Une jeune Salvadorienne perd son bébé, un tribunal requiert 40 ans de prison

Quarante ans de prison pour avoir perdu son bébé.
Quarante ans de prison pour avoir perdu son bébé.
Son bébé était mort-né. Cela n'a pas empêché un tribunal salvadorien de requérir quarante ans de prison à son encontre.
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Quarante ans de prison. C'est la très lourde peine qui a été requise le 16 août dernier par un tribunal du Salvador, à l'encontre d'Evelyn Hernandez, une jeune femme de vingt-et un ans, nous apprend The Guardian. Le motif d'accusation ? Avoir perdu son bébé, le 6 avril 2016. En vérité, c'est encore adolescente qu'Evelyn Hernandez est tombée enceinte. Suite à un viol, nous explique son avocate Elizabeth Dera. Et le bébé enfanté (dans des toilettes), détaille-t-elle face au juge, était mort-né. Mais la justice salvadorienne, elle, voit la situation d'un autre oeil. Au coeur des deux procès qui ont déjà eu lieu, Hernandez fut successivement accusée d'homicide aggravé avec préméditation puis "d'homicide aggravé par négligence".

Cela fait deux longues années que cette affaire suit son cours. L'accusée a déjà passé trente-trois mois derrière les barreaux pour cet "homicide". Au sein du débat public international, les décisions de la Cour Suprême et du ministère public ne font que rappeler une réalité encore inchangée : l'extrême sévérité de la législation anti-IVG au Salvador. Et autant dire qu'à ce titre, le cas d'Evelyn Hernandez est loin, très loin de susciter l'indifférence.

"A bas le patriarcat !"

Evelyn Hernandez, condamnée à 40 ans de prison pour "homicide"
Evelyn Hernandez, condamnée à 40 ans de prison pour "homicide"

La citoyenne est même devenue un symbole. Le 17 août dernier, aux pieds du tribunal de Ciudad Delgado, a effectivement retenti un slogan à la résonance toute particulière : #JusticiaParaEvelyn. La Justice pour Evelyn. Scandé par une cinquantaine de militantes pour les droits de femmes afin de protester contre ce jugement qui, entre autres choses, semble ignorer la gravité des circonstances qui ont précédé cet accouchement. Un autre cri s'est d'ailleurs fait entendre dans la rue : "A bas le patriarcat !".

Des réactions que l'on comprend aisément au sein d'un pays où, comme l'indique le Collectif National pour les Droits des Femmes, seize femmes sont actuellement en prison pour avoir avorté. Au Salvador, l'avortement est illégal depuis trente ans déjà. Sans possibilité de débat public ou de consultation médicale, quelles que soient, justement, les circonstances. Pour l'organisation pro-choix Catholics For Choice, c'est une absurdité. "La seule chose dont Evelyn Hernandez est coupable est d'être une femme pauvre, victime d'une fausse couche après avoir été violée. Et au Salvador, cela peut vous coûter 30 ans ! Toutes les femmes salvadoriennes devraient avoir droit à la possibilité d'un avortement sûr et légal", a déclaré le collectif.

"Pourquoi notre système politique et judiciaire continue-t-il de persécuter ces femmes ? Peut-être que les châtiments cruels infligés à certaines femmes reflètent la nature violente de notre société... C'est une affaire d'injustice et d'inégalité, et le président devrait faire une déclaration publique à ce sujet", a protesté Johnny Wright Sol, leader du parti politique Nuestro Tiempo, ouvertement opposé à la criminalisation de l'avortement. Le politicien voit là une aberration juridique, et l'excroissance d'un système particulièrement oppressif envers la gent féminine. Car au Salvador, nous rappelle encore The Guardian, une femme est tuée toutes les 15 heures. D'aucuns voient aujourd'hui en Evelyn Hernandez la victime parmi tant d'autres d'une véritable "cruauté judiciaire". Un tragique "cas d'école" au sujet duquel activistes féministes, politcien·ne·s et citoyen·ne·s réclament une chose : "libertad".

[Mise à jour du 20 août 2010] Suite au verdict du tribunal du Salvador qui eu lieu ce lundi 19 août, Evelyn Hernandez a finalement été acquittée. C'est une véritable victoire pour la lutte féministe en Amérique Latine, scandent les manifestantes qui réclamaient depuis des mois sa libération. Et, plus encore, pourrait-on dire, pour la condition des femmes en général.