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L'histoire d'amour interdite entre une Israélienne et un Palestinien devient un best-seller
Publié le 11 janvier 2016 à 12:38
En Israël, un roman relatant l'histoire d'amour interdite entre une Israélienne et un Palestinien et écarté des programmes scolaires par le gouvernement s'est hissé parmi les meilleures ventes du pays.
L'histoire d'amour interdite entre une Israélienne et un Palestinien devient un best-seller L'histoire d'amour interdite entre une Israélienne et un Palestinien devient un best-seller

C'est ce qu'on appelle un bel effet Streisand : en l'écartant des programmes scolaires du pays, le gouvernement conservateur de Benyamin Netanyahou ne s'attendait pas ce que le roman Geder Haya (La Haie, en hébreux) devienne, moins de quinze jours après son éviction, un best-seller.

Paru en 2014, ce roman semi-autobiographique écrit par l'Israélienne Dorit Rabinyan raconte l'histoire d'amour interdite entre Liat, une traductrice israélienne et Hilmi, un artiste palestinien. Lors romance, débutée à New York, prend fin lorsqu'ils doivent rentrer à Tel-Aviv et à Ramallah.

Un roman qui menace "le maintien de l'identité juive"

Il n'en fallait pas plus pour que le ministre de l'Éducation et chef de du parti nationaliste religieux Foyer Juif Naftali Bennett, voit dans cette romance pour jeunes adultes un "encouragement aux unions entre juifs et non-juifs" qui menacent "le maintien de l'identité" juive.

Se basant sur les recommandations d'un comité de professeurs et d'universitaires appelant au retrait de Geder Haya des listes scolaires, le ministre de l'Éducation s'est défendu de toute censure, mais a expliqué qu'il refusait que les élèves ne lisent un roman où les soldats israéliens sont présentés comme des "sadiques" jouant sur le même tableau que les "terroristes" du mouvement islamiste palestinien du Hamas.

Des stocks épuisés en une semaine

Sitôt écarté de la liste commune des livres étudiés en vue de l'examen final dans les sections littéraires au lycée, Geder Haya a reçu le soutien de nombreux politiques de gauche et intellectuels et du pays. Parmi eux, Amoz Oz qui a pris la plume dans le quotidien Yedioth Ahronoth le 1er janvier pour dénoncer une censure abusive et autoritaire, ainsi que pour demander la retrait de "l'étude de la Bible" des programmes scolaires. "En matière de relations sexuelles entre juifs et gentils [les non-juifs, ndlr] la Bible est mille fois plus dangereuse que le livre de Dorit Rabinyan. Le roi David et le roi Salomon étaient coutumiers de coucher avec des étrangères sans se soucier de vérifier leur nationalité sur leur carte d'identité", ironise l'écrivain.

Surtout, l'interdiction de Geder Haya le 31 décembre dernier a eu l'effet inverse de ce que désirait le ministère de l'Éducation israélien. Une semaine après son retrait des programmes scolaires, le roman s'était écoulé à plus de 5 000 exemplaires, devenant la fiction la mieux vendue dans les deux plus grandes chaînes de libraires du pays et sur Internet. Selon Le Monde , certaines librairies affirmaient au lendemain de son interdiction une hausse des ventes de plus de 50%. Épuisé dans presque tous les points de vente du pays, Geder Haya devrait bénéficier d'une réimpression de la part de son éditeur, qui serait en cours de négociation pour publier le livre en Espagne, en Hongrie et au Brésil. Les droits de publication ont déjà été vendus en anglais (le livre paraîtra sous le titre Borderlife), en français et en anglais.

"Une liberté de choix et de parole"

Interviewée par le quotidien national Haaretz, Dorit Rabinyan s'est dit "inquiète" du signal anti-démocratique envoyé par le gouvernement Netanyahou mais heureuse d'avoir brisé le tabou des relations entre Israéliens et Palestiniens. "Cette marche vers les libraires est comme un ralliement. Ce ne sont pas seulement ceux qui aiment mes livres qui achètent Borderlife, ce sont ceux qui aiment la démocratie. En achetant mon roman, ils expriment une nouvelle fois leur confiance et leur foi dans le libéralisme en Israël, dans la liberté de choix et de parole", estime la romancière.

"La littérature est un miroir", poursuit-elle, fustigeant ceux qui croient "qu'en faisant disparaître le miroir, ils feront disparaître la réalité." Les Israéliens "voient les Palestiniens comme une masse, et eux aussi nous voient comme une masse. Se regarder dans les yeux, comme cela s'est produit entre mes personnages, est une expérience très rare pour un Israélien."

Se regarder dans les yeux et s'ouvrir à l'autre, c'est justement l'initiative prise par l'édition de Tel-Aviv du magazine Time Out. Pour soutenir Dorit Rabinyan et s'élever contre la censure du gouvernement, le magazine a dévoilé vendredi une vidéo où l'on voit découvre, entre embarras et émotion, six couples d'Israéliens et de Palestiniens s'embrassant pour la première fois.

Par Charlotte Arce | Journaliste
Journaliste en charge des rubriques Société et Work
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