Menacée par sa famille, cette jeune Saoudienne appelle à l'aide sur Twitter

Rahaf Mohammed Al-qunun
Rahaf Mohammed Al-qunun
Une Saoudienne de 18 ans affirme avoir fui sa famille parce que sa vie serait en danger dans son pays. Retranchée dans une chambre d'hôtel en Thaïlande, elle a demandé le soutien du Haut commissariat aux réfugiée·es.
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Une ressortissante saoudienne de 18 ans, Rahaf Mohammed Al-qunun, est restée enfermée dans une chambre d'hôtel de Bangkok en Thaïlande pendant plusieurs heures entre dimanche (6 janvier) et lundi (7 janvier). Elle souhaitait se rendre en Australie pour sa sécurité. Elle demande donc l'asile et affirme que sa famille la tuera si elle rentre en Arabie saoudite.

Dès samedi, sur un compte Twitter qu'elle venait d'ouvrir, elle a déclaré se sentir menacée. Elle a publié également une vidéo affirmant que du personnel saoudien la suit pour l'empêcher de prendre un deuxième avion en correspondance et la forcer à rentrer au Koweit. Des tweets traduits par la militante féministe égyptienne Mona Eltahawy.

Raha Mohammed Al-qunun se serait en effet enfuie lors d'un voyage de sa famille au Koweit, pays où les femmes n'ont pas besoin d'autorisation pour voyager et quitter le pays, contrairement à l'Arabie saoudite.

Depuis sa chambre d'hôtel, elle explique dans une vidéo postée sur Twitter : "Je suis maintenant enfermée dans une chambre d'hôtel d'aéroport, je serai de retour de force demain au Koweït, puis à l'Arabie saoudite, il y a quelqu'un me poursuit à l'aéroport tout le temps, je ne peux même pas demander la protection ou même l'asile en Thaïlande, la police thaïlandaise refuse de coopérer avec moi."

Elle affirme dans une série de messages sur Twitter qu'elle a été enlevée et que son passeport lui a été confisqué par des diplomates saoudiens à son arrivée à l'aéroport de Bangkok. Elle s'est alors barricadée dans la chambre d'hôtel pour qu'on ne la déporte pas et en attente de l'aide du Haut Commissariat aux réfugié·es (HCR).

Le 6 janvier, elle déclare : "Sur la base de la Convention de 1951 et du Protocole de 1967, je suis Rahaf Mohmed, cherchant formellement à obtenir le statut de réfugié dans tout pays qui m'éviterait d'être blessée ou tuée parce que je quitte ma religion et que je suis torturée par ma famille. Je cherche à me protéger en particulier dans le pays suivant Canada/États-Unis/ Australie/Royaume-Uni, je demande à tout représentant de me contacter."

Rahaf Mohammed Al-qunun affirme également avoir été battue par son frère et avoir été enfermée pendant six mois pour s'être coupée les cheveux. Selon la militante féministe égyptienne Mona Eltahawy, le père de Rahaf Mohammed Al-qunun, serait un gouverneur de province en Arabie saoudite.

Le Haut Commissariat aux réfugié·es a pu la rencontrer le lundi 7 janvier et a écrit dans un communiqué : "La Saoudienne a déclaré à des organisations de défense des droits humains et à différents médias qu'elle avait été bloquée à l'aéroport de Bangkok en transit depuis le Koweït et que son passeport lui avait été retiré. Elle a déclaré avoir fui sa famille car elle craignait pour sa vie et qu'elle prévoyait de rejoindre l'Australie où elle espérait déposer une demande d'asile."

Elle a quitté l'aéroport avec le HCR et les autorités thaïlandaises se sont engagées à ne pas la renvoyer chez elle. Le HCR va évaluer sa situation et "statuera sur son cas d'ici cinq jours". Rahaf Mohammed Al-qunun a pu récupérer son passeport, mais selon l'un de ses tweets, son père serait arrivé lundi 7 janvier à Bangkok.

Selon le média australien The New Daily, le gouvernement du Premier ministre australien Scott Morrison serait prêt à accueillir la jeune femme sur son territoire et à lui accorder l'asile. Mais le pays souhaite d'abord que son dossier soit examiné par le HCR.

Une histoire vécue en direct sur les réseaux sociaux

Ayant alerté sur les réseaux sociaux, Rahaf Mohammed Al-qunun s'en sert pour assurer sa propre protection. Sur Twitter, les internautes peuvent suivre en direct son histoire et lui envoient des messages de soutien sous le hashtag #SaveRahaf.

La militante Mona Eltahawy en appelle à ses "frère et soeur soudien·nes" pour "baiser le patriarcat" dans une vidéo. Elle appelle également à la révolution pour les femmes saoudiennes en se servant de l'exemple de la jeune femme : "Rahaf al-Qunun - croyez-moi, c'est le début d'une révolution en Arabie saoudite... Allez sur les médias sociaux et regardez les récits de tant de jeunes Saoudiens qui disent : 'Rahaf, vous nous avez montré, que nous pouvons le faire ! Rahaf, tu nous as montré que nous méritons d'être libres'."

Sous couvert de modernité, l'Arabie saoudite a donné le droit aux femmes d'ouvrir des entreprises ou de conduire. Mais sous les apparences, les femmes restent brimées et considérées comme mineures. Neuf militantes des droits humains au moins sont en prison depuis le printemps dernier et plusieurs d'entre elles ont été torturées en prison.