cinéma
"Chavela Vargas", portrait poignant d'une icône féministe de la musique mexicaine
Publié le 15 novembre 2017 à 16:27
Le documentaire "Chavela Vargas, icône de la musique mexicaine" sort ce mercredi (15 novembre) au cinéma. Un biopic bouleversant, retraçant la vie hors du commun d'une chanteuse de ranchera féministe, avant-gardiste, apôtre des libertés individuelles et symbole d'émancipation pour la communauté homosexuelle mexicaine.
Chavela Vargas enveloppée dans son légendaire poncho, avec sa guitare. Chavela Vargas enveloppée dans son légendaire poncho, avec sa guitare.

"Je m'appelle Chavela Vargas, ne l'oubliez pas". C'est ainsi que la légende de la musique mexicaine introduit le documentaire que lui ont dédié les réalisatrices Catherine Gund et Daresha Dyi. Ce biopic, qui sort ce mercredi 15 novembre, retrace la vie hors du commun d'une chanteuse écorchée, alcoolique, excessive et devenue au fil des décennies, un symbole d'émancipation pour la communauté homosexuelle mexicaine.

Personne ne saurait mieux décrire sa musique que l'écrivain Carlos Monsivais : "Chavela Vargas a su exprimer le désespoir des rancheras (chansons populaires americano-mexicaines, ndlr) avec la nudité radicale du blues". Poignante, douloureuse, habitée par ses textes, Chavela Vargas chantait avec une détresse déchirante l'hypocrisie de la société, le rejet de sa famille homophobe et son amour éperdu des femmes. "Mes chansons sont dédiées aux femmes du monde entier", disait-elle. Ce dont la réalisatrice Catherine Gund s'est émerveillée. "Sa musique a été magique pour moi, nous explique-t-elle. Bien que Chavela avait déjà 71 ans lorsque je l'ai interviewée, je me rends compte maintenant qu'elle devait finir d'écrire son histoire pour que ce film puisse la raconter".

Chavela Vargas avec son légendaire Poncho et sa guitare.

Née en 1919 au Costa Rica dans une famille conservatrice et pieuse, Chavela Vargas grandit dans l'ombre d'une chambre où ses parents la cache lorsqu'ils reçoivent. Garçon manqué, elle n'a ni poupées, ni copines et s'isole davantage lorsqu'elle est abandonnée chez une tante. Un geste qu'elle ne pardonnera jamais à sa mère et qui la meurtrira jusqu'à son dernier souffle en 2012. "Et puisque je dois le dire presque partout, je le dirai : mes parents ne me voulaient pas. J'en ai souffert". Adolescente, elle quitte son pays natal pour le Mexique, où elle commence à exprimer sa colère à l'égard d'une société ultra-conservatrice qui l'empêche de développer son talent.

Elle se fait finalement repérer par le chanteur de rancheras José Alfredo Rimenez, qui composera la plupart de ses succès. Chavela Vargas se produit dans les cabarets de Mexico, mais, discriminée à cause de son homosexualité, on ne lui accordera que les petites salles. "J'ai ouvert des portes mais j'en ai souffert", confie-t-elle aux réalisatrices. Puis son talent triomphe. Elle devient une icône de la chanson ranchera dans les années 60 et part en tournée dans le monde entier. Son album "Noche de Bohemia", sorti en 1961, est parmi ses plus grands succès. Vêtue "comme un homme", fumant et buvant à outrance, la dame au pancho rouge assume qui elle est et chante "la noirceur" de son âme comme n'osait le faire aucune femme de l'époque. "J'ai dû me battre pour être moi-même et pour être respectée. Je suis fière d'assumer que je suis lesbienne. Je n'en parle pas trop, mais je ne le nie pas. J'ai dû affronter la société et l'église, qui dit que les homosexuels sont condamnés".

Mais Chavela Vargas est en proie à un mal terrible qui la ronge : l'alcoolisme, "cette maladie psychique de l'âme". Excessive – elle disait avoir bu 45 000 litres de tequila au cours de sa vie –, elle se produit sur scène ivre et sombre dans l'excès. Ruinée, malade, elle interrompt sa carrière pendant une quinzaine d'années. Son public la croit morte. Elle émergera finalement "d'une prison d'amour et d'un délire d'alcool" pour revenir sur le devant de la scène. "A cette époque, explique la réalisatrice, la communauté féministe lesbienne mexicaine était assez petite. Elle n'avait pas l'impression que Chavela était honorée à sa juste valeur".

Ce documentaire donne la parole à Alicia Elena Pérez Duarte, Diana Ortega et Patria Jiménez, trois des femmes les plus importantes de la vie de Chavela Vargas. "Ces trois femmes ont été ravies de pouvoir présenter leur Chavela, leur propre histoire avec elle. J'ai vraiment l'impression que Chavela guidait ce projet. De 1991 à aujourd'hui, elle a supervisé et étayé la substance de ce film", estime la réalisatrice. Ce documentaire saisissant dresse le portrait d'une figure féministe inspirante, porte-voix des minorités sociales, dont nous retiendrons incontestablement le nom : Chavela Vargas.

Chavela Vargas
Par Terrafemina |
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cinéma Société homosexualite Femmes engagées musique News essentielles Culture feminisme
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