Démission de Berlusconi : une bonne nouvelle pour les femmes ?

Démission de Berlusconi : une bonne nouvelle pour les femmes ?
Démission de Berlusconi : une bonne nouvelle pour les femmes ?
Dans cette photo : Silvio Berlusconi
La démission du « Cavaliere » de la Présidence du Conseil peut-elle annoncer des temps nouveaux pour les Italiennes ? Si les frasques de Berlusconi ont dégradé l’image des femmes en Italie, la paralysie politique en matière de droit au travail est le fait d’un machisme encore très vivace. Réaction de Serena Romano, cadre supérieur et présidente de l’association Corrente Rosa en Italie.
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Terrafemina : Quelles réactions, en particulier chez les femmes et au sein des associations comme la vôtre, ont suivi l’annonce de la démission de Silvio Berlusconi ?

Serena Romano : Je dirais qu’il n’y a pas eu de réaction spécifique aux femmes, même si peu d’associations féminines portent Berlusconi dans leur cœur. Nous espérons qu’avec un nouveau gouvernement, les sujets liés aux femmes pourront avancer davantage. Berlusconi a multiplié les effets d’annonces, nous avons entendu mille promesses concernant des mesures pour l’égalité hommes-femmes, mais jamais rien n'a été concrétisé. La ministre qu’il a nommée à l’Egalité des chances, - Mara Carsagna, ancienne show-girl- était censée mettre en place un lot de mesures pour améliorer la conciliation entre vie privée et vie professionnelle, mais rien n’a été fait.

TF : Votre association, Corrente Rosa, est née (en 2006) d’une volonté de créer la rupture après 5 ans de gouvernement Berlusconi, en faisant élire des femmes à la Chambre des députés. Comment ont évolué les questions relatives aux femmes depuis ?

S. R. : Globalement, depuis les 30 dernières années, aucun gouvernement de droite ou de gauche n’a œuvré dans ce sens. C’est le résultat d’une politique générale qui n’a pas pris en compte l’évolution de la société, alors que la plupart des pays européens l’ont fait. En Italie, seulement 46% des femmes travaillent (contre plus de 80% en France), et 9 enfants sur 100 peuvent aller à la crèche.

TF : Pourtant, au cours de son deuxième mandat de Président du Conseil, Berlusconi a été souvent inquiété pour son comportement avec les femmes…

S. R. : En effet, le 13 février dernier, un million et demi de femmes défilaient dans la rue pour protester contre son attitude, mais il est difficile de traduire l’indignation en mesures concrètes. Les femmes représentent environ 30% des députés à la Chambre, et les partis ne font pas d’effort véritable pour qu’elles soient mieux représentées. Notre loi électorale est déficiente, et c’est là tout le problème : l’électeur ne vote pas pour un député mais pour un parti, et les élus doivent rendre des comptes à ce parti, non au peuple.

TF : Quels sont les blocages qui empêchent ces sujets d’entrer pour de bon dans le débat politique ?

S. R. : Ils sont multiples. Il y a l’Eglise, qui exerce une influence non maîtrisée sur la politique, sous la forme d’un lobby et d’une empreinte profonde dans les consciences. Même chez des députés de gauche, les préjugés peuvent être très violents quant aux questions de société liées à la famille ou la bioéthique par exemple. Les hommes politiques et les chefs d’entreprise n’ont pas changé leurs attitudes, ils ne font rien chez eux et laissent tout le travail aux femmes, ils se recrutent entre eux par affinités. C’est le reflet du repli sur soi de notre pays dans certains secteurs. Beaucoup d’entreprises continuent à travailler comme bon leur semble, sans se mettre en concurrence avec l’international, et n’ont pas intégré l’idée que la compétitivité se joue aussi sur la diversité des talents.

TF : Les « bimbos » propulsées sur la scène politique et dans les médias par Silvio Berlusconi ont-elles engendré une fracture avec les féministes italiennes, créant une sorte de vision double de la femme ?

S. R. : Cela va au-delà de l’image de la femme, ce sont deux mondes parallèles qui n’ont rien en commun. Silvio Berlusconi a appliqué à la politique les règles du show-business avec des slogans, des images et des déclarations relevant d’un marketing très efficace. C’est un très bon communicant et sa stratégie a fonctionné. Il a drainé derrière lui des personnages de ce monde, impliqués dans des affaires douteuses dans l’immobilier, la politique et la corruption. Un trafic déplorable s’est mis en place, lié au fait qu’un grand nombre de personnes fournissent des prostituées à Berlusconi, en échange de marchés publics…

TF : Est-ce que dans votre esprit la comparaison avec l’affaire DSK s’est imposée ?

S. R. : Je pense simplement qu’il faut distinguer la vie privée de la vie politique et publique. La vie privée de M. Berlusconi ne m’intéresse pas, mais en tant que citoyenne, j’estime la corruption inacceptable, et surtout je trouve dangereux que des hommes qui disposent d’un tel pouvoir (au gouvernement italien ou au FMI) soient potentiellement sujets à n’importe quel maître chanteur capable de les faire flancher à tout moment. Ce type de scandale embarrasse tout un pays, et cela, ce n’est pas responsable.

TF : Berlusconi est-il le symptôme des faiblesses de l’Italie ?

S. R. : En effet, ses années de pouvoir ont révélé l’absence forte de la notion d’Etat en Italie. La gauche est notamment responsable de ne pas avoir imposé une loi sur le conflit d’intérêt, qui aurait pu empêcher ce tycoon des médias d’accéder au pouvoir. Berlusconi savait dès le départ que tout lui serait permis, parce que la presse et l’opposition n’étaient pas assez puissantes. Mais ce n’est pas un phénomène propre à l’Italie, la faiblesse généralisée des institutions démocratiques a laissé les pleins-pouvoirs à Vladimir Poutine en Russie, ou à Kadhafi en Libye, deux grands amis de Berlusconi ! N’importe quel homme au pouvoir (ou femme) s’il ne fait pas l’objet d’un contrôle institutionnel et démocratique risque de tomber dans la même dérive.

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