Ce photographe alerte sur l'utilisation des filtres sur les réseaux sociaux chez les ados

Extrait de la série Selfie Harm, de Rankin
Extrait de la série Selfie Harm , de Rankin
Rankin, célèbre photographe de mode et de nu aussi à l'origine du magazine Dazed & Confused, a décidé de se pencher sur les relations entre les jeunes et la perfection qu'ils et elles veulent à tout prix atteindre sur les réseaux sociaux. Résultat : une série troublante.
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Les réseaux sociaux soulèvent énormément de débats. On questionne leur utilisation intensive, dont l'addiction serait comparée à celle à la drogue d'après une étude, on pointe du doigt les dégâts qu'ils provoquent sur notre santé mentale et surtout, on remarque l'atteinte qu'ils portent à notre confiance en soi.

Car passer sa journée (ou presque) à faire défiler des images de gens plus riches, plus beaux et surtout aux défauts plus gommés, peut avoir des conséquences dévastatrices sur la construction de sa personnalité - notamment lorsqu'on est encore adolescent·e.

C'est ce phénomène qu'a voulu étudier Rankin, célèbre photographe de mode britannique aussi fondateur de plusieurs magazines de renom (Dazed & Confused, Rank, Hunger), au travers de son projet Selfie Harm. Il a ainsi demandé à 14 jeunes filles et jeunes garçons de poser devant la caméra, puis de modifier leur photo jusqu'à ce qu'elle soit "assez bien pour les réseaux sociaux".

Les clichés naturels deviennent alors des visages difformes, les mâchoires sont affinées à l'extrême, les yeux agrandis et les bouches plus pulpeuses. La peau est lissée, les dents blanchies, tout ça pour ressembler aux publications qui pullulent en ligne - et qui sont elles aussi retouchées.

Juxtaposés, les deux clichés parlent d'eux-mêmes : l'idéal que les personnes interrogées par Rankin visent semble utopique. Une perfection que personne ne peut atteindre.

"Les gens imitent leurs idoles, rendent leurs yeux plus grands, leur nez plus petit et leur peau plus claire, et tout cela pour les réseaux sociaux. C'est juste une autre raison pour laquelle nous vivons dans un monde où l'on a toujours peur de ne pas être au bon endroit au bon moment, où la tristesse, l'anxiété accrue et la dysmorphie sur Snapchat s'accroissent. Il est temps de reconnaître les effets néfastes qu'ont ces plateformes sur l'image de soi", confie Rankin sur son compte Instagram.

Il rajoute néanmoins que la plupart des jeunes modèles ont préféré le portrait original à la version modifiée. Une prise de conscience rassurante.