Et si le look vintage de Lady Di était... féministe ?

Lady Diana, icône de royauté et de mode.
Lady Diana, icône de royauté et de mode.
23 ans après sa mort tragique, le visage de Diana Spencer, plus connue sous le nom de Lady Di, ne cesse de recouvrir les esprits, les tabloids, les fictions et les magazines de mode. Une mode qui en disait long sur le personnage.
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Aussi bien acclamée par la critique que par le public, la série Netflix The Crown - histoire de royauté plus retorse que Game of Thrones - ravit notamment les accros aux jeux des sept erreurs. Car le souci du mimétisme est pointu pour qui s'attarde sur les ressemblances entre la comédienne britannique Emma Corrin et le personnage historique qu'elle incarne : la jeune Diana Spencer, alias Lady Diana, alias "Lady Di".

Ressemblances physiques, bien sûr, mais également stylistiques. L'équipe du show s'est effectivement plu à reproduire les plus emblématiques tenues qui constituaient la foisonnante garde-robe de la défunte figure royale. Un véritable délice pour qui s'intéresse au patrimoine (ou plutôt matrimoine) fashion. Cette exigence nous rappelle surtout ô combien la mode était nécessaire pour (tenter de) saisir la singularité de Lady Di. Aujourd'hui considérée comme un vrai "role model", Diana Spencer mettait effectivement beaucoup d'elle dans ses vêtements.

Une garde-robe très stylée, oui, mais aussi politique. Féministe ?

Vengeance et conte de fées

Tout porte à le croire quand on se remémore les robes les plus marquantes qui ont façonné son personnage public. La fameuse "revenge dress" - ou robe de la vengeance - par exemple. En 1994, Diana Spencer vient de rompre avec le Prince Charles, suite aux aveux d'adultère de ce dernier (ils divorceront officiellement deux ans plus tard). Pour marquer le coup, elle se rend à une soirée de gala organisée par le magazine Vanity Fair avec, sur les épaules, une création très glamour de la styliste grecque Christina Stambolian.

Sur les épaules, oui et non : cette robe les dénude. Un affront pour qui désire respecter les codes vestimentaires de la cour royale. Finesse et sensualité définissent ce vêtement décolleté qui a tant fait jaser. Aussi inspirant qu'une Nicole Kidman hurlant de joie après s'être séparée de Tom Cruise, la "revenge dress" est le symbole d'une émancipation, tant et si bien que de nombreuses stars l'ont revêtue depuis, de Rihanna à Jennifer Garner.

Mais par-delà cette soirée à la Serpentine Gallery immortalisée par les flashes, impossible de ne pas évoquer le goût immodéré de "Diana" pour les blazers. Le blazer, vêtement fétiche de la "working girl" des années 80 et 90 s'il en est - cette femme qui se rêve volontiers cheffe d'entreprise - Lady Di le préfère avec des épaules larges. De ce look oversize se dégage une impression réconfortante de confiance en soi revendiquée.

A la fois strict et décontract' (puisque ample), le blazer ne peut s'envisager sans Lady Diana. Et sans militantisme ! Car comme le rappelle cet historique du CR Fashion Book (le magazine de Carine Roitfeld, ex-rédactrice en chef de Vogue Paris), le blazer fut l'un des héritages fashion de la deuxième vague du féminisme (qui a inondé la société anglophone durant les années 60), laquelle s'est notamment caractérisée par une tendance des styles masculins réappropriés par les femmes - pantalons, chemises et compagnie.

So hype, Lady Di ? Pas qu'un peu. Non content d'inspirer les grands créateurs (les deux Christian, Dior et Lacroix, lui attribuent sacs à main classieux et robes incendiaires), la femme de pouvoir a arboré les tenues les plus solaires, dignes d'une princesse de conte de fées. Ce panorama du Harpers Bazaar ravive ainsi les couleurs des créations de Bruce Oldfield (comme cette "robe métallique"), entre deux propensions saisissantes au pourpre, au vert émeraude scintillant et autres robes de bal.

Un strass qui a pu faire rêver les petites filles d'hier et les grandes femmes d'aujourd'hui, par le discours qu'il véhiculait entre les lignes : Lady Diana ne s'excusait pas d'être vue, de saisir les regards ou de les éblouir.

