculines", de la douceur à la discipline. Fâcheux. D'autant plus que ce double-jeu un brin tordu est la porte ouverte à toutes les discordes, relationnelles et psychologiques.

"C'est déroutant pour l'enfant car ce dernier peut se sentir coupable d'avoir choisi 'son camp' entre ses deux parents, et il peut aussi ressentir de l'anxiété à l'idée de dresser un parent contre l'autre", alerte en ce sens la thérapeute familiale Tammi Van Hollander. Poussées d'angoisse au rendez-vous. Et charge parentale au maximum.

"La parentalité est un exercice difficile"

 

"Bon flic, méchant flic" : rien de bon pour la charge parentale.
"Bon flic, méchant flic" : rien de bon pour la charge parentale.

Mais quelle serait alors LA solution ? Trouver le juste équilibre tout simplement. Une harmonie à aiguiser jour après jour entre répartitions des tâches à la maison, usage cohérent de l'autorité (dehors, les messages contradictoires !) et de l'espace de liberté laissé à l'enfant, entente globale et communication plus limpide entre les parents. Ceux-ci doivent se déconstruire : retirer leurs étiquettes, se concerter, ne pas oublier qu'un bon dialogue avec l'enfant prend racine dans leurs propres conversations et leurs décisions communes.

"La parentalité est un exercice difficile et tout le monde a son propre 'style'. Mais les parents doivent se soutenir mutuellement dans les décisions qui sont prises. Les enfants doivent savoir que leurs parents travaillent ensemble, en équipe", détaille encore Tammi Van Hollander. La thérapeute déconseille fortement d'opposer "la voie de papa et la voie de maman" : c'est l'autoroute vers l'instabilité la plus regrettable.

L'important est encore "que l'enfant se sente en sécurité", conclut à juste titre Thomas Schofield. Et pas la peine de jouer au flic - tout court - pour ça.