Stéphane Hessel demeure reconnu en tant que Résistant, figure d'indignation des horreurs de la guerre et de l'antisémitisme (toujours aussi virulent de nos jours) mais c'est également un grand intellectuel et penseur - on lui doit notamment le manifeste "Indignez-vous", best seller notable des années 2000 qui avait engendré tout un mouvement de contestation citoyenne et se destinait à une jeunesse que l'auteur souhaitait faire sortir de sa résignation.
Mais sa prose est moins étoffée quand il commente les seins des femmes. Selon les internautes, indignés, justement. Comme quoi, le mot d'ordre "Indignez-vous" a porté ses fruits. Même s'il éclot des années après la mort du Résistant, et sur les réseaux sociaux, à l'encontre de ce qu'il considérait certainement comme un bon mot, voire un trait de causticité à la Jean d'Ormesson. Il faut croire que pour une certaine génération, commenter le physique des femmes est un acte de gentleman.
Résumons le contexte.
Sur les images à retrouver ci-dessous, relayées par l'INA, on voit la regrettée Catherine Ceylac, intervieweuse de légende, cuisiner Stéphane Hessel. A la première question "Que regardez-vous en premier chez une femme ?", son interlocuteur lui rétorque du tac au tac : "Les seins !". Au moins, on ne peut pas lu reprocher son manque de sincérité ou de spontanéité.
Bon, mais bien évidemment, la répartie ne satisfait pas tout le monde. Quoi de plus normal, somme toute ? On a plus trop envie d'écouter ces réflexions qui hier faisaient tant rire et pouvaient même susciter des rasades d'applaudissements.
"Dans cette archive de 2011, Stéphane Hessel répond aux questions de Catherine Ceylac, dans un échange où chaque réponse révèle une pensée libre et profondément humaniste", décrit l'INA dans son partage de la conversation exempte de tout chichi.
Humaniste, particulièrement pour ce qui est des poitrines féminines alors.
Stéphane Hessel l'avait bien ordonné en 2010 : Indignez-vous ! Et voilà, c(est fait. Mais le principal concerné ne pouvait pas savoir que cela se retournerait contre lui. Si l'on en croit les abondantes réactions à cette interview, où bien des femmes s'offusquent d'être ainsi objectifiés ou simplement considérés en fonction de leurs poitrines.
"Qu’il regarde les miches ça n’indigne personne ?", "Les femmes qui complimentent ce mec, vous aimez être considérée comme un objet ?", "On ne regrette pas cette époque", "Un papi qui parle des seins des femmes", "Au moins il est honnête", s'exclament par ribambelles de commentaires échaudés les internautes sur Insta et Facebook. Il est vrai qu'hormis Sydney Sweeney, on se demande bien qui pourrait recevoir cette assertion comme le plus beau des compliments.
Pour ce qui est de la rigueur intellectuelle et de l'éloquence, plutôt que cette interview pas si transcendante entre Ceylac et Hessel, on privilégiera le papotage entre ledit essayiste et Élise Lucet, au Journal de 29h, il y a une décennie de cela. Lors de cette discussion qui invoque quantité de sujets toujours aussi actuels, Hessel s'avère être d'une étonnante lucidité politique.
L'orateur y énonce : « Les sceptiques en général sont mes ennemis. J'ai envie que les gens retrouvent cette satisfaction énorme que nous avons eue dans ma jeunesse, que j'ai eue, lorsque devant des situations insupportables, la montée du fascisme, du nazisme, l'horrible destruction des juifs par la Shoah, nous nous indignions. Et ça paraissait simple et naturel. »
"Je suis en même temps inquiet de me dire, ces gens qui vont acheter cette petite brochure qu'est Indignez-vous, qui vont la lire, est-ce qu'ils vont en tirer une conclusion ? J'aimerais au moins qu'ils en tirent une conclusion, c'est qu'il faut faire quelque chose pour la Palestine qui me tient très à cœur. Mais quoi ?"