Un masque en tissu est-il réellement efficace ? Les réponses de Stop Postillons

Les conseils d'experts pour bien porter son masque, homologué ou non
Les conseils d'experts pour bien porter son masque, homologué ou non
On a échangé avec le Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste et co-fondateur de Stop Postillons, pour savoir comment bien porter son écran anti-postillons (masque homologué ou astuce faite maison), s'il nous protège suffisamment et détailler les différences entre les différents modèles existants.
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"Toute protection faciale est mieux qu'aucune". Ces mots sont l'une des deux devises (avec "MON masque TE protège") de Stop Postillons, un site lancé le 22 mars pour promouvoir le port de protection faciale, homologuée ou non, auprès de la population. Car pour les quatre médecins fondateurs, aucun doute : c'est en généralisant ce réflexe que l'on viendra à bout de l'épidémie.

Dès la première semaine de confinement, ils ont mis au point une plateforme destinée à répondre aux questions et à fournir des liens vers des tutos qui permettront au grand public de s'équiper. "Nous voulions réunir toutes ces informations, scientifiques, militantes et pratiques, pour les rendre plus facilement accessibles et inciter au port généralisé d'un EAP le plus rapidement possible", nous explique Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste et co-créateur de Stop Postillons.

"EAP" signifie "écran anti-postillons", un terme qu'ils préfèrent au mot "masque". Et ce, pour trois raisons : d'abord car tous les écrans anti-postillons ne sont pas des masques, mais constituent tout de même un rempart "entre soi et l'extérieur". Ensuite pour "passer de 'je porte un masque pour me protéger' à 'je porte un écran pour protéger les autres'", poursuit l'expert. Et intégrer la notion d'altruisme. Enfin, pour insister sur le fait que, même lorsque l'achat d'un masque est impossible (lors du lancement du site, la France connaissait une pénurie), l'important reste de sortir avec un écran protecteur.

On a échangé avec lui pour en savoir davantage sur les consignes à appliquer pour porter ces protections correctement, si les masques en tissu nous protègent suffisamment et détailler les différences entre les différents modèles existants.

Terrafemina : Les masques en tissu nous protègent-il suffisamment ?

Dr Michaël Rochoy : Tout à fait ! Contrairement à ce qu'a pu annoncer à de trop nombreuses reprises le ministre de la Santé Olivier Véran, quasi tous les masques faits maison sont efficaces dans leur fonction altruiste de protéger les autres. En tout cas, tous font mieux que ne rien porter !

Cela s'appuie sur des arguments scientifiques. Le principal est une étude de 2008 d'Anna Davies et ses collègues, qui ont fait tousser 21 volontaires chacun dans une "boîte à toux" soit sans masque, soit avec un masque en coton fait maison, soit avec un masque chirurgical. La boîte a été mise en incubation pendant 2 jours, et au décours, ils ont compté le nombre de "colonies de bactéries" (des bactéries un peu plus petites que le virus de la grippe ou que le SARS-CoV-2 responsable de la COVID-19). Sans masque, ils comptaient 200 "colonies" de bactéries sur les 21 boîtes. Avec un masque en coton fait maison, ils en comptaient 43 et avec un masque chirurgical, 30.

Cette étude - qui ne date pas d'hier - illustre bien l'énorme gain qu'on peut attendre sur la diminution de dissémination de l'épidémie par le port généralisé d'un masque en coton, y compris sans norme ou homologation. Par ailleurs, cette notion d'un masque pour protéger les autres n'est pas nouvelle et est citée à plusieurs reprises par le gouvernement depuis une dizaine d'années ! En 2011, le plan pandémie grippale (après H1N1) recommandait "le port de masques anti-projections" parmi les gestes barrières, dès la phase 1 (débutée le 23 février en France). En 2013, le secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale disait qu'en cas de pandémie "le port du masque anti-projections par les travailleurs et par les usagers limite la dissémination des agents pathogènes, chacun protégeant l'autre (fonction altruiste des masques anti-projections)".

Enfin, le gouvernement tchèque ou les centres américains de prévention et contrôle des maladies (CDC) ont recommandé les masques en tissu faits à partir de t-shirts découpés.

L'écran anti-postillons permet de protéger les autres du Covid-19.
L'écran anti-postillons permet de protéger les autres du Covid-19.

Quels sont vos conseils pour bien porter ces protections faciales ?

Dr M. R. : Le premier conseil : il faut TOUTES ET TOUS porter un EAP (écran anti-postillons) dans l'espace public. Si nous étions "en guerre", porter un masque serait comme construire des remparts autour d'un château. Si le port n'est pas généralisé, c'est comme avoir des bouts de remparts par-ci par-là : la protection est très imparfaite et l'ennemi n'aura aucun mal à continuer ses dégâts. Vous pouvez faire - comme c'est le cas actuellement - de la pédagogie pour expliquer "comment bien défendre votre bout de mur" ou "quelle dimension idéale pour une meurtrière", tant que les remparts ne seront pas complétés, ça sera toujours imparfait.

Le deuxième conseil, c'est que l'EAP ou le masque doit couvrir la bouche ET le nez, en particulier quand vous êtes en contact avec les autres (il ne faut surtout pas le baisser ou le retirer pour parler !). Il doit être changé au bout de 4 heures.

