Il paraît que je fais peur aux hommes. Pas seulement en lendemain de grosse soirée après deux heures de “sommeil” (coma), ni quand je hurle sur mon mec en SPM. Juste parce que je suis une femme.
Oui, oui, oui. C’est absurde et pourtant, ça porte un nom barbare : la gynophobie. Parce qu’aujourd’hui, être une femme qui parle, pense, gagne sa vie, rigole un peu trop fort ou ne s’excuse pas d’exister, c’est devenu un film d’horreur pour une partie de la gent masculine. Attention, femme autonome en liberté, veuillez garder vos distances ! On se demande bien pourquoi le cinéma s’entête à créer des tueurs sanguinolents et des monstres dégueus alors qu’ils pourraient simplement... engager une femme. Mais bref.
C’est de ce grand moment d’absurdité collective que parle Chloé Thibaud. La journaliste et autrice de Pourquoi les hommes ont peur des femmes a analysé cette idée très sérieuse et cette crainte totalement folle. Et spoiler : si quelqu’un doit flipper, ce n’est probablement pas celui qui a inventé la phrase. “C’est une phrase que j’ai beaucoup entendue ces dernières années. Que ce soit pendant des rencards, chez ma psy, ou quand je discutais avec mes amis”, a-t-elle expliqué sur le plateau de C dans l’air.
“Des hommes me disent : ‘Tu fais peur aux hommes, tu fais peur aux mecs’. On est très nombreuses à avoir entendu cette phrase. Ce qui est assez délirant, justement en tant que femme, c’est que moi je me dis : ‘Ah bon ? Donc moi je fais peur aux hommes…’”, a ajouté l’autrice. Ce qui la choque plus que tout ? Le retournement patriarcal dans tout ce qu’il a de plus débile : “Dans une société, dans un monde, où tout prouve que ce sont les femmes qui ont raison d’avoir peur des hommes”.
“Toutes les données qui existent sur les violences conjugales (85 % de victimes de violences conjugales sont des femmes), les victimes de viols, les victimes de féminicides… Une femme meurt parce qu’elle est une femme toutes les dix minutes dans le monde. Les femmes ont raison d’avoir peur des hommes. Pourquoi les hommes auraient-ils peur des femmes ?”, a-t-elle lâché. Et merci Chloé Thibaud ! On tient là une absurdité carrément conceptuelle.
C’est un peu comme si un incendie ravageait un immeuble et qu’on expliquait aux flammes qu’elles devraient faire attention à ne pas effrayer les extincteurs. WTF ? “Au tout début de ma recherche, je me suis amusée à aller sur Google et à taper : ‘Les hommes ont peur de…’ Les prédictions de recherche de Google sont épatantes. C’est-à-dire que ça donne : ‘Les hommes ont peur des femmes fortes’, ‘les hommes ont peur des belles femmes’, ‘les hommes ont peur des femmes intelligentes, des femmes indépendantes, des femmes drôles, des femmes qui gagnent plus qu’eux’...”, a raconté la journaliste.
Le constat est simple mais on ne peut plus misogyne : “C’est-à-dire qu’aujourd’hui, ce qui fait peur aux hommes ce sont nos qualités. C’est tout ce qui nous distingue des plantes vertes”. Les hommes flippent. Pas des femmes violentes non. Pas des femmes dominantes non. Pas des femmes dangereuses non. Non, non et re-non. Des femmes compétentes, autonomes, vivantes. Juste des femmes donc.
On tient là le ciment du masculinisme qui s’étend. Parce que, qu’on se le dise, dire aux femmes qu’elles “font peur”, ce n’est pas une observation neutre. C’est une injonction déguisée à se faire plus petites, plus douces, plus rassurantes. Bref, à être des femmes sans faire de l’ombre aux zommes. Alors qu’on le rappelle : les femmes n’ont pas “pris le pouvoir”. Elles ont juste pris la parole. Et ça, visiblement, ça suffit à déclencher des sueurs froides.
Messieurs, cessez d’être si ridicules, par pitié. La peur des femmes, elle, est concrète. Quotidienne. Mesurée en chiffres. En morts.