Faut-il instaurer des rames réservées aux femmes dans le métro ?

Femme dans le RER
Femme dans le RER
A la lumière des récentes histoires sordides d'agressions et de harcèlement dans le métro parisien, doit-on instaurer des rames réservées aux femmes ?
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La publicité récente de harcèlement et d'agressions survenues dans le métro sur les réseaux sociaux relance le débat sur la sécurité des femmes dans les transports publics. Mi-décembre, Safiétou avait publié la vidéo d'un homme en train de se masturber devant elle. En octobre, c'était Adelaïde qui postait la vidéo de l'homme qui lui avait touché les fesses un peu plus tôt.

Alors doit-on, pour que les femmes soient en sécurité, séparer les hommes et les femmes dans les transports et créer des compartiments spécifiques pour chacun·e ? Les femmes qui ont en permanence un radar allumé par peur que quelque chose se passe, n'ont-elles pas droit à une décharge mentale de ce sentiment permanent d'insécurité ?

Des expériences partout dans le monde

L'expérimentation a déjà été faite dans de nombreux endroits du monde.

En Allemagne, sur la ligne de trains entre les villes de Leipzig et Chemnitz, des compartiments réservés aux femmes ont été créés en 2016. La compagnie gérante de la ligne avait expliqué avoir instauré ces wagons à la demande d'usagères.

Les réactions des passager·ères étaient mitigées comme le raconte la Deutsche Welle. Celles des expert·es également. La Deutsche Welle a notamment interrogé la responsable d'ONU Femmes qui déclare que cette mesure "au lieu de punir les auteurs, le harcèlement des femmes par les hommes était implicitement toléré [...] Nous n'avons pas besoin d'un compartiment pour femmes, mais seulement d'un sentiment de sécurité, où que nous soyons."

Le président d'une association d'usager·ères a lui clairement exprimé son opposition : "C'est complètement la mauvaise direction à prendre [...] Séparer les sexes maintenant ? C'est quelque chose du passé, d'un autre siècle. On ne peut pas simplement séparer les femmes."

Un parlementaire de la région a lui évoqué un "pas vers le retour au Moyen Âge".

En Indonésie, l'expérience avait été testée pendant un an en 2012. L'initiative avait plu aux femmes utilisant les transports mais à cause de la surpopulation, les wagons spécialement réservés aux femmes avaient dû être abandonnés dès l'année suivante.

Une réponse au fléau des Tchikans au Japon

A Taïwan, l'expérience n'aura duré que trois mois en 2006. En Inde, la pratique s'est largement répandue, et les usagères en sont contentes comme le témoigne un reportage du média américain NPR. Saloni explique d'ailleurs que : "Nous sommes beaucoup plus en sécurité maintenant. Tu te sens mieux, et même si c'est un peu bondé, il y a toutes les femmes autour de toi et tu te sens plus en sécurité."

Une autre, Akanksha Gupta, raconte : "Peu importe si je dors, je n'ai pas à[réarranger] mes vêtements ; je n'ai pas besoin de porter une écharpe ou quoi que ce soit.... Mais quand je suis dans le compartiment général, je dois être très prudente."

Au Japon en revanche, les compartiments pour les femmes sont devenus des institutions depuis leurs premiers tests en 2000. Dans ces années, la police japonaise a malgré les campagne de prévention vu le nombre d'agressions se multiplier par huit !

Comme le raconte le site de France Info, le phénomène était tellement fort que deux tiers des femmes de 20 à 40 ans avaient déjà subi des attouchements, essentiellement le matin dans les transports. Aussi, un homme avait même publié un livre à scandale à la fin des années 1990 où il décrivait les manières de peloter en toute discrétion.

D'où cette solution radicale.

Mais comme le raconte l'autrice Kumi Sasaki, ces wagons exclusivement féminins n'empêchent pas les "tchikans", ces frotteurs, de sévir. Elle avait décrit sa première agression à l'âge de 12 ans dans un livre publié en France en 2017 et les six années suivantes qui se sont écoulées de la même manière avec des agressions quotidiennes, jusqu'à ce qu'elle vienne habiter en France.

Une solution pour la France

Mais même la France n'est pas épargnée par les harceleurs et les agresseurs du quotidien, ceux qui se cachent dans le costume du monsieur tout le monde et qui se révèlent une fois dans le métro, le RER, le tram ou le bus.

Selon une étude de l'Observatoire national de la délinquance, entre 2014 et 2015, 267 000 personnes de 18 à 75 ans ont été victimes d'atteintes sexuelles dans les transports en commun dans la seule région parisienne.

Safiétou a lancé dans les jours qui ont suivi la publication de la vidéo de l'homme qui l'a harcelée dans le métro, un appel à toutes les personnes a raconter leurs histoires, par le biais de mots, de photos ou de vidéos. Les témoignages qui lui sont parvenus se comptent par centaines.

Un service de taxi existe déjà en France, exclusivement réservée aux femmes. Mais ce type de mesures qui séparent hommes et femmes est-il une bonne solutions ? Ne devrait-on pas plutôt se concentrer sur l'éducation et la répression contre les agresseurs ?