Le petit monde de Cindy Labrecque, la céramiste québécoise inspirée par la nature

La céramiste Cindy Labrecque
La céramiste Cindy Labrecque
Le Québec attire de plus en plus. Car la province jouit d'un charme joyeux, d'une douceur de vivre et d'un bouillonnement créatif particulièrement séduisants. Zoom sur l'un des visages de ce Québec inspirant : la jeune céramiste Cindy Labrecque.
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Cindy Labrecque aime profondément son Québec. Et cette amoureuse de la nature a voulu que son art soit à l'image de son pays. Elle a planté son atelier dans le quartier chaleureux et vibrant de Limoilou, dans la ville de Québec. Là, elle imagine et façonne des céramiques épurées, entièrement modelées à la main, sur lesquelles elle dessine les animaux qui peuplent les vastes espaces canadiens. Ainsi, écureuils, cerfs, lièvres ou marmottes ornent ses jolis vases, assiettes ou assiettes aux contours doux et harmonieux. Un travail pétri de poésie qui s'est vu décerner plusieurs prix et bourses, dont le Grand Prix du Symposium d'arts visuels Arts et Rives de Lac-Etchemin.

Parfaite ambassadrice de l'effusion créative de Québec, la jeune artiste revient sa vocation, nous livre ses inspirations et ses bonnes adresses.

Terrafemina : Comment avez-vous décidé de devenir céramiste ?

Cindy Labrecque : Il y a 5 ans, j'ai laissé mon emploi de graphiste pour tranquillement me remettre à la création, tout en travaillant à temps partiel dans un restaurant. Ça a été une des meilleures décisions que j'ai prise de ma vie. Je ne savais pas comment j'allais y parvenir, mais j'étais déterminée à arriver à vivre de mon art.

Après beaucoup de travail, de persévérance et de sacrifices, et probablement un peu de chance aussi, je suis heureuse et reconnaissante d'être arrivée là où j'ai toujours rêvé de me rendre : avoir mon propre atelier, et y travailler sur ma production artistique à temps plein.

Pourquoi avoir choisi la céramique en particulier ?

C.L. : D'entre tous les métiers d'art, je voyais la céramique comme le médium qui m'offrait le plus large éventail de possibilité, la plus grande liberté.

Avec les années de pratique, je réalise progressivement que d'autres raisons m'ont inconsciemment poussé à faire ce choix, en lien avec mes valeurs les plus profondes : faire vivre un savoir-faire traditionnel, tout en me l'appropriant et en créant des oeuvres dans un style qui soit le mien, me construire une vie qui soit à mon image, être indépendante, vivre plus près de la nature...

Il y a certainement un paradoxe dans le fait de choisir un métier traditionnel comme celui de céramiste/potier à l'époque actuelle, quand tout pourrait être fait à la machine plus rapidement. Je crois que dans mon cas, ça provient d'un désir de vivre plus simplement, une vie dans lequel le travail est un plaisir et non un fardeau. Je crois qu'il s'agit du résultat d'une quête de sens, et d'une révision nécessaire de notre façon de consommer. On veut consommer moins, mais consommer mieux. Et cela se traduit entre autre par le fait de s'entourer d'objets qui ont une âme et nous apporte quelque chose.

Comment décririez-vous votre travail ?

C.L. : J'aime dessiner, faire de la photo, de la sérigraphie... La céramique est le médium qui me permet le mieux de réunir tous mes intérêts en une seule pratique. Je privilégie les formes simples et épurées. Le noir et blanc s'est imposé de lui-même, d'abord à ma photographie, puis à ma céramique. Il y a quelque chose dans l'absence de couleurs qui permet un repos visuel, et qui favorise la contemplation. Lorsque l'oeil n'est pas distrait par la couleur, il est plus facile de s'attarder aux formes.

Je travaille principalement au tour à potier pour ma production utilitaire, mais je pratique aussi le façonnage pour créer des pièces uniques qui s'approchent davantage de la peinture, et où l'argile me sert de canevas. Pour ces oeuvres d'expression, ma démarche est presqu'à l'opposé de ma production utilitaire. Souvent très colorées, elles combinent à la fois peinture, sérigraphie et dessin, en plus de la céramique. Mes seules limites sont celles de l'argile.

