Le télétravail ferait beaucoup de mal au travail d’équipe.
Cela, on l’a entendu, de la part de détracteurs du “TT” qui souhaitent valoriser plus que tout le présentiel.
Quitte à sombrer dans le raccourci fâcheux voire la réflexion vieux jeu ? Aspect fondamental, le rapport au teamwork fait l’objet de longs débats depuis des lustres, si houleux qu’ils en viennent à remettre en question la nature-même du travail d’équipe. D’une discussion passionnée à l’autre, deux camps se détachent à nos yeux : les pro tendent à magnifier ce qui qui d’après leur argumentaire boosterait grandement les interactions, les anti à diaboliser un dispositif qui nierait le potentiel et la force de la présence humaine au sein de l’entreprise.
Mais qui dit vrai ? On s’est plongé dans cette controverse avec un but : résoudre la polémique et lutter contre les clichés.
Le distanciel est encore considéré par beaucoup comme l’ennemi du travail d’équipe. Pourquoi ? C’est simple.
Il mettrait à mal la communication, et nuirait donc à l’esprit de groupe. Cela rendrait plus difficile la planification et l’organisation, le contact humain et le rapport à l'autre étant réduits à l'état de lointains fantômes.
Et puis, de nombreuses études, depuis la crise du Covid, nous ont alarmé sur les conséquences du “TT”. Une enquête de la BBC sur le sujet alerte : jusqu'à 80 % des travailleurs britanniques estiment que le télétravail a un impact négatif sur leur santé mentale. Jusqu’à parler de “crise de santé mentale” en éclairant un aspect très précis : le distanciel provoquerait anxiété, stress et isolement. Isolement, solitude, pas vraiment des synonymes “d’équipe” et de “synergie” donc.
Pour l’envisager, il suffit d’écouter une voix érudite, qui nous apporte beaucoup d'éléments de réponse, celle de Nicola Hemmings, spécialiste en sciences du travail chez Koa Health, un fournisseur de soins de santé mentale, qui raconte à la chaîne british : « En télétravail, nous sommes privés des interactions sociales essentielles d'un bureau animé : discuter dans le couloir, boire un café en prenant des nouvelles de nos collègues et en leur demandant comment s'est passé leur week-end. Ces petits moments peuvent avoir un impact considérable sur notre bien-être. ».
Et ce n’est pas tout. Le télétravail ne signerait pas seulement la perte des “small talk”, ces conversations de bureau autour de tout et de rien, qui pour certains apparaissent comme le comble de l’ennui mais s’avèrent finalement loin d’être si anodins. Non, il provoque d'autres effets beaucoup plus néfastes.
En révélant un mal-être personnel : de trop nombreux “visios” dérangeraient les employés qui n’apprécient pas leur apparence physique, et donc, voir leur visage à l’écran. Ce critère, on le n'avait pas forcément soupçonné, mais c'est vrai qu'il peut faire toute la différence. Et comme on sait que du bien être individuel peut éclore la santé collective... C'est inquiétant.
Le distanciel renforcerait également les inégalités, ou plutôt la prise de conscience de celles-ci, personne n’étant vraiment logé “à la même enseigne”, les conditions de travail s’avérant plus compliquées en fonction du domicile de chacun. Encore une fois, “faire lien” et construire une équipe quand l’individuel est déjà confronté à toutes ces problématiques, semble, excusez du peu, plutôt “coton”. Doux euphémisme.
Alors, le distanciel serait-il aussi nocif pour notre santé mentale que pour le team building ?
Tout porte à le croire. Et pourtant, de plus en plus de voix s’élèvent pour défendre son côté “disruptif”. Et tout ce qu’il peut apporter au travail d’équipe. Une très sérieuse étude, menée par le Georgia Institute of Technology, le démontre d'ailleurs : le télétravail peut être synonyme de flexibilité, de confiance et de communication. Notamment quand ces trois qualités-là proviennent... De l'employeur !
