Faut-il initier les ados à la sexualité ?

Faut-il initier les ados à la sexualité ?
Faut-il initier les ados à la sexualité ?
Peut-on imaginer aujourd’hui des espaces réservés aux adolescents pour qu’ils expérimentent ce que sera la vie d’adulte et en particulier la sexualité ? Et peut-on imaginer que cela soit, sans qu’aucun système contraceptif soit proposé et aucune naissance occasionnée ? La réponse de notre experte Sophie Bramly.
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Bizarrement, la réponse est oui. Il existe plusieurs lieux de ce type dans le monde, dont certains en Inde, qui ont été objets de nombreuses études anthropologiques. Verrier Elwin (1902-1964), qui a d’abord été missionnaire avant devenir anthropologue, a longuement étudié les Murias. Cette population aborigène indienne encourage la découverte de la sexualité, pour que garçons et filles apprennent à anticiper leurs vies d’adultes.

Les Ghotuls sont, chez les Murias, les dortoirs collectifs où dorment les adolescents d’un même village, garçons et filles. L’objectif de ces lieux est à la fois d’éduquer les enfants, de développer leurs talents (de l’agriculture à la sculpture sur bois), et de leur apprendre la sexualité avant de les aider à trouver le bon partenaire de vie. Les adolescents (qui abandonnent le prénom donné par leurs parents, et s’appellent tous Chelick si ce sont des garçons et Motiyari si ce sont des filles) se retrouvent à la tombée de la nuit. Ils parlent, rient, chantent et dansent autour du feu, jusqu’à ce que les chefs de camps – adultes- décident, avec douceur et bienveillance, de qui dormira avec qui, pour une à trois nuits tout au plus, car il faut apprendre la relation sexuelle sans tomber amoureux, celle-ci étant réservée à l’adulte. Ainsi, on enseigne aux garçons et aux filles de très strictes notions de morale, et on leur choisit pendant quelques temps de multiples partenaires, pour découvrir que le rapport sexuel a un caractère sacré et que c’est une chose naturelle qui repose avant tout sur la liberté, l’absence de culpabilité et de péché. Ces relations nocturnes étaient appelées « les relations de plaisanteries » et dans « plaisanterie » il y a « plaisant ».

Les études des anthropologues ont montré deux choses : d’abord que ces populations ne connaissaient ni l’inceste, ni la prostitution. Ensuite, que les jeunes filles, bien que sans méthodes contraceptives, ne tombaient pas enceintes. Ce qui a porté Verrier Elwin à conclure qu’il ne s’agissait pas de stérilité adolescente mais que le nombre élevé de partenaires avait des effets contraceptifs.

À l’heure actuelle, où la science aurait été plus à même de vérifier cette intrigante théorie, les rapports sexuels dans les Gothuls ne sont plus les mêmes (les adolescents se limitent le plus souvent à des préliminaires), les colons et les castes supérieures ayant ébranlé les fondements de cette éducation qu’ils trouvaient trop pernicieuse.
Verrier Elwin fut à la fois celui qui a découvert et contribué à détruire cette pratique ancestrale. En effet, à 40 ans, l’ancien pasteur observa d’abord les mœurs sexuelles d’une jeune fille de 13 ans puis l’épousa et lui fit deux enfants. Il la quittait 9 ans plus tard pour en épouser une autre. L’histoire ne dit pas s’il cherchait à vérifier qu’un partenaire unique rendait à nouveau fertiles les jeunes filles, ou si c’était de curieuses manières de missionnaires de convertir des « brebis égarées ».

On ne saura pas non plus si les conclusions d’Elwin contiennent une once de vérité, mais pour paraphraser les féministes des années soixante qui avaient coutume de dire que ce qui est personnel est politique, on est en droit de se demander si ce qui est politique est aussi personnel ?

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