Sophie Marceau n'a jamais été aussi éloquente concernant les soubresauts patriarcaux du cinéma français, dont elle fut la victime à son heure de gloire - tour à tour superstar incontournable, comédienne puissante raillée par la critique, "muse" abondamment dénudée par les cinéastes. Dans une nouvelle prise de parole à découvrir sur les images à retrouver ci-contre, elle fustige son hyper sexualisation exacerbée à l'écran, dès l'âge de 20 ans.
Scènes de nudité abondante, évocations des "seins de Sophie Marceau"... Et autres. On connaît tous ce que fut la trajectoire de Sophie Marceau : étoile dès le plus jeune âge, rapidement devenue l'obsession d'adultes qui vraisemblablement ne pensaient... Qu'à voir son corps.
Alors qu'elle fut violentée par des metteurs en scène adulés par la critique hexagonale, fascinée par leur despotisme (Maurice Pialat), Sophie Marceau est parvenue cependant à perdurer dans la sphère du cinéma. Alors qu'à l'international, elle était avant tout : le mythe Marceau. Une icône comparable à Brigitte Bardot.
C'est précisément ce que relate la comédienne dans l'extrait à retrouver en bas de cet article : comment une très jeune femme se retrouve objectifiée et manipulée, constamment scrutée et malaxée pour... Son corps, et ses seins, surtout. Aujourd'hui, elle en a marre d'avoir été silenciée.
Sophie Marceau commente ses abondantes scènes de nudité gratuites. Survenues très tôt, dès ses 20 ans. Alors qu'elle allait tourner avec quantité de cinéastes prestigieux. Comme celui qui l'a certainement mieux "préservée", Andrzej Zulawski, son ex-époux.
"Moi quand j'avais 20 ans, on me proposait que des rôles où je devais être à poil et où je devais faire des trucs que je n'avais pas envie de faire. (...) Je vous jure, je préfère qu'on me foute la paix maintenant, je suis contente.", fustige-t-elle avec une amertume tout à fait légitime, mais aussi, une certaine sagesse : celle de la Sophie Marceau actuelle, émancipée à jamais de ce regard masculin, celui du metteur en scène, et celui du public, qui l'objectifie, d'une façon ou d'une autre.
"Dans les années 80 c'était vraiment difficile pour les actrices. Surtout pour les jeunes femmes un peu jolies, appétissantes pour les hommes", fustige-t-elle avec éloquence dans un entretien coup de poing pour Marie Claire que nous vous invitons à (re)lire en parallèle de cet échange acerbe et intime pour Brut. Les mots y résonnent avec une identique éloquence : celle d'une artiste bien décidée à être enfin elle-même, en adéquation avec un élan féministe post-#MeToo qui remet les actrices damnées du cinéma français sur le devant de la scène. Vous savez, toutes ces jeunes comédiennes considérées comme des fantasmes ou de la chair à canon.
C'était cela, le cinéma français des années 80 : un réceptacle infini à male gaze.
"C'était presque impossible dans ce temps-là de trouver un rôle qui ne soit pas humiliant, sexualisé, sexualisant, ne servant à rien, puisqu'il s'agissait en premier lieu de femme-objet ou de faire-valoir". "C'était clairement une époque où les jeunes actrices, souvent réduites à des figures décoratives, peinaient à obtenir des rôles respectueux et valorisants. Elle raconte sans détour les scénarios humiliants et hypersexualisés, ainsi que les refus courageux qui ont jalonné son parcours, dans ces années où dire non n’allait pas de soi.", détaille Marie Claire en guise d'épilogue à cette introspection qui n'arrive pas trop tard, non : elle arrive à point. Voilà tout.