"Vivre à la rue, c'est l'enfer" : Lous and the Yakuza se confie sur son passé de SDF

Lous and the Yakuza se confie sur son passé dans la rue dans une interview poignante
Lous and the Yakuza se confie sur son passé dans la rue dans une interview poignante
Devant les caméras du média "Brut", la sensation musicale bruxelloise Lous and the Yakuza s'est livrée sur les mois qu'elle a passés dans la rue. Et notamment, la réalité de la précarité menstruelle qu'elle a elle-même vécue.
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"Je vis depuis que j'ai 15 ans toute seule dans un appartement. J'allais à l'internat la semaine et le week-end, j'étais dans un petit appartement à Namur et mes parents ont financé ma vie jusqu'à mes 18 ans", explique Lous and the Yakuza, de son vrai nom Marie-Pierra Kakoma, à Brut, dans une vidéo publiée le 2 novembre. Pourtant, en 2015, alors qu'elle n'a que 19 ans et décide de se consacrer entièrement à sa musique, la chanteuse bruxelloise d'origine congolaise et rwandaise, comme elle se définit, se retrouve dans la rue.

Face caméra, celle qui vient de sortir un premier (et excellent) album, Gore, raconte ces mois terribles, émue aux larmes, insistant toutefois sur le fait que ses parents ne sont en rien responsables de cette situation. "Vivre à la rue, c'est l'enfer. (...) C'était hyper dur". Elle se souvient qu'elle se "réfugiait près des bouches d'égout, où il y a de la chaleur qui sort du sol". Et mentionne "tous les problèmes qui viennent avec le fait d'être une femme", comme la précarité menstruelle. "Choisir entre ce que tu vas manger et te protéger, c'est une perte de dignité énorme", confie-t-elle. "C'est quelque chose qui me tient à coeur de le dire et de le partager parce que c'était un des moments les plus durs humainement pour moi."

Elle poursuit, abordant cette fois-ci le racisme qu'elle a subi : "Le fait, je pense, d'être une femme noire n'a absolument pas aidé, parce que t'es encore plus dégradée. Déjà qu'on l'est dans une vie dite 'normale', mais quand on est à la rue, c'est abominable. Les remarques qu'on reçoit... On m'a déjà craché dessus, alors que je dormais, et ça, c'est... c'est atroce", se rappelle l'artiste en pleurs.

Lous and the Yakuza se souvient toutefois avoir rencontré de nombreuses "âmes extraordinaires", et reçu un soutien indéfectible du rappeur Damso, lui aussi sans domicile fixe pendant une période de sa vie. "Il m'a donné les plus belles leçons que j'ai reçues de ma vie", assure-t-elle, "qui étaient : 'Il faut demander de l'aide ou on va pas t'en donner' et 'ne laisse pas ta fierté et ton ego avoir raison de toi'".

Les deux artistes partagent désormais un titre, Coeur en miettes, sur l'album QALF du rappeur. "Aujourd'hui, on écoute ma musique et c'est la plus grande bénédiction que j'ai eue de la vie", remercie la jeune femme. "Le monde n'est pas toujours sombre. Il y a vraiment de l'espoir. Même quand c'est très dur et qu'on a envie de tout arrêter, eh ben, il ne faut pas", conclut-elle. Bouleversant.