Monde
Des femmes du bout du monde partagent leur quotidien sur Instagram
Publié le 8 novembre 2017 à 14:59
L'ONG Care France, engagée pour les droits des femmes, a lancé son opération "Les Stories du bout du monde" qui permet aux internautes de suivre le quotidien de sept femmes originaires de pays en voie de développement. Une expérience touchante qui contraste avec le côté m'as-tu-vu d'Instagram.
Les stories du bout du monde de l'ONG Care Les stories du bout du monde de l'ONG Care

Agricultrice en Equateur, vendeuse d'eau en Côte d'Ivoire, réfugiée afghane à Athènes. Ces femmes, originaires de pays en voie de développement, ont accepté de partager leur quotidien sur Instagram à travers des "stories", ces petites vidéos qui ont envahi les réseaux sociaux. Une initiative engagée, tranchant avec l'univers figé et artificiel d'Instagram, qui tend à occulter trop souvent la réalité de millions de personnes.

L'ONG Care bouscule ainsi ces codes et lance avec l'agence BBDO Paris, dans le cadre d'un mécénat, l'opération "Les Stories du bout du monde". Une initiative humaine, visant à partager sur le compte Instagram de Care_France les conditions de vie difficiles de sept femmes, toutes originaires de milieux pauvres et défavorisés. "Ces femmes sont représentatives de leur communauté. Leurs difficultés sont celles de leurs semblables", nous expliquent Laury-Anne et Emanuela Croce, du service communication de Care France.

#Viedevendeuse

A 32 ans, Minata gagne sa vie en vendant des sachets d'eau congelée à une heure d'Abidjan, en Côte d'Ivoire. Chaque jour, cette mère de famille démarche les clients à la sauvette, sa bassine bleue sur la tête. Dans sa "storie", elle partage son petit-déjeuner en famille, autour d'une casserole posée à même le sol. Puis marche plus d'une heure pour rejoindre le vaste marché de N'Ziaounan, où fruits et légumes s'entassent sur des linges et des étalages de fortune. La jeune femme se prend en photo avec son associée Kady, filme des dizaines d'autres vendeuses à l'affût des bus qui vont et viennent. "La concurrence", dit-elle. Puis elle photographie quelques pièces, sa "recette du jour".

Cette petite affaire, Minata l'a lancée grâce à un micro-crédit souscrit auprès de l'association d'épargne et de crédit (AVEC). "Au début, mon mari ne voulait pas que je sorte de la maison (...) Mais j'ai insisté et il a fini par comprendre le bien-fondé du groupement", explique-t-elle sur le site de l'ONG. Aujourd'hui, elle emploie deux personnes. "Les autres femmes prennent exemple sur moi. (...) Maintenant, mon mari me respecte et demande mon avis pour tout. Je ne suis plus un simple élément de décor de la maison qui dit oui à tout".

Tout au long de la semaine, l'ONG présentera Mahmoubeh, réfugiée afghane installée à Athènes, Maria, agricultrice équatorienne, Nadia, institutrice au Maroc, Jeanne-Olivia agent de collecte à Madagascar, Christina, mère de 5 enfants en Roumanie et Mi Aye Myint, malade du sida en Thaïlande. "Ces femmes sont prises pour exemple par leur communauté. Elles ont une aura, elles inspirent certaines actions à leur entourage en montrant ce qu'il est possible de faire pour s'en sortir". Une "storie" différente sera publiée chaque jour du 6 au 12 novembre, relayée par 70 personnalités françaises parmi lesquelles l'acteur Pierre Niney, le mannequin Caroline de Maigret ou encore les Youtubeuses Sananas, Nolita et Natacha Birds.

Premières victimes de malnutrition et de pauvreté dans le monde

"Les femmes sont les premières victimes de la pauvreté et des inégalités dans le monde, rapporte Philippe Lévêque, directeur de CARE France dans un communiqué. Nous voulions saluer toutes celles qui font preuve d'un courage incroyable pour améliorer leur vie et celle de leur famille". La rapporteuse spéciale de l'ONU pour le droit à l'alimentation, Hilal Elver, avait dénoncé au Conseil des droits de l'homme en 2016, une discrimination évidente face à la malnutrition. Selon elle, 70% des femmes sont touchées par la faim dans le monde, alors qu'elles produisent, en tant qu'agricultrices, plus de 50% des aliments.

En 2010 déjà, à l'occasion du Sommet des Nations Unies sur les objectifs du Millénaire pour le développement, une note avait été rédigée sur le fait que les femmes représentaient 70% de la population pauvre mondiale. Elles accomplissent 66% du travail mondial, produisent 50% de la nourriture, mais ne perçoivent que 10% des revenus et 1% de la propriété. Sur les 550 millions de travailleurs pauvres dans le monde, 330 millions, soit 60% du total, sont des femmes. Très précisément, 8 travailleuses sur 10 en Afrique Sub-saharienne et en Asie du Sud ont un emploi "vulnérable".

Par Terrafemina |
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