Harvey Weinstein reconnu coupable : pourquoi c'est un immense soulagement

Harvey Weinstein le 24 février 2020 lors de son procès à New York
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Après cinq jours de délibération, le producteur déchu Harvey Weinstein vient d'être reconnu coupable d'agression sexuelle. Il risque donc une peine maximale de 25 années d'emprisonnement. Pour les très nombreuses victimes, c'est un grand soulagement.
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C'est un jour historique. Après cinq longues journées de délibérations, Harvey Weinstein a été reconnu coupable d'agression sexuelle et de viol ce 24 février à New York. La fin d'un long et terrifiant suspens. Bien des semaines après l'ouverture du procès de l'ancien mogul d'Hollywood le 6 janvier dernier, ce verdict délivré par un jury de sept hommes et cinq femmes a fait l'effet d'un profond soulagement. Nombreuses sont celles à l'avouer aujourd'hui.

"A toutes celles qui ont témoigné dans cette affaire et qui ont traversé cet enfer traumatisant : vous avez rendu un grand service aux filles et aux femmes partout dans le monde, merci !", a par exemple décoché l'actrice Ashley Judd, un mot-clé tranchant bien en évidence : #Guilty ("Coupable"). La star, qui aurait subi les avances sexuelles du producteur, était l'une des plaignantes les plus médiatisées de cette "affaire" Weinstein aux côtés de Rosanna Arquette, elle aussi plaignante et puissamment engagée au sein du mouvement #MeToo.

A l'unisson, Arquette a applaudi publiquement la bravoure des deux victimes au coeur de ce procès : l'ancienne assistante de production Mimi Haleyi et l'aspirante actrice Jessica Mann, accusant toutes deux le businessman de viol. "Gratitude aux femmes courageuses qui ont témoigné et au jury pour avoir vu clair dans les sales tactiques de la défense. Nous changerons les lois à l'avenir afin que les victimes de viol soient entendues et non pas discréditées, et qu'il soit plus facile pour les femmes de signaler leur viols", a affirmé l'actrice l'espace d'un message abondamment relayé, empli d'espoir et de sororité.

Tina Tchen, présidente de l'association Time's Up, qui représente des femmes à l'origine d'accusations contre Harvey Weinstein, a également salué cette condamnation.

"Ce procès, et le verdict rendu aujourd'hui par le jury, marque une nouvelle ère de justice, pas seulement pour celles qui brisent le silence, qui ont décidé de parler malgré les grands risques personnels, mais pour toutes les survivantes du harcèlement, des mauvais traitements et des agressions au travail", souligne-t-elle.

Il faut dire que ce verdict a tout d'une victoire. Une longue bataille semble avoir été remportée. Oui, mais comme toutes les batailles, sa finalité reste à nuancer.

Une grande nouvelle, mais...

Aujourd'hui, Harvey Weinstein encourt donc une peine maximale de vingt-cinq ans de prison. Il a effectivement été reconnu coupable d'agression sexuelle au premier degré à l'encontre de Mimi Haleyi - et plus précisément, de lui avoir infligé un cunnilingus de force en 2006 - mais aussi de viol au troisième degré (reconnu "sans violence") à l'encontre de Jessica Mann. Bien des voix à travers le monde voient là une preuve de l'impact considérable de la déferlante #MeToo. C'est le cas du journaliste du New Yorker Ronan Farrow, auteur de l'une des investigations à l'origine de "l'affaire", publiée dans le journal américain en octobre 2017.

"[Ce verdict] est le résultat des décisions de plusieurs femmes qui sont venues se présenter aux journalistes et procureurs malgré tous les risques personnels encourus. Veuillez garder ces femmes dans vos pensées aujourd'hui", s'est-il exprimé sur Twitter.

Mais désormais, les esprits s'encombrent d'autres "pensées", peut-être moins enthousiasmantes, face à une issue en demi-teinte. En effet, Harvey Weinstein a été disculpé d'une circonstance aggravante, et pas des moindres : il n'est pas reconnu en tant que "prédateur sexuel", ce qui lui aurait valu l'emprisonnement à vie. Plus encore que d'aggraver sa peine, cette "circonstance" loin d'être anecdotique aurait mis en exergue ce que révèlent depuis plus de deux ans déjà les nombreuses accusations accablantes dont l'ancien producteur fait l'objet : non pas un entremêlement de faits divers, mais un véritable système fait d'intimidations systématiques, de pressions psychologiques, financières et professionnelles, ou encore d'humiliations multiples.

En somme, une "prédation" aussi dévastatrice qu'organisée, perdurant au gré des décennies grâce à un indéniable sentiment d'impunité. Un "sentiment" inhérent à bien des puissants - c'est d'ailleurs ce que démontre le scandale Jeffrey Epstein.

 

"Notre combat est loin d'être terminé", concluent d'ailleurs au sein d'un communiqué officiel plus d'un quart des femmes qui ont accusé Harvey Weinstein de harcèlement et d'agressions sexuels. Ces dizaines de plaignantes anonymes n'ont pas hésité à exprimer leur déception face à cette disculpation, tout en précisant que le businessman sera de toute évidence "toujours reconnu comme un prédateur en série condamné par la justice". Mais pour ces signataires qui saluent le courage "des femmes qui se sont prononcées, malgré l'intimidation de la défense", cela ne fait aucun doute : "La bravoure des victimes restera à jamais gravée dans l'histoire".

C'est cela qu'il faut retenir, et c'est l'une des raisons pour lesquelles ce verdict, à l'instar du procès, fera date. Rose McGowan ne dira pas le contraire. Victime de "l'ogre" d'Hollywood et figure iconique de #MeToo, l'actrice s'est exprimée lors d'une conférence relatée par le Hollywood Reporter. Pour elle, "c'est un énorme pas en avant vers la guérison collective". Une façon de rappeler que la libération de la parole des femmes est massive.

Car durant ce procès, les deux voix des plaignantes semblaient résonner pour cent autres, pour toutes celles qui ne le pouvaient pas. Comme pour dire : "Moi aussi". Et briser un silence, pas simplement pour des raisons individuelles, mais pour le bien collectif. "Les survivantes qui ont participé au procès pénal devraient être applaudies pour avoir apporté un certain sens de la justice", se réjouissent en ce sens les avocats Douglas Wigdor et Kevin Mintzer.

Et maintenant ?


Comme le rappelle le site Purepeople, conformément au déroulement de la procédure judiciaire aux Etats-Unis, le producteur ne connaîtra sa peine que lors d'une audience programmée le 11 mars prochain. Le producteur restera d'ici-là en détention.

Par ailleurs, Weinstein est encore très loin d'en avoir fini avec la justice. En effet, il a été inculpé le 6 janvier 2020 par le bureau du procureur du comté de Los Angeles. Il aura donc à répondre en Californie d'une accusation de viol et d'une autre d'agression sexuelle pour des faits remontant à 2013, sur deux plaignantes distinctes. En cas de culpabilité avérée, une nouvelle peine pouvant aller jusqu'à 28 ans de prison pourrait être prononcée et s'ajouterait à celle en instance à New York.