Les femmes, grandes absentes des manuels scolaires

Les femmes, grandes absentes des manuels scolaires
Les femmes, grandes absentes des manuels scolaires
Les manuels scolaires seraient-ils sexistes ? Selon un rapport sénatorial présenté mercredi 2 juillet, ces « outils pédagogiques utilisés à l’école » véhiculeraient les préjugés sexistes en cantonnant les femmes à des rangs subalternes, voire en les oubliant complètement de leurs pages.
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C’est un rapport qui tombe à pic. Alors que Najat Vallaud-Belkacem et Benoît Hamon ont enterré cette semaine les ABCD de l’Égalité, dispositif pédagogique mis en place pour lutter contre les stéréotypes à l’école, un rapport sénatorial présenté mercredi 2 juillet montre que les manuels scolaires utilisés par les enseignants véhiculent eux aussi les clichés sexistes.

Rédigé par le sénateur PS Roland Courteau, membre de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, le rapport sénatorial, s’il souligne les « évolutions incontestables » entreprises par les éditeurs, regrette aussi que les « clichés les plus grossiers » aient laissé place à « des représentations plus sournoises ».

Une femme mentionnée pour cinq hommes

Dans la ligne de mire des auteurs du rapport, les livres d’histoire, qui laissent très peu de place aux personnages féminins. Selon une étude du centre Hubertine Auclert, à Paris, seules 3% des biographies contenues dans les manuels d’histoire de seconde et de CAP 2010 sont consacrées à des femmes.

Et quand les femmes y sont représentées, elles sont cantonnées à des rangs sociaux inférieurs à ceux des hommes. Ainsi, note le rapport, « dans les manuels d’histoire de seconde générale et de CAP, les personnages féminins sont les plus souvent représentés au travers du seul prisme du désir masculin. La femme de Moyen Âge n’est représentée que par trois figures stéréotypées : la pécheresse tentatrice, la Vierge, ou la dame de l’amour courtois. »

Les manuels de français ne font guère mieux. Sur les 13 192 noms mentionnés en histoire littéraire et artistiques, seuls 6,1% concernent des femmes et 5% des textes proposés à l’étude sont l’œuvre de femmes. Ces dernières « représentent 3,7 % des auteurs cités, 6,7 % des artistes et 0,7 % des philosophes ».

Quant aux manuels de mathématiques, ils ne laissent quasiment pas de place aux femmes. Quand la physicienne Marie Curie, lauréate de deux Prix Nobel pour ses travaux sur le radium, est évoquée, y est ajouté qu'elle « a souvent été associée aux travaux de son mari ». « Les manuels évoquent la courbe d’Agnesi sans présenter cette savante, alors que l’explication du théorème de Pythagore s’accompagne d’une notice biographique du mathématicien grec », précise le rapport.


Des représentations stéréotypées qui influencent les filles

Pour les auteurs du rapport sénatorial, revoir ces « outils pédagogiques utilisés à l’école » est indispensable pour que les jeunes filles aient suffisamment confiance en elles pour embrasser les mêmes carrières que les garçons. « Le peu de diversité et la faible valorisation des modèles d’identification proposés, tant dans les médias que dans les manuels scolaires, ont des conséquences en terme d’estime de soi. Cette faible confiance en soi nuit à leur potentiel et les amène, inconsciemment, à s’identifier aux rôles limités qui leur sont traditionnellement attribués », expliquent les sénateurs. Ces derniers déplorent notamment l’ « association permanente entre le féminin, la maternité, l’éducation et les soins aux enfants, les activités ménagères », tandis que les garçons sont associés à « la valorisation de certains comportements (se montrer fort, ne pas pleurer, ne pas se plaindre) et l’absence de certaines représentations (métiers du social, relation père-enfant, activités domestiques, etc.) ».

Jointe par FranceTVInfo, Amandine Berton-Schmitt, chargée de mission au centre Hubertine Auclert estime que « cela pose un vrai problème d'orientation professionnelle. On ne se projette pas en femme scientifique ou en homme infirmier si l'on n'en voit pas. C'est donc regrettable pour ces adolescents qui ont besoin d'identification ».

À la fin de leur rapport, les sénateurs se prononcent pour la mise en place d’un label qui permettrait de mieux identifier les manuels scolaires laissant davantage de place aux femmes dans leurs pages. Ils préconisent aussi une généralisation des ABCD de l’Égalité, abandonnés par le gouvernement et qui devraient être bientôt remplacés par un « plan encore plus ambitieux en faveur de l'égalité ».

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