Je suis perfectionniste au travail, mais est-ce vraiment si empouvoirant ?
Le perfectionnisme est-il vraiment le meilleur des défauts ? Vouloir faire plus, est-ce finalement faire trop ? Alors que les études sur le milieu professionnel tendent davantage à alerter sur les risques du surmenage, comme le burn out, l’évocation de ce skill nous fait de moins en moins rêver, et exaspère même, aussi bien dans la bouche des professionnels du management et des services de ressources humaines que dans celle des employées et des dirigeantes - oui oui.
C’est en tout cas ce sur quoi insistent les dernières enquêtes très critiques sur le sujet. On résume leur topo : les perfectionnistes ne parviennent pas à respecter leurs deadlines, ne savent pas travailler en équipe, puisqu’elles sont incapables de déléguer, ne connaissent pas leurs limites, mettent de côté bien des prérogatives en se souciant avant tout de l’image qu’elles renvoient.
Alors que de plus en plus de rapports mettent en lumière les risques de burn out au travail et les diverses formes de l’épuisement pro, le perfectionnisme est à son tour décrit comme… Une attitude toxique. Surtout quand elle tutoie les cimes du management.
Car elle en vient à bousculer santé mentale des personnes concernées, et de leurs collègues. Mettant à mal le navire du travail d’équipe et s’avérant ainsi… Intensément contre-productive. Elle "nous empêche de finir un travail, en passant beaucoup plus de temps que nécessaire à éditer, à peaufiner, à perfectionner, nous fait toujours nous concentrer sur ce qui ne va pas - et nous empêche de nous concentrer sur ce qui est bon." décrypte Grace Marshall, experte en productivité chez Think Productive et auteure de l’ouvrage How To Be REALLY Productive. On se demande quand même si le perfectionnisme n’a pas ses vertus, derrière ce portrait aussi sombre qu’un BlackBerry. Surtout que lui accoler les maux les plus cauchemardesques, c’est ignorer tout ce dont quoi il est le nom.
Quand on s’attarde vraiment sur le problème, on comprend que les perfectionnistes le deviennent en grande partie car elles doivent surmonter des obstacles très concrets : s’adapter à un monde du travail qui n’a jamais vraiment mis en sourdine son culte de la productivité et de la performance, régler quelques problèmes personnels (manque de confiance en soi et peur de l’échec), le tout dans une société marquée par les inégalités salariales, le plafond de verre et les disparités. Et encore, on ne parle pas de la falaise de verre : ce phénomène par lequel les leadeuses se retrouvent comme par magie aux plus hauts postes… Une fois que l’entreprise en question est en déclin. Difficile alors d’évoquer les “bouchées doubles” dont elles témoignent sans rappeler le contexte difficile où éclot ce besoin de faire mieux, quitte à faire trop.