Le troisième conseil est sur le bon port du masque. Nous en faisons beaucoup trop. C'est d'ailleurs un peu agaçant de lire partout "les risques du masque" quand dans le même temps, un taux élevé de personnes non masquées circulent encore dans des lieux denses ! Il n'y a aucun sur-risque de se contaminer en portant un masque : si vous vous contaminez avec du virus présent sur la face externe de votre masque, c'est qu'il vous a protégé ! Sans ce masque, le virus serait directement arrivé sur votre bouche ou votre nez...

Enfin, même si la théorie est plausible (se contaminer avec des postillons restés sur le masque), il n'y a à ce jour aucune preuve formelle qu'une seule personne ait pu se contaminer de cette façon. Quant à l'idée de se contaminer avec un postillon déposé dans la poche par un masque qui y aurait été glissé, on entre de plus en plus dans le domaine de l'hypothèse. Encore une fois le but de ces masques "anti-projections" est de protéger les autres, donc de le porter devant le nez et la bouche quand on est en contact avec d'autres.

Le quatrième conseil est sur l'entretien. Comme je viens de dire, il est peu probable que vous vous contaminiez avec votre masque, surtout si le port est généralisé. Néanmoins, il faut être prudent (voire paranoïaque) et vous dire qu'un masque porté en présence de publics revient souillé de coronavirus (dans la plupart des cas c'est évidemment faux). S'il est jetable, la question est vite réglée (il faut le jeter à un endroit où vous n'allez pas remettre votre main dedans, donc pas une petite poubelle de salle de bains par exemple).

S'il est recyclable, il faut "inactiver" le Covid-19. Ce qui est recommandé est un lavage de 30 minutes (minimum) à 60° en machine à laver avec du détergent. Parce que 5 minutes à 70° va inactiver le coronavirus mais pas certains autres micro-organismes, et comme il s'agit d'un tissu que vous allez porter sur la bouche et le nez, il est préférable d'éviter la prolifération de levures ou autres.

Ceci étant, si vous n'avez pas le choix une fois ou deux, parce que la vie fait que nous ne pouvons pas lancer des machines à laver chaque soir, un lavage bref à 70° peut faire l'affaire. Il faut quand même relativiser et se dire que les "autres micro-organismes" prolifèrent aussi sur les écharpes, cache-nez ou autres que nous portons plusieurs semaines sur le visage l'hiver sans les passer à la machine toutes les 4 heures.

Sur Internet, de nombreux tutos permettent de se fabriquer une protection faciale, homologuée ou non.
Sur Internet, de nombreux tutos permettent de se fabriquer une protection faciale, homologuée ou non.

Quelle différence entre tous les masques ?

Dr M. R. : Le SARS-CoV-2 mesure environ 125 nanomètres (nm), soit 0,000125 millimètres. Il est transmis par les gouttelettes principalement (des postillons de petite taille).

Il y a des appareils de protection respiratoire (norme NF EN 149) qui filtrent l'entrée d'aérosols de 600 nm, avec une efficacité de 80 % (masque FFP1), 94 % (FFP2) ou 99 % (FFP3). Pour les soignants lors d'un soin invasif (notamment une intubation), le masque recommandé est le FFP2, qui n'assure donc pas une protection parfaite, mais avec un risque très faible et acceptable.

Ensuite, il y a les masques chirurgicaux, qui sont des dispositifs médicaux (norme EN 14683) : leur but initial est que le chirurgien (ou son équipe) ne transmette pas de gouttelettes sur le site opératoire. C'est d'ailleurs un but altruiste : protéger l'environnement, protéger principalement les autres. Ils sont toutefois testés pour également se protéger contre les gouttelettes : ils filtrent l'entrée d'aérosols de 3 000 nm (24 fois plus grands que le virus donc) avec une efficacité de 95 % au moins.

Depuis 2020 existe maintenant des masques grand public (ou alternatifs) de 2 catégories : catégorie 1 (ils filtrent l'entrée d'aérosols de 3 000 nm avec une efficacité de 90 % au moins, et sont à réserver aux professionnels en contact avec le public) et catégorie 2 (ils filtrent l'entrée d'aérosols de 3 000 nm avec une efficacité de 70 % à 90 % et sont destinés à un usage collectif). Ce sont ces derniers que vous trouverez dans le commerce ou en pharmacie ; pour être commercialisés avec le logo UNS2, ces masques doivent avoir été testés par la Direction Générale de l'Armement.

Enfin, il y a des masques artisanaux, qui peuvent avoir une capacité de filtration inférieure... ou supérieure ! Pour aider à leur réalisation, l'AFNOR a publié des recommandations et il est possible d'auto-déclarer que le masque cousu suit ces recommandations.

Encore une fois, tous ces chiffres sont sur "la filtration d'entrée" mais ce que nous défendons, c'est le port généralisé dans l'espace public pour limiter la "sortie" de virus, notamment de la part de malades qui s'ignorent (car asymptomatiques). Et il est probablement possible de faire mieux avec une double protection (masque + visière).