Et plus précisément, de ceux qui "appliquent des politiques flexibles concernant le distanciel”, comme l’illustre l’étude du prestigieux institut de recherche. Ce qui pourrait engendrer une performance décuplée au sein desdites boîtes, puisque d’une fidélité et d’un engagement accrus des salariés envers celles-ci. Se sachant autonomes, les employés vont accorder plus de confiance en retour à leurs hiérarchies.
Comme un cercle vertueux. Par extension, le travail d’équipe sera plus fluide et solide.
De nombreux panoramas hyper détaillés, comme cette vaste enquête signée Forbes, qui entremêle les voix de professionnels, de CEO et d’employés au sujet du très controversé TT, démontrent ô combien celui-ci regorge en vérité d’insoupçonnées qualités, même quand il se contente de prendre la forme d’un travail “hybride” - qui implique un équilibre hebdomadaire avec le présentiel.
Car qui dit distanciel dit recrudescence des points, beaucoup plus réguliers, et des réunions, rendez-vous facilités par les appels en visio, dont l’organisation est beaucoup plus élastique que l’équivalent sur place - pas besoin de trouver une salle de réunion et/ou un espace suffisamment grand pour contenir les équipes. Les activités de cohésion collective ne pâtiraient donc pas forcément de cette distanciation.
Plus de réunions, donc plus d’écoute et de valorisation : la colonne vertébrale du travail d’équipe.
Également, qui dit distance dit nécessité d’être plus efficace et plus clair dans ses directives. De la répartition des tâches à la compréhension des talents de chacun. Selon Forbes, la banalisation du distanciel permet de meilleurs recrutements, et par extension, une diversité plus forte au sein des effectifs, ce qui contribue énormément au travail d’équipe.
Une “diversité cognitive et géographique” car le télétravail encourage à réunir en un tout “des ingénieurs au Texas, des historiens au Vermont et des mathématiciens à Mumbai, chacun ayant une vision différente des problèmes”. De Nice à Londres, si l'on préfère. Sans trop tenir compte des fuseaux horaires, cela étant.
Et enfin, s’énonce une subtilité trop minimisée dans les discours entrepreneuriaux : à qui profite le télétravail ?
Généralement, à une tranche de la population trop éludée dans le monde du travail. Vous le devinez, et c’est la BBC qui l’affirme dans son rapport cité plus haut : “Les études montrent que les jeunes mères sont celles qui ont le plus de chances de tirer profit du travail à domicile”, assène effectivement la chaîne britannique, rappelant la facette idéale du télétravail, “permettant de faire de l'exercice pendant les pauses, de préparer des déjeuners sains et faits maison et d'emmener facilement les enfants à l'école.”.
La preuve que cette logique a fait florès, c’est que toute une nouvelle génération semble y croire dur comme fer. On peut même parler de zeitgeist : d'air du temps, pour simplifier.
Une toute récente enquête signée Business Insider donne la aux patrons de demain, et ceux-ci, selon les données recueillies, seraient beaucoup plus susceptibles de “laisser leurs employés travailler à domicile”. Tout part d’un rapport très détaillé d’un professeur de finance à l'Institut technologique autonome du Mexique, M. Barrero.
Le chercheur a interrogé 8 000 Américains âgés de 20 à 64 ans tout au long de l'année 2025. Et selon les témoignages et les profils, en a conclu que le télétravail est plus fréquent dans les entreprises fondées après 2015 que dans celles fondées avant 1990, et notamment dans celles dirigées par des PDG de moins de 30 ans.
Vraisemblablement très portés sur un maître-mot : la flexibilité !
Sans pour autant renier la fameuse “culture d’entreprise”. Non non, il s’agit simplement d’en créer une nouvelle, permise par un accès beaucoup plus direct et ample aux nouvelles technologies et à la communication multiple qu’elles permettent (vidéo, audio, groupée) qui pour certains rend la présence physique permanente au bureau tout simplement… Contre-productive. Obsolète.
La Génération Z pourrait d’autant plus concilier le distanciel au sens du collectif, pas forcément en tant qu’employé, mais en tant que boss. De quoi imaginer toute une myriade de nouvelles visions collaboratives, encore plus vastes qu’un open space ?
On est à deux doigts de tout miser dessus.