Barbara Romagnan : "Être une femme est un atout considérable en politique"

Barbara Romagnan : "Être une femme est un atout considérable en politique"
Barbara Romagnan : "Être une femme est un atout considérable en politique"
Dans cette photo : Arnaud Montebourg
À 38 ans, l'opiniâtre Barbara Romagnan compte pas moins de trois campagnes législatives à son actif. Élue en juin dernier, la néo-députée socialiste a fait ses premiers pas à l'Assemblée et rejoint ainsi cette nouvelle génération de femmes trentenaires fraîchement élues. Combative, engagée et très souvent « pas contente », la députée de Besançon entend bien profiter de toutes les armes que lui procure son nouveau poste pour défendre ses idées.
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Le regard est profond, le visage sérieux. Barbara Romagnan ne rigole pas avec la politique, même si elle avoue pouvoir s’« éclater » sur les nombreux dossiers qu’elle suit. À 38 ans, celle qui a enseigné la philosophie et le droit constitutionnel compte déjà plus de 20 ans passés au Parti socialiste : « Je me suis toujours sentie de gauche », explique-t-elle. Un engagement qui lui a paru naturel : elle a 18 ans lorsqu'elle rejoint les rangs du PS, même si elle confie avoir un temps « hésité un peu avec les Verts ». Mais elle opte pour les socialistes, estimant qu’elle aura plus de chances de pouvoir changer les choses dans un parti « susceptible d’exercer le pouvoir ». Dès 1998, elle s’engage pour les régionales à Lyon : « Je n’avais pas vraiment de chances d’être élue, mais j’ai pris très à cœur cette première campagne. » En 2001, la gauche gagne la ville de Lyon : Barbara Romagnan est élue au logement dans le 7e arrondissement. En 2002, elle est la benjamine des candidates socialistes aux législatives : c'est la première de ses campagnes pour un fauteuil de député. La troisième fois en juin 2012 sera finalement la bonne et la propulsera à l’Assemblée nationale avec 54,73% des voix. Intellectuelle et déterminée, Barbara Romagnan ne considère pas le poste de députée comme une consécration politique, mais bel et bien comme une nouvelle étape dans sa vie de femme engagée.

« J’étais enfin dans le boulot où je devais être »

Sa première impression quand elle a fait ses premiers pas à l’Assemblée ? « C’était un peu comme si j’étais enfin dans le boulot où je devais être. Quelque chose comme ça », confie-t-elle. Et très vite, alors qu’elle n’y « connaît rien », elle se jette tête baissée dans son nouveau poste. Celle qui a évolué politiquement à la gauche du PS, retrouve ses proches camarades désormais nommés au gouvernement : Benoît Hamon, avec qui elle participait aux clubs forums, ces lieux de réflexion de la mouvance rocardienne, Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, ont comme elle parcouru du chemin. Elle se souvient de cette « période si exaltante » où tous, alors les plus jeunes du courant, « construisaient ensemble » leur vision du PS et de la politique. Désormais, elle profite de son entrée au Palais Bourbon et de sa participation à la commission des affaires sociales pour s’attaquer à bras-le-corps à des sujets qui lui tiennent particulièrement à cœur. Parmi eux, le projet de loi de finance rectificative, le projet de loi sur le harcèlement sexuel, pour lequel elle a rapporté le 23 juillet dernier, ou encore les emplois d’avenir. Et sur le mariage homosexuel et l’adoption, elle le dit haut et fort : « Qu’on exclue des gens de l’adoption parce qu’ils sont homosexuels, je trouve ça scandaleux. » Mme Romagnan n’a pas l’habitude de mâcher ses mots.

Les électeurs font plus confiance aux femmes politiques

Et les questions de parité dans tout ça ? « Cela m’a toujours intéressée en termes militants. » Mais pour porter la question des droits des femmes au quotidien, Barbara Romagnan, qui se dit inspirée par les combats d’Yvette Roudy et de Gisèle Halimi, a rapidement jugé qu'elle serait « plus utile » en intégrant cette question à son engagement politique. Et quand on lui parle de sexisme en politique, elle attaque là où on ne l’attend pas : « Oui le monde politique est ultra violent et on utilise tout ce qui est possible pour vous dézinguer, le fait que vous soyez une femme pouvant être un argument utilisé contre vous », reconnaît-elle volontiers. « Mais être une femme peut s’avérer être un atout : il y a beaucoup d’électeurs qui préfèrent les candidates, parce qu'ils croient que nous sommes plus honnêtes, ils ont une image plus positive de nous, que ce soit fondé ou pas par ailleurs », souligne-t-elle. Et d’ajouter : « L’honnêteté demanderait que beaucoup de députées se souviennent aussi que si elles ont été candidates, c’est aussi parce qu'elles sont des femmes. » Barbara Romagnan en est convaincue : depuis le vote de la loi sur la parité, être une femme est aujourd'hui un avantage considérable quand on veut faire de la politique.

« Le pouvoir, c’est comme les richesses, on doit le partager »

Question avantages, et dans un tout autre registre, la primo-députée se dit perplexe devant les nombreux « privilèges » dont bénéficient les députés. Elle qui milite pour une république irréprochable, ne manque pas d’exemples. « Je suis étonnée par un certain nombre d’avantages dont bénéficient les députés et que tout le monde considère comme normal », rapporte-t-elle. Une retraite plus que confortable, des cartes de transport à demi-tarif pour son conjoint, un « manque total de transparence et de contrôle » sur l’utilisation par ses pairs de l’indemnité représentative de frais de mandat… Barbara Romagnan bouillonne face à ces faveurs qui lui paraissent peu justifiées. En contrepartie, elle s’émerveille encore des ressources dont elle dispose pour pouvoir bien travailler. Et chose qu’elle chérit par-dessus tout : la liberté que lui octroie son nouveau statut. « J’ai voté non au traité européen. C’était très important pour moi de pouvoir faire ce choix librement, même si cela n’a pas été facile d’être contre l’immense majorité du groupe socialiste qui a voté pour. » Pour Barbara Romagnan, « pouvoir faire un choix de conviction en étant autonome et libre », c’est la richesse du rôle de députée. En tant que farouche opposante au cumul des mandats, elle n’a pas hésité non plus à immédiatement démissionner de son mandat de conseillère générale du Doubs.  « Je peux comprendre qu’une fois qu’on est élu, on n’ait pas envie de partir. Je suis sûre que ce sera mon cas », sourit-elle. « Et c’est bien pour cette raison qu’il est important qu’il y ait une loi : pour faire respirer la démocratie », assène-t-elle avant de conclure : « Je suis socialiste, je considère que le pouvoir, c’est comme les richesses, on doit le partager ».

Crédit photo : Assemblée nationale

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