Oui, il faut chérir l'amitié entre filles et garçons (et voici pourquoi)

L'amitié filles/garçons bénéficie à l'un comme à l'autre...
L'amitié filles/garçons bénéficie à l'un comme à l'autre...
L'amitié filles-garçons n'est pas simplement une bonne chose : c'est essentiel. C'est à travers elle que se tissent bien des choses, qui participent à la construction de l'enfant. On vous explique pourquoi.
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S'il y a bien une "saison des amitiés sincères", comme le chantait Françoise Hardy, c'est l'enfance. Cette période où les liens se tissent spontanément et où les humeurs peuvent encore se voir réconciliées en un goûter. Surtout, loin des bandes de filles et de garçons, il n'est pas rare que les deux sexes s'apprivoisent, sans la moindre gêne ou intempérie à l'horizon. Et s'il y a bien une chose que l'on mésestime trop, c'est cela : l'amitié entre filles et garçons. Elle est bien plus importante que vous ne le pensez. Si si.

C'est d'ailleurs l'excellent blog A Mighty Girl qui nous dit pourquoi l'on doit cajoler ces liens amicaux. Et si l'amitié entre filles et garçons posait dès la cour de récré - et voire même avant - les bases d'un féminisme naissant ? Une belle perspective que les parents ne doivent pas éluder trop vite. Car l'amitié est un trésor d'enfance : elle nourrit l'empathie, éveille les consciences et tend à envoyer paître les préjugés les plus tenaces.

L'amitié filles-garçons, un (en)jeu féministe

Girl (& boy) power !
Girl (& boy) power !

Car les papotages et rigolades partagés entre filles et garçons sont essentiels. Pourquoi ? Parce qu'ils permettent, dès le plus jeune d'âge, de s'exprimer et de se découvrir "en dehors des constructions de genre contraignantes, de remettre en question les stéréotypes", explique la journaliste Elissa Strauss dans un article de CNN. La mixité est gage de modernité et ceux qui l'incarnent se contrefichent bien des clichés. Quand la solidarité et l'imagination constituent une relation, peu importe au fond qu'un jeu soit "pour les filles" ou "pour les garçons". Même les couleurs se mélangent.

"Ces amitiés contribuent à lever certaines contraintes liées aux genres. Si parents et professeurs les encouragent, ils suggèrent à leurs enfants qu'il est non seulement acceptable de jouer avec un autre sexe, mais aussi de jouer comme lui !", se réjouit la reporter américaine. De quoi dézinguer la traditionnelle rengaine de "les filles à la vanille, et les gars au chocolat". Et participer à sa manière à la "charte des jouets antisexistes".

Une hypothèse confirmée par la blogueuse (et maman épanouie) Amber Leventry. Sur son blog Scary Mommy, cette dernière se félicite de l'amitié que voue sa fille à un garçon. A eux deux, sans le savoir, ils bousculent les codes en "passant leur temps ensemble à créer des mondes remplis de personnages allant des fées aux robots", se réjouit l'autrice. Tous deux se peignent les ongles, sans chichis. Résultat de cette relation décomplexée ? La mère de famille constate que sa fille "est plus extravertie et confiante face à de nouvelles situations". Si l'amitié ne doit pas se voir "forcée" par les parents, et si, bien souvent, elle s'écrit naturellement, force est de constater qu'elle peut donc ouvertement s'envisager comme un outil éducatif.

De quoi inculquer les bonnes valeurs aux bambins. Et non sans ludisme s'il vous plaît. Le jeu, qui est comme un langage de l'enfance, contribue à l'égalité des sexes pour la bonne raison qu'il va à l'encontre des constructions sociales si pesantes qui, en toute logique, ne devraient même pas exister durant l'enfance... Pourtant, elles perdurent. Sous la forme d'injonctions diverses, allant des émotions (ne pas pleurer pour les garçons, ne pas se mettre en colère pour les filles) aux jouets, entre poupées et costumes de pirates, le sexisme "d'enfance" s'écrit... Des attributions réacs qui donnent juste envie de répondre : "OK boomer".

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Les enfants terribles.
Les enfants terribles.

"Les parents peuvent aider leurs enfants à remettre en question les normes de genre, mais ils doivent le faire en tenant compte du rôle très réel, et parfois effrayant, que ces normes jouent dans la vie d'un enfant", insiste en ce sens la journaliste Elisa Strauss. Car vous avez peut-être remarqué que nos kids intériorisent énormément - et très rapidement - ces préjugés. Sans que l'on y fasse attention, un simple tour dans l'aire de jeu ou le visionnage de quelques dessins animés sur YouTube suffiront à bâtir, dans l'esprit de l'enfant, ces assignations de genre. Face à cela, la mixité ne permet pas simplement aux garçons de faire de la corde à sauter sans se préoccuper des qu'en-dira-t-on. Elle fait aussi du bien à leur attitude.

Et oui. Car un garçon qui fréquente une copine pour le fun ne verra pas uniquement - voire pas du tout - sa camarade par le prisme de la romance, assure la blogueuse Lynne Griffin du côté de Psychology Today. Si tant est qu'il parvienne à se dépêtrer des réflexions classiques de son entourage (comme le relou : "Alors, c'est ta petite amie ?"), sa vision des relations humaines en sortira bien moins obstruée et (hétéro)normée, détachée des attentes préétablies des autres. Car l'enfant voit l'amie, pas son genre.

Jusqu'à la période préscolaire, il aime effectivement "jouer avec d'autres enfants, sans distinction de sexe", observe Lynne Griffin. Et nourrir ces relations ne participe pas seulement à son bien-être ou au développement de son empathie. La mixité induit une compréhension plus nuancée de ce à quoi l'enfant est confronté au quotidien. Elle l'aide à développer son identité, en interagissant avec l'autre, sans a priori.

A travers cette amitié, filles et garçons "ne se définissent pas par ce que l'autre sexe pense d'eux", s'enthousiasme la blogueuse. Et c'est une leçon de vie qu'il retiendra forcément, vous pouvez vous en assurer. Pourquoi ? Car "encourager des amitiés saines entre garçons et filles est la meilleure façon d'enseigner à votre enfant les relations saines entre adultes", théorise Psychology Today.

Copains pour toujours

L'amitié filles et garçons, un (en)jeu féministe...
L'amitié filles et garçons, un (en)jeu féministe...

Non seulement cela incite les tout jeunes à devenir de meilleures grandes personnes, mais les bienfaits sont tout aussi remarquables chez les "adultes responsables" en question. Quand les enfants jouent ensemble, constate la maman blogueuse Amber Leventry, ceux-ci démontrent à leurs parents "qu'il n'y a pas qu'une seule façon d'être un garçon, ou une seule façon d'être une fille". Bien au contraire, il y en a mille. C'est l'heure de l'introspection pour les darons.

Et si les échanges de jouets - et d'histoires, de gaudrioles et de bêtises - entre filles et garçons contribuaient à bâtir une société plus libre ? Un monde où les gars se fichent de porter du rose ou d'aimer les princesses, et les filles de jouer avec des dinosaures tout en portant aux nues les super-héros ? Bref, à envoyer bouler ce préjugé selon lequel les filles et les garçons n'auraient rien en commun, en privilégiant l'ouverture d'esprit, la diversité et la tolérance ? L'amitié, par-delà le genre de celle ou celui qui en déborde ? On vous l'accorde, c'est une belle utopie. Mais y croire est loin de nous déplaire.