Les garçons sont-ils de plus en plus misogynes ?
En janvier dernier, un rapport du Haut conseil à l’égalité constate une progression alarmante du sexisme, et ce dans toutes les couches de la société. Dans le détail, 23% des hommes de 15 à 24 ans et 31% des 25-34 considèrent qu’il est aujourd’hui désavantageux d’être un homme.
Et si ce rapport concerne la France, ce phénomène pourrait bien avoir une ampleur mondiale. Interviewé par Le Monde, le chercheur franco-canadien Francis Dupuis-Déri auteur d’un ouvrage intitulé La Crise de la masculinité : autopsie d’un mythe tenace, a révélé à quel point les hommes, et notamment les garçons, cèdent de plus en plus aux postures radicales, sexistes et paternalistes.
“Toutes les études récentes montrent que les garçons sont plus misogynes qu’ils ne l’étaient il y a quelques années, commence-t-il. Les premières à en pâtir, ce sont leur mère et leurs sœurs, auxquelles ils mènent la vie dure”, ajoute-t-il, précisant que si on s’inquiète beaucoup pour ces garçons qui se radicalisent, ce sont pourtant elles qui sont en première ligne.
Une augmentation qui concerne selon lui toutes les familles, quelles que soient les convictions. “L’intégration du sexisme vient de nos familles (...). Mais cela peut aussi toucher des familles progressistes et tout à fait stables, concerner des garçons “solides” sans problèmes psychologiques ou affectifs”, reconnaît l’expert.
Et au-delà de la sphère familiale, la radicalisation de ces garçons va avoir un impact à l’école. Après une enquête d’un an au Québec sur les garçons sexistes et transphobes, le constat est sans appel : 90% des enseignants du secondaire ont constaté une aggravation de la situation ces dernières années. “Lorsqu’elles parlent de l’égalité femmes-hommes, il y a maintenant toujours des élèves qui contestent bruyamment et qui disent que c’est normal que les femmes aient moins de droits, que les féministes dominent et qu’elles veulent tuer les hommes”, confie le chercheur en parlant d’enseignantes québécoises.
Il reste quand même un peu d'espoir. En parallèle des garçons, qui deviennent de plus en plus misogyne, Francis Dupuis-Déri constate en même temps que les jeunes filles deviennent féministes de plus en plus tôt, bien avant leur mère ou leurs grands-mères. “Avant, elles le devenaient à 19-20 ans, dans leurs années fac. Elles le sont aujourd’hui à 13-14 ans, grâce à l’écosystème féministe qui s’est développé sur les réseaux, mais aussi parce qu’elles voient l’antiféminisme s’exprimer à pleine puissance et qu’elles se positionnent contre cela”, reconnaît le chercheur.
Go girls !