Le document surréaliste de 57 pages que l'équipe d'Harvey Weinstein envoie à la presse

Harvey Weinstein, le "porc" le plus puissant d'Hollywood.
Harvey Weinstein, le "porc" le plus puissant d'Hollywood.
Dans cette photo : Harvey Weinstein
Le procès du producteur Harvey Weinstein s'est ouvert ce 6 janvier. Et en guise de teasing, une membre de son équipe a jugé bon de transférer un épais dossier aux journalistes. Une véritable apologie de la culture du viol...
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C'est un pavé aussi considérable qu'incongru : 57 pages. Au cours d'un échange de mails avec une journaliste du site The Cut, la publiciste du producteur Harvey Weinstein, Juda Engelmayer, s'est permise de joindre un épais dossier Excel portant sur le "porc" le plus puissant d'Hollywood. Et ce, deux jours après l'ouverture du procès du principal concerné. Sacré coup de com'. "L'intouchable" Harvey Weinstein est accusé de viol par l'ancienne assistante de production Mimi Haleyi et une plaignante dont le nom n'a pas encore été révélé. Il risque la prison à perpétuité.

Quelques semaines avant les prémices de cet événement historique, le magnat déchu ne s'était pas privé question provocations faciles, en se proclamant par exemple "pionnier de l'égalité femmes-hommes". De leur côté, ses avocats ont même proposé quelques millions de "dédommagement" à ses victimes afin d'étouffer les poursuites. Aujourd'hui, c'est encore sur le terrain de la "facepalm" que nous emmène ce dossier qui lui est consacré. Le fichier Excel révélé par The Cut date du 2 décembre. Il s'intitule "La bonne manière d'aborder l'affaire Harvey Weinstein". Et cette bonne manière consiste évidemment à se faire "l'avocat du diable"...

Une apologie de la culture du viol

C'est un épais portfolio qu'évoque le site. Il revient, diapositive par diapositive, sur les (très) nombreuses accusations de harcèlement, d'agression sexuelle et de viol dont Harvey Weinstein fait l'objet, et oppose pour chaque cas un ensemble de "réfutations". Ce véritable dossier de justifications, destiné à la presse, aurait été organisé par "une équipe de recherche". Quelle est donc la "bonne manière" de raconter l'affaire Weinstein, promise par le titre ? Et bien, en expliquant que les faits d'agressions sexuelles dont témoignent certaines accusatrices seraient en vérité le fruit "de suggestions fortes et répétées de leur part" par exemple.

Ces remarques s'attaquent ouvertement au grand enjeu de ce procès : démontrer que les anciennes employées et actrices qui accusent Harvey Weinstein de viol n'étaient pas du tout consentantes au moment des faits. Dans ses versions antérieures, ce fichier inclut des brouillons (où l'on peut notamment lire à propos de telle accusatrice "demander à Harvey Weinstein : se sont-ils réellement rencontrés ?") et met en doute la parole de celles qui s'élèvent depuis plus de deux ans contre le producteur. En affirmant par exemple que ces femmes ne bénéficient "d'aucun soutien objectif", c'est-à-dire de preuves - ni témoins ni "blessure physique, même pas des égratignures". Mais ce n'est pas la partie la plus édifiante de ce dossier.

Non, pour cela, il faut carrément se pencher sur la sous-section de la vingt-septième page. Elle s'intitule : "Pourquoi les accusatrices de Harvey Weinstein ne sont pas crédibles, en 5 illustrations". Un encart très instructif où l'on apprend (par exemple) qu'une femme qui ouvre la porte de sa chambre à Harvey Weinstein en chemise de nuit "suggère par-là même que leur relation est consentante". Et si tel n'est pas le cas, poursuit ce pavé, elle s'est tout de même mise dans une situation "où elle avait de bonnes raisons de se méfier". Vous l'aurez compris, ce fichier Excel est une magnifique apologie de la culture du viol. On en attendait pas moins.

Au fil des pages sont même regroupés les clichés d'accusatrices prises en photo en compagnie d'Harvey Weinstein, tout sourire, lors d'événements médiatisés. Des images qui elles aussi sont censées déboulonner les allégations dont le magnat hollywoodien fait aujourd'hui l'objet. Rappelons que près d'une centaine d'actrices et d'anciennes employées l'accusent d'agression sexuelle. Evidemment, on trouve également dans ce pavé, entre deux listes de comédiennes et quelques extraits de journaux, une partie consacrée à l'une des deux femmes qui, aujourd'hui, affronte le prédateur sexuel au tribunal de Manhattan. S'alignent en ce sens les captures de courriels et de textos, censées démontrer que leur relation était "amoureuse et consensuelle".

Cerise sur le gâteau, la section intitulée "Qui est Harvey Weinstein ?", où il est notamment fait mention... des oeuvres caritatives auxquelles a participé le businessman. Comme si ces évocations remettaient en cause sa réputation de prédateur sexuel. On l'imagine, la substance de cette cinquantaine de pages se retrouvera dans la bouche de celle qui, aujourd'hui, se fait l'avocate du diable : Donna Rotunno, la voix de la défense du producteur. Gageons qu'elle aussi ait à l'esprit la "véritable histoire" d'Harvey Weinstein...