À New Delhi, une brigade de motardes lutte contre les agressions sexuelles

Photo d'illustration de femmes indiennes à New Delhi.
Photo d'illustration de femmes indiennes à New Delhi.
Une bridage de 600 motocyclistes féminines va être déployée à New Delhi, en Inde, pour aider les autorités à lutter contre les violences sexuelles. Un dispositif visant notamment à couvrir les rues étroites et sombres où les voitures de police ne peuvent se rendre.
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Elles seront 600 dès ce mois de décembre à patrouiller en moto dans les rues de New Delhi, en Inde, pour lutter contre les violences sexuelles. Cette brigade de motocyclistes féminines créée par la police indienne aura pour mission d'aider les autorités à veiller sur les 26 millions d'habitants de celle que l'on surnomme la "capitale du viol". Les recrues de la "Raftaar" (en français : vitesse) seront équipées de fusils, caméras corporelles, gaz poivré et de pistolets incapacitants. En 2016, plus de 2 150 viols ont été recensés dans la capitale indienne, soit une augmentation de 67% par rapport à 2012, selon les données de la police. Celles-ci ont été confirmées par les résultats du sondage de la Thomson Reuters Foundation, qui a révélé en octobre dernier que New Delhi et São Paulo au Brésil, affichaient les taux de violences sexuelles les plus élevés.

L'inertie des autorités face aux violences sexuelles

Cette hausse des violences sexuelles est due en partie à l'inertie des autorités. Trop peu de policiers sont déployés pour assurer la sécurité d'une métropole aussi peuplée. "Les crimes augmentent en raison de la mauvaise application de la loi. Les criminels savent qu'ils peuvent s'en tirer parce que les enquêtes policières sont si mal faites que presque personne n'est reconnu coupable devant les tribunaux", explique à The Guardian Ravi Kant, président du groupe de droits Shakti Vahinihuman.

En plus d'être inefficaces, certains policiers sont indifférents. En 2016, The Indian Express dénonçait les pressions policières exercées sur la victime d'un viol collectif au Kerala, dans le sud du pays. Venue déposer plainte contre ses quatre agresseurs (parmi lesquels figurait un politicien local influent, ami de son mari), la jeune femme avait été moquée par les policiers qui lui avaient demandé "lequel lui avait donné le plus de plaisir" ou bien quelle avait "été la taille" de sexe qu'elle avait préféré.

Dans certains quartiers de New Delhi, les voies sont également si étroites qu'elles ne sont jamais éclairées par le soleil. La proximité physique des passants et la pénombre facilitent les agressions sexuelles. Selon Dependra Pathak, porte-parole de la police de Delhi, la Raftaar aura "plus de visibilité dans ces allées" que les policiers en voiture et rassurera les femmes. "Elles auront un GPS, elles auront donc un temps de réponse plus rapide que les fourgons de patrouille".

La "culture du viol" en Inde

En 2012, deux journalistes du Washington Post ont recensé les "10 raisons pour lesquelles l'Inde a un problème avec les violences sexuelles". Selon elles, les victimes hésiteraient moins à porter plainte si elles avaient à faire à des femmes policières. Or, comme le souligne le Time of India, 93% des policiers de New Delhi sont des hommes. Pour Caroline Michon, spécialiste des mouvements féministes à New Delhi, "les victimes de viols sont encore fortement stigmatisées, les femmes étant porteuses de l'honneur de la communauté, de la famille. Lorsqu'une femme est victime de violences sexuelles, la honte retombe sur elle et sa famille". Ce qui explique son silence. En somme, se faire justice revient, pour certaines, à bafouer l'honneur de leur famille.

Les journalistes évoquent également une étude menée par l'Unicef sur la "culture du viol" en Inde. Selon les conclusions, 57 % des petits garçons et 53% des fillettes considèrent qu'un homme a le droit de frapper sa femme. L'affaire du viol collectif survenu en 2012 a pourtant éveillé les consciences. A l'époque, six hommes avaient violé une étudiante de 23 ans qui se trouvaient dans un bus de New Delhi avec son petit ami. L'agression et l'hospitalisation de la jeune femme, également agressée sexuellement avec une barre de fer, puis son décès deux semaines plus tard, avaient soulevé un vent de révolte dans le pays. Le débat sur les conditions des femmes avait été relancé et de nombreux événements avaient été annulés en signe de deuil. Navanethem Pillay, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, avait demandé alors à l'Inde "un débat d'urgence" sur les mesures à prendre pour faire face au "problème national" que représentent les violences sexuelles. Depuis, les femmes parlent plus. Entre 2013 et 2014, la police de New Delhi a enregistré une hausse de 30% des dénonciations d'agressions sexuelles.