Une mode pour dire le monde

Mais derrière cet éclat se faufile un phénomène qui explique que le nom de "Diana" soit encore sur toutes les lèvres : l'identification. Car Lady Di était "la princesse du peuple" et, par-là même, portait sur elle la carrure d'une "role model". En 1987, c'est vêtue d'un élégant tailleur bleu que la princesse de Galles inaugure un centre médical . Là-bas, elle serre la main d'un homme séropositif, un sourire aux lèvres, et sans le moindre gant aux mains.

Banal détail ? Bien au contraire : à l'époque, le virus est la source de toutes les stigmatisations. On imagine encore qu'un simple toucher peut vous contaminer. Ce qui frappe ici, c'est la manière dont Lady Di associe la sobriété de son style à celle de son geste : sans fioritures, simplement humain, tout à fait remarquable.

Mais quel rapport avec le féminisme au juste ? Il est évident. Figure d'autorité, la princesse revendique l'empathie et l'attention portée à autrui, inverses symétriques des préjugés et de la haine. C'est d'ailleurs ce qu'explique le biographe des stars Andrew Morton : "Lady Di aspirait à un style royal plus informel, détendu et accessible, à ce qu'elle appelait "un contact féminin". Elle pensait que, dans un monde dominé par les hommes, la majorité des problèmes découlaient principalement d'un ego masculin à la fois agressif et insensible".

Dans le jargon sociopolitique, l'on appellerait cela "l'éthique du care" - notion décryptée par la politologue Marie-Cécile Naves dans La démocratie féministe - à savoir cette idée selon laquelle l'autorité politique n'est en rien indissociable de la bienveillance. Cette accessibilité, Diana Spencer n'a eu de cesse de la revendiquer en arborant des vêtements plus passe-partout, entre blue-jeans, baskets et autres sweats-shirt du week-end.

La mode de Lady Di disait le monde. Dans la mesure où elle exprimait, par ce mix de strass soyeux et de fringues plus populaires, le conflit intérieur d'une femme se devant d'occuper un rôle codifié dans une société patriarcale qui la jugeait autant sur son apparence que sur ses actes.

"Elle n'était certainement pas le genre de féministe à brûler le soutien-gorge, non, son exploit consistait davantage à vivre dans deux mondes en même temps et avec panache, entre ses jolies robes et diadèmes d'un côté et sa volonté d'aider les plus pauvres et d'oeuvrer pour les droits des personnes sans-abri de l'autre", décrypte en ce sens le magazine en ligne India Today.

A travers cet équilibre entre le look "royal" et l'humanitaire s'énonce une nuance cruciale : une complexité, si ce n'est un complexe. De classe, face aux populations discriminées. Mais aussi celui de la "mauvaise féministe" : les apparents paradoxes que l'on accole aux voix féminines militantes. N'en déplaisent aux médisants, Lady Di rappelait que l'on peut tout à fait vivre dans la richesse tout en désirant son égale répartition. Et ainsi, que l'on peut être féministe tout en admirant la figure, si empreinte de stéréotypes sexistes, de la princesse.

Une inspiration pour (toutes) les femmes

La fashion féministe de Diana Spencer.
La fashion féministe de Diana Spencer.

En partie car elle n'était pas si éloignée des "gens ordinaires". Elle aussi affichait sans honte ses plus beaux pulls de Noël ornés de motifs-moutons. Une authenticité qui n'avait rien d'un simple argument marketing. On le comprend en découvrant ces mots confiés à Andrew Morton au début des années 90, suite à une violente dépression : "Désormais, je vais me prendre en main et être honnête envers moi-même. Je ne veux plus vivre en étant différente de la personne que je souhaiterais et devrais être. Je vais être moi".

A travers cette introspection, la quête de bien des femmes.

Les looks fashion de la princesse Lady Diana.
Les looks fashion de la princesse Lady Diana.

Entre vrais looks "de princesse" (ces robes qui brillent de mille feux) et tenues d'une exemplaire modernité, le style polysémique de Lady Di n'en finit pas de squatter notre fil Insta, aussi populaire que les photos vintage de Jane Birkin et Kate Moss. Des posts Twitter aux portfolios de Pinterest, sa garde-robe est désormais louée par la jeune génération – celle-là même qui n'a jamais connu l'annonce cataclysmique de sa mort en 1997. Ce sont ces images, mais aussi le sens profond qu'elles cachent en elles, qui semblent rendre immortelle cette icône que la journaliste britannique Anne McElvoy envisage comme "le triomphe de la force féminine en mouvement".