En quoi vos origines sont-elles une source d'inspiration ?


C.L. : Je viens d'un petit village sur la rive sud de la ville de Québec, d'où je suis partie à 17 ans pour étudier. Je dois avouer qu'à cet âge-là, j'avais très hâte de partir et de découvrir le monde. Depuis, j'ai principalement habité en ville, mais j'ai vite réalisé que l'espace et la nature me sont vitaux. En photographie, les grands espaces désertés m'ont toujours attirée, et ils sont encore et toujours mon sujet de prédilection. Ils m'inspirent et m'apaisent à la fois.

 

Votre travail rend hommage aux animaux et aux grands espaces. Comment vous en imprégnez-vous ?

C.L. : Dès que j'ai l'occasion, je prends mon appareil photo et je pars faire une petite randonnée en forêt. Je n'ai pas besoin de faire des kilomètres et des kilomètres : ce que j'aime c'est me balader et prendre le temps de regarder la nature qui m'entoure, apprécier son odeur et ses couleurs. L'observation et la contemplation, tout simplement.

J'aime aussi me promener en voiture dans les petites routes en campagne : quand je vais voir ma famille, je fais souvent des détours pour explorer de nouveaux chemins et de nouveaux paysages. Je redécouvre ainsi des lieux que je croyais connaître d'un angle différent, littéralement d'un autre point de vue. Et c'est un moyen de m'imprégner de l'immensité du territoire, ça me fait toujours un bien fou.


Quels sont vos endroits préférés pour profiter de la nature québécoise ?


C.L. : Quand je pars dans la nature, généralement c'est que j'ai besoin de calme et de solitude, de me ressourcer. J'essaie donc autant que possible d'éviter les endroits achalandés. L'été dernier, je suis allée camper au Parc des Appalaches avec mon conjoint et mon chien, et ça a été vraiment une expérience géniale. La diversité de la flore, la tranquillité et la beauté de la forêt m'ont impressionnée.

L'hiver dernier, je suis allée avec des amies dans le parc des Hautes Gorges de la rivière Malbaie, et on a marché sur la rivière glacée sur des kilomètres. C'est un lieu si majestueux, j'en avais le vertige ! Et il y a une petite randonnée que j'aime bien faire de temps à autre, peu importe la saison, c'est le Grand Morne à Ste-Clothilde en Beauce. La forêt est superbe et la vue au sommet vaut vraiment la montée.


Avez-vous des adresses fétiches à Québec à partager ?


C.L. : Je ne sors pas beaucoup je dois l'avouer, mais le Bal du Lézard, sur la 3e avenue est définitivement mon endroit préféré pour prendre une pinte de cuivrée au thé de la Barberie entre amis. Et avec La Salsa juste à côté, un restaurant spécialisé dans la cuisine mexicaine et salvadorienne, on ne se trompe pas !

Côté commerces, toujours sur la 3e avenue, Article 721, un vrai coffre aux trésors où on y trouve autant des créations d'artisans locaux, qu'une belle sélection d'articles et de vêtements vintage. Enfin, La Folle Fourchette, une boutique spécialisée dans l'art de la table, ne manque jamais de m'inspirer et de me donner envie de cuisiner de bons petits plats.


Votre prochain projet ?


C.L. : J'ai entamé une belle collaboration avec le restaurant Chez Muffy à Québec : c'est un projet qui m'occupera assurément pendant quelques mois ! Je suis également allée passer de petites vacances sur la Côte-Nord récemment et je dois avouer que mon expérience est venue réveiller en moi ma fascination pour le monde marin... J'aurais passé des heures à observer les baleines sur le bord du fleuve sans me lasser. Peut-être les mammifères marins vont-ils agrandir la famille de ma collection "Les animaux de chez nous" ? À suivre...

Infos pratiques :

Cet entretien a été réalisé dans le cadre d'un voyage financé par QuébecOriginal