Scarlett Johansson : des pornos créés avec son visage

Scarlett Johanson au People Choice Award le 11 novembre
Scarlett Johanson au People Choice Award le 11 novembre
Dans cette photo : Scarlett Johansson
C'est une enquête effrayante que livre le Washington Post. Le journal a decrypté le phénomène des deepfake pornographiques, des vidéos utilisant le visage de femmes pour les mettre sur de vraies vidéos pornographiques. Un nouvel outil de terrorisme en ligne envers les femmes.
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On connaissait déjà le revenge porn, la diffusion d'images ou de vidéos intimes d'un·e ex par vengeance. Mais là, c'est un niveau supplémentaire qui a été franchi.

C'est une enquête terrifiante qu'a publié le Washington Post fin décembre, une plongée dans l'histoire des vidéos "deepfake", de fausses vidéos pornographiques.

Grâce à une nouvelle technologie disponible gratuitement sur internet, on peut recréer, à l'aide de nombreuses photos d'une personne, de fausses vidéos avec son visage. Comme un photoshop ou un face swap pour vidéo.

Si cet outil a été utilisé pour nuire à des politiques, il est également à l'origine de fausses vidéos pornographiques avec le visage de célébrités ou d'inconnues. Une manière supplémentaire d'humilier et de terroriser les femmes.

Ce genre de vidéos tire son nom de "Deepfake", le surnom d'un des précurseurs de ce type de pratique. Il y a plus d'un an, il avait utilisé un logiciel pour mettre le visage d'actrices connues sur des vidéos pornographiques, les publiant sur le forum Reddit et gagnant une certaine notoriété en ligne.

Son idée a ensuite été reprise par d'autres, qui ont posté leurs méfaits sur le même forum. S'il faut une certaine technique pour les réaliser, le Washington Post explique que les anciens "réalisateurs" forment les nouveaux, ce qui multiplie les harceleurs potentiels.

Une Scarlett Johansson complètement blasée

Une des premières victimes fut l'actrice Scarlett Johansson. Le journal américain explique qu'une de ses vidéos a été vue plus de 1,5 million de fois en ligne.

Effrayant.

Dans un entretien donné au Washington Post, l'actrice de The Avenger semble complètement blasée. Elle avait déjà dû subir en 2016 la création d'un robot avec une intelligence artificielle à son image, puis un hacking de ses emails et des photos d'elle nue avaient fuité. Le hacker avait pris dix ans de prison.

Elle commente cette nouvelle technologie avec beaucoup de distance : "Il est clair que cela ne m'affecte pas autant parce que les gens pensent que ce n'est pas vraiment moi dans un porno, même si c'est dégradant. Je pense que c'est une poursuite inutile, légalement, surtout parce qu'internet est un vaste vortex de ténèbres qui se dévore tout seul.

Il y a des choses bien plus troublantes sur le dark web que cela, malheureusement. Je pense que chaque individu a le droit de se battre pour son propre droit à l'image, de réclamer des dommages et intérêts, etc."

Elle ajoute ensuite : "Le fait est qu'essayer de se protéger d'Internet et de sa dépravation est fondamentalement une cause perdue, dans la plupart des cas [...] Il n'y a fondamentalement pas de règles sur Internet parce que c'est un abîme qui reste pratiquement sans loi."

L'actrice tient à avertir tout le monde. Ce type de manipulation ne touche pas que les personnes connues. Selon elle cela peut aussi être le calvaire de la personne "derrière moi dans la queue de la caisse, à l'épicerie".

D'ailleurs, le Washington Post relate l'histoire d'une femme dans la quarantaine, terrifiée que cette vidéo sorte et soit vu par des collègues ou sa famille. Une personne a littéralement passé commande en ligne en envoyant plus de 400 photos d'elle prises sur son Facebook pour que d'autres puissent monter la vidéo.

Cette technologie est donc un outil de plus pour terroriser et dégrader les femmes comme le raconte Mary Anne Francks, professoresse de droit à l'université de Miami et présidente de la Cyber Civil Rights Initiative : "Si vous étiez la pire misogyne du monde cette technologie vous permettrait d'accomplir ce que vous voulez."

Et les créateurs de ces vidéos profitent d'un vide juridique. Comme ils s'appuient sur des photos publiques mises à disposition sur les réseaux sociaux, leurs films sont considérés comme des créations et sont donc protégés par la liberté d'expression aux États-Unis.

Alors encore une fois, méfiez-vous des traces que vous laissez en ligne comme des petits cailloux ici et là. Vos photos Facebook ne sont pas si anodines que cela.