Aliya, victime de cyber-harcèlement sexuel, raconte son cauchemar

Aliya dans le documentaire "Ils font bouger les lignes"
Aliya dans le documentaire "Ils font bouger les lignes"
Victime de cyber-harcèlement après l'envoi de "nudes", Aliya, 19 ans, se bat pour trouver des solutions. Elle a choisi de parler de son histoire, une arme redoutable contre les bourreaux.
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Harcelée sur Internet, Aliya s'est tue de longs mois, par honte. Désormais, elle parle. Dans le documentaire diffusé sur France 5 mardi 15 décembre à 20h50, intitulé Ils font bouger les lignes, cette jeune femme de 19 ans raconte son histoire par le menu à Olivier Delacroix.

Son histoire, c'est celle de nombreux adolescents piégés sur Internet par leurs "copains de classe" ou bien par des prédateurs fantômes qui n'agissent que sur la Toile. "8% de la population française a été la cible d'attaques répétées en ligne en 2019, et au collège, 1 élève sur 5 est concerné", précise ce très bon documentaire.

L'amplitude des attaques est exponentielle et souvent passée sous silence par les victimes. Les pouvoirs publics ont peu de prises sur ces violences, alors Aliya veut dire comment elle s'est sortie de cette spirale. Elle veut le dire au plus grand nombre. Elle a même écrit un livre Juste une histoire de nudes pour expliquer les mécanismes qui l'ont conduite à envoyer des photos d'elle nue par milliers à un inconnu alors qu'elle avait 14 ans.

"Parler, c'est vraiment la hantise des harceleurs"

Aliya s'exprime parce qu'elle considère que c'est la meilleure solution pour empêcher les agresseurs d'agir. "Parler, c'est vraiment la hantise des gens qui font du mal, dit-elle au HuffPost. Les agresseurs ont peur qu'on révèle leur identité de harceleur. Et quand j'ai commencé à parler, je ne pouvais plus m'arrêter, il fallait que tout sorte."

Le témoignage d' Aliya

Tout est sorti après de longs mois de silence et de souffrance. Aliya raconte qu'au primaire elle était "la moche". Alors quand à 13 ans, elle se crée un compte sur un jeu en ligne et qu'une personne vient à elle pour la charmer, elle se sent pousser des ailes. Enfin quelqu'un qui la trouve attirante. C'est virtuel, mais peu importe, elle plaît. Pendant un mois, ils discutent, créent une complicité, s'envoient des messages ressemblant à des mots d'amour. Le début d'une histoire classique en somme.

Puis, l'agresseur commence à demander des photos d'elle nue, des "nudes", comme on dit. Elle a 14 ans. Elle refuse. Il insiste. Il dit qu'elle n'a pas confiance en lui. À ce stade, ils ne sont toujours pas rencontrés. D'ailleurs, ils ne se rencontreront jamais. Il dit aussi que si elle n'a pas confiance, ils ne peuvent pas rester ensemble. Elle craint la rupture.

Il insiste encore. Et encore. Et encore. Elle cède. S'ensuit un déferlement de demandes de "nudes", puis de vidéos d'elle dans des positions lascives, se masturbant. "À l'époque, je ne savais pas ce que c'était de se masturber", dit Aliya. Les demandes sont quotidiennes, parfois plusieurs fois par jour. La gamine pleure, se renferme, n'a plus goût à rien. Elle n'ose pas parler, parce qu'elle sait qu'il ne fallait pas envoyer la première photo. Elle a cédé. C'est sa faute, pense-t-elle. À bout de souffle, elle se scarifie à l'école et s'évanouit.

Aliya milite


Elle dit tout à sa mère qui aura ces paroles salvatrices: "Affronte les problèmes en face, ne te cache pas pour la suite". La mère porte plainte, les "copines" d'Aliya ne croient pas à son histoire, tandis que les "copains" lui font des avances.

Depuis cette affaire sordide, Aliya milite pour prévenir les adolescents des dangers qui les guettent dans les rencontres en ligne. Elle va à leur rencontre dans les collèges et même dans les écoles primaires, parce que le harcèlement commence de plus en plus tôt. Elle y va avec une sexologue, Véronique Agrapart.

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