La promotion, beaucoup en rêvent. Surtout quand elle se décline au féminin.
Forcément, quand on se confronte déjà au plafond de verre, aux inégalités salariales, aux discriminations diverses que subissent, par exemple, les working mums (charge mentale et pro ne font pas toujours bon ménage)... Etre promue devient un lifegoal, un vrai, l'aboutissement tant fantasmé dans un début de vie professionnelle qui croît, les prémices d'une love story de girlboss. Un vrai signe de reconnaissance de nos compétences, c'est certain.
On s’est imposée, et cette promotion, on l’a eu ! Mais voilà, elle peut avoir de fâcheuses conséquences sur la longueur et transformer notre vie en marathon. Comment ? Et bien, en accablant sévèrement notre santé mentale, dans un premier temps, et notre santé tout court au final - l'une ne va jamais sans l'autre, on ne t'apprend rien. Là, on tutoie un phénomène, très sérieux, de plus en plus exploré au gré d'enquêtes d'experts du business et de la vie en entreprise. C’est ce que l’on appelle : le burn out de la promotion.
Ou "promotion burnout" dans la langue de Shakespeare - car outre-atlantique, ce phénomène acquiert aujourd'hui une ampleur considérable. On est parti à la recherche d'explications sur ce beau non-dit sur la vie des salariées promues. Et on a quêté au passage quelques solutions... Suis le guide.
J'ai exploré la myriade d'études sur l'épuisement professionnel - reconnu comme maladie par l'Organisation mondiale de la santé - surtout quand il surgit tout en haut du podium de la hiérarchie... Et elles sont sans ambiguïté. Je te raconte tout.
Selon une étude du cabinet de recrutement Robert Walters, relayée par la presse british, 54 % des professionnelles britanniques se disent effectivement beaucoup moins motivées à obtenir des promotions qu’il y a deux ans. Plus de la moitié des femmes salariées fuient les promos comme la peste, et cela devrait clairement nous inquiéter. Ce constat paraît même très contre-productif : pourquoi monter dans l'échelon est vu comme un faux cadeau aujourd'hui quand on est une femme ?
Justement, car les salariées font parler leur expérience, et elles craignent tous les inconvénients que cette montée en grade peut amener - pas toujours, je vous rassure.
Et en vérité, si on suit quelque peu les aléas de la vie pro, et les écarts générationnels qu'elle suscite, on est guère étonné. Sur Terrafemina, on a effectivement recueilli les nombreux témoignages de jeunes salariées qui ne veulent pas que l'on sacralise le CDI. Hier précieux sésame, ce contrat à durée indéterminée est sorti de son piédestal.
"J'ai quitté mon CDI (et je ne le regrette absolument pas)", nous disent-elles. Quête de sens, impression que son emploi stagne, "bore out" (le burn out de l'ennui), "bullshit job", besoin de reconversion et surtout de "reconstruction" professionnelle, les raisons abondent. Judith, 23 ans, nous explique : "Le CDI n'est pas une fin en soi". A ses côtés, Chloé, vingtenaire à l'unisson, soutient : "Notre génération n'a plus les mêmes envies que la précédente. Les gens veulent aimer leur job, sinon ils le quittent. Savoir pourquoi ils se lèvent le matin"
Dans le cas des promotions, on retrouve les mêmes doutes, et la même fatigue, apparemment. Stylist UK abonde en ce sens et décoche des chiffres encore plus cinglants : 81 % des femmes ont aujourd'hui le sentiment “d’être désavantagées” par rapport à leurs collègues masculins lorsqu’elles sont promues. Les hommes et les femmes ne seraient pas du tout logées à la même enseigne.
Je repense aux discours les plus "inspiring" d'entrepreneurs et je me dis que la réalité est bien moins idyllique derrière le glamour des posts Linkedin.
En pleine promotion, souffrir de burn out n'a rien d'absurde.
Pourquoi ? C’est simple.
