Art-thérapie : soigner l'addiction à la cocaïne par le rock

Art-thérapie : soigner l'addiction à la cocaïne par le rock
Art-thérapie : soigner l'addiction à la cocaïne par le rock
Et si les stars du rock ou de la pop se mettaient à chanter pour désintoxiquer leurs camarades ? Initiative de Laurent Karila, psychiatre addictologue, et de l'artiste rock et metal Renaud Hantson, le projet « AddictionS » propose 13 chansons pour décrire le cercle infernal de la dépendance à la cocaïne. De l'art-thérapie dans les bacs.
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Terrafemina : Pouvez-vous nous en dire plus sur le principe de l’art-thérapie, qui est à la base de votre concept album « AddictionS » ?

Renaud Hantson : L’art-thérapie est un terme que le Docteur Laurent Karila avait employé au début de notre rencontre car en fait c’est certainement la première fois que le rock rencontre la médecine dans un but préventif concernant diverses addictions. C’est en cela qu’il estime qu’il s’agit d’art-thérapie.
Dr. Laurent Karila : Combiner musique et médecine est novateur en termes de prévention. Les messages que nous faisons passer dans notre concept album sont loin des clichés habituellement véhiculés dans différents types de musique comme le rock, le métal ou le hip hop… Ce projet s’inscrit aisément dans un projet plus global que j’ai développé et qui se dénomme PIRAT© pour Prévention, Information, Repérage, Action, Traitement. Notre album avec cet e-book téléchargeable correspond aux lettres PIA.

TF : Quels peuvent être les effets sur les patients ?

Dr. Laurent Karila : Je prévois de réaliser une petite étude avec un support d’art-thérapie de ce type chez différents patients. Un groupe de parole via la musique et l’utilisation de textes se référant aux addictions va prochainement débuter dans mon service. Renaud Hantson devrait y participer comme counsellor. Nous évaluerons l’impact de ce type de traitement adjuvant.
Renaud Hantson :
Je suis un mélodiste et je prends toujours soin que les refrains soient mémorisables par tous, grâce à l’énergie brute de ce genre musical nous espérons que ce concept album fait sur du hard rock aura un effet « détonateur » et sera peut-être plus parlant pour les générations actuelles peu réceptives à un discours exclusivement médical ou répressif.

TF : L’album de 13 chansons décrit le cycle addictif de la cocaïne, les dangers de la « poudre » sont-ils ignorés des consommateurs ?

Dr Laurent Karila : Les consommateurs connaissent bien certaines étapes de ce cycle addictif lié à la cocaïne, d’autres moins bien comme le risque de faire un infarctus du myocarde multiplié par 24 dans les 60 minutes suivant le consommation, un AVC ou une crise d’épilepsie. Nous disséquons vraiment les différents moments de la vie de l’addict avec une issue positive tout de même. Cet album est une synthèse d’un grand nombre de patients dépendants à la cocaïne et aux drogues stimulantes en général. Pour les plus jeunes et les familles, c’est informatif et cela peut être matière à aborder un ou des problèmes addictifs.
J’ajoute que nous parlons aussi sur le disque et dans l’e-book de la méphédrone, cette drogue synthétique faisant partie de la grande famille des « legal highs » vendue comme sels de bains ou engrais pour plantes.
Renaud Hantson : Beaucoup de gens pensent que la cocaïne est une drogue chic qu’on peut gérer facilement et dont on « décroche » sans problème. À forte et régulière consommation, c’est totalement faux car il y a rapidement une grande dépendance vu qu’on se sent faussement plus performant, désinhibé, excité et euphorique. C’est donc cette sensation vécue lors des premières prises que le consommateur recherchera en augmentant parfois les doses avec ce que cela inclut comme risque. La coke est la drogue du leurre par excellence.

TF : On connaît beaucoup de grands artistes qui sont ou ont été de grands drogués : y a-t-il une explication à ces dérives ?

Dr Laurent Karila : Il n’y a aucune corrélation statistique entre le fait d’être artiste et d’être dépendant à des substances. L’addiction naît de la rencontre entre un sujet, un produit, son environnement, des facteurs neurobiologiques, psychologiques et génétiques (dans moins de 50% des cas). Certains artistes sont beaucoup plus créatifs en état d’abstinence que sous l’emprise de substances. Les exemples sont nombreux : Slash (ex-Guns N’ Roses), James Hetfield (Metallica), Les Red Hot Chili Peppers, Eddie Van Halen, Steven Tyler d’Aerosmith...
Renaud Hantson :
Je n’aime pas cette image qui laisse penser qu’une rock star est forcément droguée et axée sur les excès. Il est clair que le monde de la musique permet de vivre des aventures humaines, amoureuses, sexuelles, artistiques, émotionnelles parfois plus fortes que le commun des mortels et que de temps en temps la lassitude de certaines choses fait qu’un artiste veut tester ses limites ou découvrir des contrées encore inexplorées. En tout cas, pour moi, cela ne doit pas faire partie de la panoplie d’un musicien, c’est le talent de certains qui laisse une trace et en tout cas pas les excès qu’ils ont vécus.

TF : D’autres projets de même teneur pourraient-ils voir le jour pour traiter l’addiction à l’alcool ou au sexe ?

Dr Laurent Karila : Pourquoi pas ? Si nous partions sur l’idée de quelque chose autour du sexe, il faudrait réfléchir à un projet différent de l’album concept tel que nous l’avons fait sur AddictionS. L’addiction sexuelle est un problème grandissant auquel il va bien falloir se pencher et développer des outils thérapeutiques.
Renaud Hantson :
Nous débordons d’idées avec Laurent. Nous sommes des « workaholics » et je sais qu’il souhaite que je sois une sorte de conseiller artistique auprès de lui sur des travaux à venir. Il n’est pas du tout exclu que nous ayons une autre idée à développer à travers la musique. L’important de mon côté est que les 17 années de fuite en avant que j’ai vécues servent à quelque chose et que je puisse les éviter à d’autres en servant peut-être de guide.

Vente en ligne album et e-book sur hantson.com

Voir le teaser AddictionS

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