Sexisme : on se lâche sur viedemeuf.com

Sexisme : on se lâche sur viedemeuf.com
Sexisme : on se lâche sur viedemeuf.com
Où l’on apprend que pour les employeurs la maternité est un handicap et que le mot chef se met rarement au féminin. Lancé par l’association « Osez le féminisme », le site viedemeuf.com propose, sur le principe de viedemerde.com, de poster des anecdotes de sexisme vécu dans le monde du travail. A la fois drôle et pathétique… Entretien avec sa fondatrice Caroline de Haas.
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Caroline de Haas a fondé le réseau "Osez le féminisme" en 2009, et vient de lancer le blog viedemeuf.com.

 Terrafemina : Vous avez lancé viedemeuf.com sur le modèle du désormais culte vdm, est-ce une façon de dire que les femmes ont une vie de merde ?

Caroline de Haas : Non c’est une façon de dire que les femmes  sont encore en position inférieure dans le monde du travail. L’idée c’est de tirer la sonnette d’alarme, les gens doivent se rendre compte que leur histoire individuelle rejoint une histoire collective.
La loi sur l’égalité professionnelle a été votée il y a 27 ans, je suis née à ce moment-là, or aujourd’hui les femmes gagnent 27% de moins que les hommes et représentent 80% des travailleurs précaires. Pour sensibiliser les gens en plein été, il fallait une idée rigolote, même si ce qu’on lit n’est pas toujours drôle. Mais ça fonctionne, depuis sa mise en ligne, le 12 juillet, viedemeuf.com a enregistré 60 000 visites.
 

TF : Sur quels sujets les internautes veulent-elles s’exprimer ?

C.d.H. : Au départ on était très axées sur les injustices liées aux retraites. Mais nous nous sommes rendu compte que le sujet de l’égalité professionnelle revenait sur la table : en premier lieu, les a priori sur les compétences. « Ca c’est un boulot de mec », voilà le refrain entendu par un grand nombre d’entre elles. L’idée est encore bien ancrée dans les mentalités que les femmes et les hommes n’auraient pas les mêmes capacités physiques et psychologiques, alors que scientifiquement rien n’est prouvé. Ces différences sont de purs fantasmes, il faut éduquer pour en finir.

Le deuxième thème récurrent dans les témoignages, c’est la maternité. Sur plus de 2000 semaines d’activité dans une vie, une mère de deux enfants aura passé 32 semaines en congé maternité, et pourtant on considère toujours qu’avoir des enfants constitue un frein pour une carrière professionnelle.
Les femmes n’en peuvent plus d’être sans cesse renvoyées à leur statut de mère, même si elles n’ont pas d’enfant ou qu’elles n’en désirent pas.  En entretien on les perçoit comme des mères potentielles. Cela renvoie à un vieux stéréotype : on n’est pas femme tant qu’on n’a pas enfanté…


TF : Au-delà du défouloir, ce site peut-il aider les femmes ?

C.d.H. : On en parle, c’est déjà beaucoup. Mais bien sûr le but n’est pas encore atteint, il faut transformer cela en énergie, les femmes et même des hommes qui témoignent sont énervés et donnent des idées. Nous pensons peut-être organiser un apéro vie de meuf, et dresser un top 3 des meilleurs témoignages. Le bilan se fera à la fin de l’été, et nous verrons comment inciter les gens à adopter une démarche plus militante pour interpeller et mettre la pression sur les pouvoirs publics. La loi doit être respectée, et des sanctions financières doivent être prévues pour les entreprises qui ne mettent pas en place des mesures concrètes pour imposer l’égalité salariale dans l’entreprise.


Morceaux choisis :

 "Aujourd'hui, responsable du développement, je rencontre un chef d'entreprise avec un des commerciaux de mon service, afin d'affiner le projet qu'ils ont commencé à voir ensemble : "Alors, on est de sortie avec le grand chef ?" me lance mon interlocuteur."Non, c'est moi le chef...". Léger froid durant le reste de l'entretien."
#viedemeuf

Linda

"Lors d'un entretien d'embauche, après m'avoir redemandé deux fois si j'étais "bien célibataire", les patrons m'ont expliqué qu'ils recherchaient quelqu'un car ils avaient comme autre postulante "une fille du coin qui était venue plusieurs fois en stages et remplacements, très compétente et très appréciée des clients, mais qui venait de s'installer avec son copain et donc qui allait sans doute bientôt vouloir faire un enfant"."
#viedemeuf

Anna


"Alors que j'étais au chômage, je me suis rendue à ma caisse de paiement pour un souci administratif. L'employée me dit:
- Vous savez avec la conjoncture vous ne trouverez pas de travail.
- Ah bon ? Mais c'est vrai, je suis enceinte.
- Ah vous êtes enceinte, EN PLUS ?!! C'est pas la peine, vous ne trouverez pas...
Oui, merci madame, je n'ai pas suivi vos conseils et malgré ces "fardeaux", j'ai un CDI."
#viedemeuf

Lili la Frite


http://viedemeuf.blogspot.com/

 

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