Qui dit promo/augmentation dit plus de responsabilités, de pression, d’attentes. Avec ce regard qui pèse plus que tous les autres : le nôtre. La confiance en soi doit être solide. Puis quand on se hisse, le corps ne suit pas forcément : la fatigue s’ensuit. De plus en plus d’experts en parlent tant et si bien qu'on en vient à déconstruire les éloges autour des promotions et des augmentations.
Parfois la promotion induit d’autres problèmes.
C’est le cas de la “falaise de verre” : quand une femme est nommée leadeuse d’une boîte… Qui s’avère en péril. Selon un sondage IFOP avec la fondation AESIO, 26% des femmes décrivent leur santé mentale comme “mauvaise”, contre 14% d’hommes.
Stylist UK toujours explique qu’au burn out s’ajoutent une impression d’être toujours sous-estimée au sein de son entreprise, mal évaluée ou considérée par ses supérieurs… et de souffrir du manque de représentativité en terme de leadership au féminin. Pas assez de role models ! Et donc un manque de repères quand on acquiert plus d’autorité.
“Il y a une façon d’exercer le métier ou de répartir les responsabilités qui se fait souvent au détriment des femmes. Le classique étant le salaire qui est inférieur de 25%, à responsabilités égales” nous apprend le Dr. Philippe Zawieja, dans un article que nous avons justement dédié aux disparités que le burn out engendre. “Même si les choses sont en cours de rééquilibrage, on reste sur un déséquilibre en défaveur des femmes qui explique qu’elles puissent être contaminées dans leur bien-être professionnel par des phénomènes qui sont liés à son rôle au sein de la famille,” ajoute l'érudit.
Oui oui : même jusqu'au burn out, on observe des inégalités de genre, un "gender gap", un écart entre les sexes, observe l'auteur de Les Rescapés du burn-out, publié aux éditions Les Arènes.
Ce sont les chiffres qui en témoignent.
Alors, on s’en sort comment ?
Le burn out, même quand il tutoie les cimes de l'entreprenariat, doit être pris au sérieux. Car oui : quand la vie professionnelle nous sourit - ou en tout cas, une apparente "reconnaissance" qui s'exprime par une recrudescence des responsabilités - on a tendance à minimiser notre mal-être. On considère que ce malaise n'est pas légitime. Qu'on a de la chance, qu'on ne devrait pas "broyer du noir" ou "déprimer comme ça". Alors que le burn out ne doit jamais être pris à la légère !
Et il y a tant de manières d'agir, et vite.
En communiquant son mal-être bien sûr auprès de ses responsables et des RH, afin de ne rien cacher de sa situation, partagée par tant d'autres dans notre domaine, et ailleurs. Aujourd'hui, les services de ressources humaines regorgent, et bien, de ressources, justement, de dispositifs, et de plateformes, pour prendre en compte ce qui a trait à l'épuisement pro. Et c'est tant mieux.
En se ménageant, aussi, notamment, en négociant une alternance entre télétravail et présentiel, si cela permet d'alléger charge de travail et fatigue. En prenant des congés, en négociant des break, des parenthèses pour respirer, mettre en off messageries et contacts pros. Des concessions qui peuvent se faire l'espace d'échanges constructifs et honnêtes dans notre entreprise. Parler organisation, adaptabilité, souci de flexibilité et exigences, n'est en rien antinomique avec l'évocation de la santé mentale, c'est même l'inverse. Tout cela va de paire.
La coach de carrière Krishna Powell, qui a observé quantité d'épuisements professionnels, explique à Bustle : "Le signe le plus flagrant qui indique que vous souffrez d'un burn-out est une sensation d'extrême fatigue sur le long terme. Habituellement, c'est le premier signal d'alerte que vous envoie votre corps, quand vous tirez trop sur la corde. Vous dormez trop ou vous n'arrivez pas à vous concentrer parce que vous êtes épuisé. Cette fatigue extrême s'accompagne souvent de maux de tête, de perte ou prise de poids et vous êtes plus encline à tomber malade"
On prend ces mots très au sérieux, et on décomplexe face aux injonctions pros. C'est dit !