Les Brésiliennes qui veulent avorter après un viol devront "raconter en détail" l'agression

Des mots laissés par les militant·e·s pro-avortement en soutien à la fillette de dix ans, violée par son oncle.
Des mots laissés par les militant·e·s pro-avortement en soutien à la fillette de dix ans, violée par son oncle.
Au Brésil, une nouvelle loi demande au personnel soignant de proposer de montrer une échographie de l'embryon aux femmes qui souhaitent avorter. Et à celles-ci de "raconter en détail" ce qui s'est passé pour "prouver" le viol, sous peine de poursuites.
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Au Brésil, la police reçoit un rapport de violences faites aux femmes toutes les deux minutes. Toutes les heures, quatre fillettes de moins de 13 ans sont violées. Dans certains cas, ces victimes tombent enceintes. Chaque jour, ce sont ainsi six enfants de 10 à 13 ans qui ont recours à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Des chiffres tragiques qui seraient sous-estimés, rapporte l'AFP.

Mais si dans ce pays d'Amérique latine, l'avortement peut-être pratiqué en cas de viol, comme de danger pour la vie de la femme ou de problèmes congénitaux graves du foetus, la droite religieuse, très influente sous le gouvernement de Jair Bolsonaro, s'y oppose fermement. Pour preuve, la manifestation organisée à l'extérieur d'une clinique de Recife, province du nord-est, où une enfant de dix ans violée par son oncle tentait de se faire avorter après que son État natal ait refusé sa demande. Son nom avait été révélé sur Twitter par Sara Winter, militante d'extrême droite liée à la ministre des Femmes Damares Alves, et supportrice du président.

A la suite de l'événement et des réactions virulentes des militant·e·s anti-avortement, vendredi 28 août, une nouvelle loi émise par le ministère de la Santé est venue durcir l'accès à la procédure.

"Une violence psychologique contre les femmes"

Désormais, le personnel soignant se verra dans l'obligation de montrer aux patientes une échographie de l'embryon ou du foetus. Celles-ci devront également "raconter en détail" ce qui s'est passé, sous-entendu l'agression qu'elles ont subie, et seront prévenues qu'elles risquent des poursuites si elles ne peuvent pas prouver la véracité de leur récit. Le viol sera également rapporté à la police et une plainte déposée, que la victime le veuille ou non. Une façon de dissuader les femmes qui auraient honte, ou peur de leur agresseur.

Des mesures dramatiques que dénoncent les partisan·e·s du droit à l'avortement et les député·e·s de l'opposition.

Pour Jandira Feghali, élue de gauche, il s'agit ni plus ni moins d'un "obstacle pour l'avortement légal et représente une violence psychologique contre les femmes", dénonce-t-elle, assurant qu'elle venait de "présenter un projet de loi pour bloquer ce décret". Seize député·e·s ont également appelé Michelle Bachelet, responsable des droits humains à l'ONU, à intervenir au nom des droits des femmes.