Ce n'est pas tous les jours que l'icône d'un mouvement féministe publie ses mémoires. Le 17 février, Gisèle Pélicot publie "Et la joie de vivre", aux éditions Flammarion. Dans ce livre écrit avec la journaliste et romancière Judith Perrignon, l'héroïne du procès des viols de Mazan choisit de "raconter son histoire avec ses propres mots" pour "faire vivre l’espoir". En voici un aperçu, dévoilé en avant-première par le journal Le Monde.
L'affaire Pélicot n'aurait pas connu l'ampleur que nous lui connaissons si Gisèle Pélicot n'avait pas eu le courage de demander à ce que le procès de son mari ne se déroule pas à huis clos. Or l'intimité d'un procès sans caméras, cette femme de 73 ans aurait pu y tenir tant elle en avait déjà été privée. Pour rappel, son mari, Dominique Pélicot, l'a droguée pendant 10 ans (de 2011 à 2020) pour la violer et la faire violer par des hommes (une cinquantaine) rencontrés sur Internet. Il a été condamné en décembre 2024 à 20 ans de prison, la peine maximale pour viol aggravé. Tous les accusés ont également été condamnés, offrant un argument de plus contre le "not all men".
Au sujet de ce huis clos qu'elle a refusé, Gisèle Pélicot écrit dans son livre : "si j'avais eu 20 ans de moins je n'aurai peut-être pas osé refuser le huis-clos. J'aurais craint les regards, ces fichus regards avec lesquels une femme de ma génération a toujours composé." En 2020, lorsqu'elle apprend ce que son désormais ex-mari a fait, Gisèle Pélicot a 67 ans.
C'est justement en refusant le huis clos que Gisèle Pélicot a trouvé son arme pour combattre ces regards. "Si les accusés me connaissaient, ce n'était pas mon cas, écrit-elle. C'est terrifiant quand on entre dans cette salle d'audience et qu'on voit tous ces regards. Mais quand mes avocats ont dit que je m'opposais au huis clos, j'ai vu leur regard changer. Leurs avocats avaient dû leur dire : "Elle est toutes seule, c'est nous qui auront le pouvoir sur elle." Et là, les choses se sont renversées." C'est là, comme elle scandera plus tard dans une phrase devenue un hymne, que la honte a changé de camps.