Sexisme en politique : NKM, Hidalgo et consorts s'allient dans un manifeste

Sexisme en politique : NKM, Hidalgo et consorts s'allient dans un manifeste
Sexisme en politique : NKM, Hidalgo et consorts s'allient dans un manifeste
Dans cette photo : Nathalie Kosciusko-Morizet
Nathalie Kosciusko-Morizet, Anne Hidalgo, Rama Yade, Eva Joly… Une cinquantaine d'élues de tous bords ont signé un manifeste visant à lutter contre le sexisme qui gangrène la politique française. Elles y dénoncent les pratiques inégalitaires « moyenâgeuses », « désuètes » et « inacceptables » encore bien trop courantes aux plus hauts niveaux de l'État.
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Elles sont adversaires dans la course à la mairie de Paris mais s'accordent sur la nécessité de lutter contre le sexisme en politique : Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet ont toutes deux signé un manifeste en ce sens. Intitulé « Sortons la politique du Moyen-Âge », il a été élaboré à l'occasion de la deuxième édition du forum « Femmes et Pouvoir » qui aura lieu les 29 et 30 novembre prochains à Paris, rapporte lexpress.fr. Outre l'actuelle première adjointe PS à la mairie de Paris et la députée UMP de l'Essonne, une cinquantaine d'élues de tous bords ont paraphé ce texte. Parmi les signataires : Barbara Pompili, Eva Joly, Chantal Jouanno, Laurence Rossignol, Clémentine Autain, Rama Yade, Marie-Jo Zimmerman et bien d'autres.

« Exclure les femmes des réunions, leur couper la parole, faire des bruits d'animaux pendant leurs interventions, des remarques sur leur tenue vestimentaire ; sauter leur tour sur la liste quand il faut se choisir un chef, qualifier leur mandataire financier de "souteneur" qui vient "relever les compteurs", déclarer "elle a 45 ans, elle va être ménopausée, elle va nous faire chier !" sont des pratiques ridicules, désuètes, et inacceptables ! », dénoncent les signataires. Des comportements archaïques pourtant encore très courants dans les plus hautes sphères de l'État. Pour preuve, en juillet 2012, alors qu'elle s'apprêtait à s'exprimer à l'Assemblée nationale, Cécile Duflot avait essuyé les sifflets des députés, simplement parce qu'elle avait osé revêtir une petite robe estivale. Deux jours plus tard, Marc Le Fur, député UMP des Côtes d'Armor, avait lui qualifié Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des Petites et moyennes entreprises, de « pot de fleurs ». Et plus récemment, en octobre dernier, en pleine intervention de la députée écologiste Véronique Massonneau à la tribune de l'hémicycle, l'élu UMP Philippe Le Ray avait cru bon d'imiter le caquètement d'une poule.

« En politique, on aime les femmes jeunes et jolies »

Face à de tels débordements, ce manifeste poursuit l'objectif assumé de « mobiliser l'opinion publique pour arriver à une tolérance zéro du sexisme dans la sphère politique. Le poulegate, ce fut la goutte d'eau. Mais ce sont des situations d'humiliations que les élues de terrain vivent quotidiennement », déplore Julia Mouzon, fondatrice du réseau « Femmes et Pouvoirs ». La députée européenne (UDI) Sophie Auconie a d'ailleurs raconté cette misogynie ambiante à 20minutes.fr. « La politique est le dernier terrain d'opérations militaires dans l'esprit des hommes. Ils parlent "stratégie", "tactique", disent "on va les tuer". Les femmes n'y ont pas leur place », analyse-t-elle. Quant à Laurence Rossignol, sénatrice PS, elle regrette « l'obsolescence programmée » des femmes en politique. « Vous connaissez beaucoup de sénatrices qui ont l'âge de Jean-Claude Gaudin (74 ans, ndlr.) ? », interroge-t-elle. Et de trancher : « En politique, on aime les femmes jeunes et jolies. Et si elles peuvent en plus remplir plusieurs autres quotas comme être issue d'une minorité visible ou de la société civile, c'est mieux ».

Autant de raisons pour lesquelles ces élues font aujourd'hui front commun pour être enfin traitées à l'égal de leur confères. « Au XXIe siècle, les femmes politiques sont ministres, maires de grandes villes, et bientôt de Paris, présidentes de Conseil régional et général ; sont investies sur des circonscriptions difficiles et remportent souvent sur ces territoires des victoires largement méritées », rappellent-elles d'ailleurs, profitant de l'occasion pour remettre en question « les fonctionnements internes de leurs partis » et s'engager à ce que « la politique ne se fasse plus par cooptation mais au mérite ». Vaste chantier…

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