De Nabilla à Borgen, les stéréotypes sur les femmes à la télé

De Nabilla à Borgen, les stéréotypes sur les femmes à la télé
De Nabilla à Borgen, les stéréotypes sur les femmes à la télé
La représentation des femmes à la télévision est-elle stéréotypée ? Sylvie Pierre-Brossolette, ancienne rédactrice en chef du Point et désormais membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) dont elle dirige le groupe de travail « Droits des femmes », s'est penchée sur la question dans une étude parue jeudi 10 juillet. Alors, la télé, sexiste ou pas ?
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Cette fameuse étude, menée dans le cadre du projet de loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes adopté par l'Assemblée nationale, s'est intéressée à plus de 70 séries, émissions de divertissement et d'animation. Le but : « identifier la présence, ou non, de stéréotypes sexistes afin d’attirer l’attention de tous les acteurs de l’audiovisuel (éditeurs, producteurs mais aussi spectateurs) sur ce sujet » explique le CSA, et ce à l'aune des critères objectifs de sexisme au sens du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Scooby-doo et Dora l'exploratrice, peu de stéréotypes

Un travail de titan, donc, tant les sources à analyser sont nombreuses. À l'arrivée, les constats sont multiples. Ainsi, si les dessins animés véhiculent une représentation strictement paritaire à l'âge adulte, il n'en va pas de même chez les enfants : les filles apparaissent comme étant plus séduisantes et douces que les garçons. Stéréotypes ou pas, certains restent tout de même on ne peut plus agaçants, il faut l'avouer : voici un top 10 des héros les plus insupportables de nos enfants.

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Borgen, la palme de l'égalité pour le CSA

En revanche, les séries télévisées répondraient à des stéréotypes « traditionnels » selon le groupe de travail « Droits des femmes », à savoir que la femme occupe une position professionnelle inférieure et que sa subordination perdure. Au final, les hommes seraient généralement infidèles, ambitieux et séducteurs d'un côté, tandis que les femmes douces resteraient sagement au foyer ou occuperaient des postes moins payés et « féminins ». Certains programmes s'en sortiraient néanmoins très bien, comme Borgen. « C'est une série qui évite l'écueil du stéréotype » juge Sylvie Pierre-Brossolette.

En télé-réalité, « l’homme est macho, la femme est bimbo »

Pour le CSA, la palme du stéréotype revient à l'émission de divertissement. Et, vous vous en doutez, à la télé-réalité. « L’homme est "macho", la femme est "bimbo" » cingle l'étude, et d'enchaîner : « plusieurs concepts d’émissions se fondent sur l’assujettissement d’un groupe de femmes à la sélection drastique d’un jeune célibataire les jugeant sur des critères mêlant esthétisme et docilité. D’autres mettent en scène de jeunes protagonistes dans un univers clôt s’adonnant à l’oisiveté avec une représentation des femmes peu avantageuse les réduisant à des préoccupations futiles ». Voici « Bachelor », « Secret Story » ou « Les Anges » rhabillés pour l'hiver !

Interrogée par L'Express, Sylvie Pierre-Brossolette juge que si ce stéréotype d'une femme sans état d'âme, affirmée et séductrice est à l'extrême opposé de ceux de la femme soumise, il n'en reste pas moins négatif : elle le juge « tout aussi réducteur ». À ce sujet, Nabilla reste la bimbo par excellence, avec les « Anges » puis « Allô Nabilla », mais bien d'autres pourraient revendiquer ce titre tant convoité. C'est le cas de Kim des « Marseillais » qui exhibait sa forte poitrine durant l'émission et était convaincue qu'il y avait deux Lunes autour de la Terre. Les hommes ne sont pas mieux lotis avec Julien Bert des « Anges 6 », qui s'est rendu coupable d'une « bifle » sur une candidate...

« S'attaquer à l'origine du problème »

Prochaine étape pour le CSA : se servir de cette étude pour « faire prendre conscience de l'image des femmes qu'ils peuvent véhiculer » auprès des professionnels et « demander aux chaînes de faire des efforts ». « À partir du moment où on s'attaque à l'origine du problème, les chaînes auront moins de programmes stéréotypés à l'antenne » espère la présidente du groupe de travail. Nous l'espérons aussi.